ORGANISATION MORALE. — APTITUDES INTELLECTUELLES
Si le cerveau est l’organe de la pensée, si la somme des facultés intellectuelles est en raison du développement normal et des fonctions de cet organe, la femme doit nécessairement être égale à l’homme, quant à l’intelligence, car l’anatomie physiologique démontre qu’il existe une parfaite conformité entre le cerveau de l’un et de l’autre sexe.
Mais, s’il en était ainsi, objectera-t-on, pourquoi les femmes ne marchent-elles pas les égales des hommes dans le domaine des arts et des
sciences? Si quelques femmes les cultivent avec fruit, ce n’est qu’exceptionnellement ; et, dans ce cas encore, pourquoi celles-ci sont-elles inférieures à ceux-là? Pourquoi, je vais vous le dire.
Le sexe masculin est le plus fort, et, de tous temps, la loi du plus fort s’imposa au plus faible. Les hommes ont fait les lois sans la participation des femmes ; il est hors de doute que si elles eussent été du conseil, les choses se seraient passées autrement; elles n’auraient manqué ni de bonnes raisons ni d’adresse pour faire valoir leurs droits. Mais cette loi du plus fort, qui pesait incessamment sur elles, ne leur laissa aucune liberté d’action. Ensuite, les préjugés, les coutumes, l’habitude, les assujettirent peu à peu aux hommes, et c’est ainsi qu’elles ont vécu dans cette dépendance, depuis le commencement des sociétés.
Ce n’est donc ni à l’infériorité d’intelligence, ni au défaut d’aptitude, qu’il faut attribuer cette inégalité, mais c’est à l’éducation qu’on donne à la jeune fille, c’est aux diverses influences organiques, et surtout à l’instinct de la maternité si puissant chez la femme ; car il est à remarquer que la femme stérile, ou qui se voue au célibat, perd les attributs de son sexe et se virilise ; alors elle peut entreprendre et consommer les travaux qui semblent être l’apanage de l’homme.
La femme possède les mômes aptitudes intellectuelles que l’homme, et, de même que lui, peut réussir dans les diverses branches de l’art et de la science. Il existe, néanmoins, une différence à l’avantage de la femme, c’est qu’elle conçoit plus rapidement que l’homme et apprend avec plus de facilité.
Les occupations domestiques dévolues à la femme absorbent une grande partie de son temps et s’opposent aux travaux soutenus de l’esprit; mais en supposant qu’elle voulût s’affranchir des soins domestiques pour consacrer tout son temps aux spéculations de la pensée, il nous paraît hors de doute qu’elle égalerait l’homme, puisque l’esprit n’a point de sexe. — Si l’on demande pourquoi il y a moins de savantes que de savants, la réponse est facile ; c’est parce que les occupations intérieures, les soins de la maternité éloignent la femme de l’étude des sciences, et nullement par cause d’infériorité intellectuelle. — Je ne veux pas conclure de là que toutes les femmes sont capables d’études sérieuses, transcendantes ; mais n’en est-il pas de môme pour les hommes ? Le nombre des savants n’est-il pas fort restreint ; et cependant une foule d’hommes étudient les sciences. Il est très-présumable que si l’instruction était la pour les deux sexes, il
y aurait moins de fruits-secs parmi les femmes 4 ia chez les hommes.
Des philosophes, complètement étrangers à la physiologie du cerveau, ont refusé aux femmes la faculté de généraliser les idées ; émettre une opinion n’est pas en donner la preuve ; or, cette assertion est fausse. Si l’on ne rencontre que peu de femmes qui possèdent la faculté de généraliser, on peut en dire autant à l’égard des hommes.
Je reste convaincu avec les philosophes naturalistes, de l’aptitude des femmes à atteindre tout ce qui est grand, à surmonter tout ce qui est difficile. L’esprit, je le répète, n’a point de sexe ; la prétendue infériorité d’intelligence dont on accuse la femme n’a d’autre source que son éducation ; et dans cette éducation on reconnaît la loi du plus fort, l’orgueil et le despotisme de l’homme.
SECTION III