‹ Physiologie descriptive des trente beautés de la femmeChapitre 4 sur 50 · ÉDUCATION · texte numérisé non relu

ÉDUCATION

Chez presque tous les peuples, tant ancien»

que modernes, l’éducation de la femme a toujours été très-imparfaite ; pour peu qu’on réfléchisse à cet état de choses, on découvre l’expression permanente du sexe fort, qui veut maintenir sous sa

dépendance le sexe faible. On voit d'un côté la tyrannie sous les dehors polis, et, de l’autre, l’esclavage sous des chaînes dorées. Aujourd’hui, quoique les lumières de la civilisation aient rendu à la femme la place qu’elle mérite, son éducation se traîne encore dans l’ornière de la vieille routine, et son instruction est restée très-imparfaite.. En effet, la jeune fille passe les plus belles années de son adolescence dans un pensionnat, où on lui enseigne, tant bien que mal, la grammaire, le calcul, l'écriture, le dessin, la musique, la danse, un peu d’histoire, de géographie, de rhétorique, etc. Mais, dans cet enseignement on ne voit point figurer la logique, la philosophie, l’économie domestique, les éléments d’histoire naturelle, de physique, de physiologie, de médecine et d’hygiène privée; cette dernière surtout devrait être le complément de toute bonne éducation féminine.

On fait perdre un temps précieux, aux jeunes demoiselles à leur apprendre des futilités, à leur farcir l’esprit de subtilités grammaticales et de fleurs de rhétorique, tandis que "enseignement essentiel est complètement oublié. En effet, qu’importe au mari que sa femme soit versée ans les tropes, qu’elle sache ce que c’est qu'une métonymie, une synecdoque, une catackrèse )... cette

science de mots et de figures, qui ne fait ordinairement que des pédantes ou des précieuses ridicules, est d’une parfaite inutilité dans l’administration de la maison.

La première faculté à développer, c’est le jugement, qui nous dirige et nous conduit dans toutes les positions de la vie. Le jugement s’applique à tout, et c’est cette précieuse faculté qu’on néglige le plus d’exercer. Tous les efforts de l’instruction convergent vers ce qu’on appelle l’esprit; et, cependant, qu’est-ce que l’esprit sans le jugement? une plante sans culture, poussant des rameaux çà et là, mais dont les fruits plaisent aux yeux, et manquent de saveur. Or, ce qu’il faudrait cultiver, en première ligne, c’est le jugement; ce qu’il faudrait apprendre aux jeunes filles, ce serait les diverses branches de l’art et de la science qui peuvent tourner au profit, au bonheur de la famille; là devrait être le but de toute bonne éducation. Hélas ! il en est toujours autrement ; soit habitude ou préjugé, soit par une barbare politique, le sexe faible est éloigné des études sérieuses, de ces études qui, en élargissant son intelligence, élèveraient la femme au niveau de l’homme.

Après six ou huit années de pensionnat, la jeune fille rentre chez ses parents, sachant tant bien que mal ce qu’on lui a toujours enseigné, <2

mais complètement étrangère à l’art de raisonner et de se diriger dans la vie de femme où elle doit bientôt entrer. Au lieu d’éclairer son esprit, de former son jugement, on n’a développé que l’imagination et la mémoire ; au lieu d’élargir le cercle de ses idées, par l’enseignement d’une saine philosophie à sa portée, on s’est, au contraire, efforcé de le rétrécir, en lui inculquant, dès le bas âge, des croyances superstitieuses, de folles, d’absurdes terreurs; d’où résulte cette intolérance qui rend les vieilles filles haineuses, médisantes, insupportables. Enfin, au lieu de donner aux demoiselles une instruction solide, on les éloigne de toute occupation sérieuse ; on les entretient de mille bagatelles, de mille futilités ; de telle sorte que leur jugement étant resté inculte, elles sont presque toutes superficielles, frivoles, irréfléchies. Lorsqu’elles entrent dans le monde, les hommes mettent le comble aux défauts de cette éducation par leurs compliments insidieux et leurs fallacieux hommages. Les femmes dont l’âge a refroidi les prétentions, ajoutent encore aux tristes effets de cette éducation, en flattant leur amour-propre. C’est un ange de beauté, un chérubin, que cette jolie enfant J expressions banales, qu’on se croit obligé d’employer, parce que madame telle, qui donne le ton et la mode, s’en sert à tous moments. Remar-

quez-le bien, cela veut dire que la jeune fille est belle, charmante, qu’elle aura des adorateurs. Cette comparaison s’applique aux qualités physiques et non aux vertus. A quoi peut conduire une telle adulation? A la vanité, à la coquetterie, et souvent, hélas 1 à d’affreuses déceptions.

Objets de soins empressés et de louanges le plus souvent perfides, les jeunes demoiselles aspirent l’encens qu’on leur prodigue, sans songer à l’ivresse, et peu à peu l’ivresse arrive. Alors, pressées par le besoin d’être admirées, louangées, adorées, elles suivent la pente qui les entraîne vers la coquetterie ; leur temps se passe entre le miroir et la toilette ; elles cultivent incessamment l’art de parler aux yeux et se composent un arsenal de minauderies, de ruses, de malices, pour s’entourer d’adorateurs. A la coquetterie succède bientôt la dissimulation, la vanité, la sottise et tous les vices de l’amour immodéré de plaire. Alors, toute idée sérieuse s’est enfuie du cerveau de la femme, elle ne pense plus qu’à augmenter le nombre de ses jupons, de ses rubans et de ses dentelles ; son occupation favorite est d’essayer les nouveautés venant de chez la couturière et la modiste; son unique étude est de briller par ce fade esprit de salon, auquel se laissent prendre les gens superficiels ou de peu d’expérience, mais qui fait dire aux hom-

mes sensés : « Je ne voudrais point de toi pour ma femme. »

Lorsque l’époque du mariage est arrivée, pour les jeunes personnes ainsi élevées, c’est bien souvent une époque d’amères déceptions ; car, loin de considérer l’avenir tel qu’il sera, elles ne l’aperçoivent qu’à travers le prisme de leur imagination . Les unes se prennent au mariage comme dans un filet ; les autres s’y jettent follement comme elles se rouleraient sur un tapis de fleurs, sans prendre garde aux épines qu’il cacbe ; et lorsque la réalité vient détruire les beaux rêves de la veille, l’inévitable désillusion s’opère, les peines arrivent, les chagrins se multiplient, et le cœur s’ulcère, hélas ! bien souvent sans espoir de guérison.

Les considérations précédentes prouvent clairement que l’éducation physique et morale des jeunes filles, est de la plus haute importance pour leur règle de conduite et leur bonheur dans l’avenir. Que l’éducation faite dans les pensionnats n’atteint pas le but désiré, dans ce sens qu’elle tend à développer l’imagination au détriment de la raison.

Une des causes de cet état vicieux de choses se rencontre dans le programme de l’Université relativement aux jeunes personnes qui se destinent à la profession d’institutrice ; ce programme, nous

n’hésitons pas à le dire, n’exige que des connaissances tout à fait accessoires, sinon inutiles à la femme, et garde le silence sur des connaissances indispensables, telles que des cours élémentaires d’hygiène et de médecine domestiques; des notions sur l’économie intérieure, l’art culinaire, la nature et les qualités des divers aliments, etc., dont l’application se fait tous les jours (1).

Une autre cause, non moins active, se trouve dans l’énorme influence qu’exerce le clergé sur les institutions de demoiselles ; cette influence arrive à un tel degré, surtout dans les villes de province, qu’une institutrice qui déplairait à ce corps verrait, en peu de temps, ses élèves diminuer, et perdrait bientôt son établissement.

L’éducation de l’enfance doit être complètement exempte.de tout ce qui peut fausser le jugement et porter atteinte au développement de la raison. On doit en exclure ces récits merveilleux qui inspirent la crainte; car le merveilleux engendre la superstition, et celle-ci gâte le cœur et porte le trouble dans le cerveau.

C’est pendant le jeune âge que les idées superstitieuses se greffent plus profondément dans l’es-

(1) Voyez la Philosophie du Mariage, où se trouve exposé le pian d'éducation rationnelle le plus favorable au développantes ée l'intelligence.

prit ; une fois qu’on en est infecté, c’est pour toute la vie : les terreurs naissent, la raison avorte, l’être humain s’abrutit et marche aveuglément aux ordres du terrible fantôme qui le pousse. Oh ! c’est un affreux malheur pour l’humanité que cette éducation. Les philosophes et moralistes de toutes les épo ques ont bien senti que l’éducation superstitieuse du jeune âge retentit sur la vie entière, et que la volonté la pus forte ne peut se débarrasser de ses langes ; c’est pourquoi ils n’ont cessé de demander une éducation exempte de mystères, une éducation en rapport avec l’âge et dépouillée de tout ce qui est incompatible avec la raison; la raison, ce divin flambeau que l'orgueil et l’intérêt de quelques-uns cherchent incessamment à éteindre.

Mères de famille, retenez bien ceci : la morale est le soutien des sociétés, de même que la superstition en est le fléau. C’est donc la morale, rendue sensible par l’exemple, qu’il faut apprendre de bonne heure aux enfants ; mais la vraie morale, celle qui développe les beaux sentiments de l’amour du prochain, de la solidarité humaine; là est le secret de leur bonne et utile conduite dans l’avenir.

L’instruction religieuse ne doit se faire qu’à l’âge où l’enfant peut en comprendre l’importance, et doit être, en tout, conforme au but humanitaire.

Les idées religieuses inculquées à l’adolescence seront riantes, douces et sublimes de pureté; jamais tristes, jamais terribles et portant l’effroi dans les cœurs. L’idée de la cause première doit être environnée de toutes les perfections, et complètement isolée de ces petites passions humaines, telles que la colère, la vengeance, qu’on n’a pas craint d’attribuer à l’Être Suprême. C’est la raison et la reconnaissance qui doivent dresser des autels au souverain auteur de toutes choses, et jamais la crainte, jamais la superstition ; car la superstition, en favorisant la pente naturelle des femmes vers l’exagération, les livre à une sorte de démence. C’est le Dieu qui brille dans le soleil, qui se manifeste dans la verdure et les fleurs, qui sourit à la nature, que l’on doit adorer ; c’est le Dieu de paix et de bonheur. La plus entière confiance dans sa bonté est un devoir ; le plus léger doute serait un blasphème!

Si la vie est un bienfait, nous devons reconnaissance à l’Être tout-puissant qui nous l’a donnée ; mais cette reconnaissance doit exclure toute idée, toute manœuvre superstitieuse, et se concentrer dans une muette et profonde adoration. Cette reconnaissance du bienfait de la vie doit aussi se manifester dans la nratiaue incessante des vertus so-

ciales ; sans cette pratique, la reconnaissance et l’adoration restent stériles.

Cette digression sur l’éducation des jeunes filles tend à démontrer, d’une part, que l’éducation étroite, bornée, routinière, telle qu’on la donne dans les couvents, sans exception, et dans la grande majorité des pensionnats, ne peut qu'abâtardir la raison et mettre obstacle au libre développement des facultés intellectuelles ; d’où la profonde ignorance des femmes sur leurs devoirs sociaux ; d’où l’atonie du cœur, l’intolérance, la haine envers ceux qui ne professent pas les mêmes croyances. Lisez l’ouvrage du professeur Michelet sur le Prêtre, la Femme et la Famille, et vous y verrez se dessiner en relief les trop fâcheuses conséquences d’une semblable éducation.

D’une autre part, nous croyons que c’est à l’enseignement imparfait qu’on doit attribuer le petit nombre de femmes qui entrent en lice avec les hommes dans la carrière des sciences et des arts ; car, nous le répétons, même organisation cérébrale, et, par conséquent, même aptitude intellectuelle. De plus, un système nerveux plus impressionnable et des facultés plus promptes à saisir. Qui oserait nier que la jeune fille n’apprendrait ni aussi vite, ni aussi bien que l’adolescent, le grec, le latin, la physique, les mathématiques et

tout ce qu’on enseigne dans les collèges; si, comme lui, elle passait huit à dix années sur les bancs, à écouter les divers professeurs enseignant? Évidemment, si l’enseignement était le même pour l’un et l’autre sexe, les résultats intellectuels seraient les mêmes.

Restez-en persuadées. Mesdames, c’est l’instruction frivole du pensionnat qui vous laisse eu arrière de l’homme ; si au lieu de farcir votre esprit de futilités, on eût développé votre jugement, votre raison, vous arriveriez, sans nul doute, h cette parité intellectuelle que l’homme vous refuse.

C’est, nous le répétons encore, c’est la superstitieuse éducation de votre jeune âge qui vous rend craintives, intolérantes, quelquefois impitoyables.. Si, au lieu de fausser votre raison et d’exalter votre imagination, on eût cultivé cette précieuse faculté qu’on nomme le bon sens, oh ! n’en doutez pas, vous seriez cent fois plus douces, plus tolérantes, moins pusillanimes et plus heureuses que yous ne l’êtes.

SECTION IV

BÉSUMÉ ANALYTIQUE.

Ainsi donc, parité intellectuelle entre l’homme

et la femme; en maintes circonstances, supériorité de celle-ci sur celui-là, et cette supériorité lui est acquise par le fait même de son organisation. L’imagination étant la partie dominante de l’esprit des femmes, leur dictionnaire est, par cette raison, plus étendu que celui des hommes. Le monde réel ne saurait leur suffire, elles s'élancent incessamment dans un monde illusoire qu’elles embellissent des plus riantes couleurs.

La femme conçoit avec rapidité et juge sainement, plutôt par instinct que par réflexion. D’après une disposition particulière de son esprit, qui la porte à envisager les choses telles qu’elles se présentent, la femme fait généralement preuve de bon sens, qualité qui manque à beaucoup d’hommes. Elle saisit du premier abord tout ce qui est agréable et léger, trouve des rapports entre les objets ies plus distants, aperçoit une foule de circonstances qui déterminent ou empêchent le succès ; elle remonte rarement aux causes, mais elle devine les effets d’une manière prophétique. Son langage est prompt, son élocution facile, parce que, n’ayant jamais en vue que l’objet présent, sa mémoire lui en fournit plus nettement les qualités et les défauts ; sa conversation est brillante, ses plaisirs sont assaisonnés de délicatesse et de bon goût. — Ses sentiments sont élevés et toujours tendres ; son

amour n’est jamais entaché d égoïsme comme celui de la plupart des hommes, parce qu’elle donne plus de bonheur qu’elle n’en reçoit. — Elle aime à se parer, à se rendre aimable, attrayante, c’est son droit; et, si elle sacrifie aux préjugés, à 1? mode, c’est afin d’étre plus belle, plus jolie* plus séduisante; car son ambition est de plaire et d’être adorée. — Enfin, dans tout ce qu’elle entreprend, elle est fine, adroite, persévérante; elle montre une sagacité et un tact, une prudence qui la conduisent toujours au but qu’elle veut atteindre. C’est pourquoi la femme, portée tout à coup des degrés inférieurs aux premiers rangs de la société, sait mieux prendre le ton et les allures de sa nouvelle condition, que l’homme qui, presque toujours, fait des gaucheries et montre le bout de l’oreille.

Sans cesse occupée à observer, par le double intérêt d’étendre et de conserver son empire, la femme possède une parfaite connaissance du cœur humain ; elle sait démêler tous les plis de l’amourpropre, les faiblesses secrètes, la fausse pudeur, les prétentions déguisées, la vanité, l’orgueil empruntant les couleurs de la modestie, la sensibilité factice, l’hypocrisie et tous ses artifices. Habile dans l’art de plaire à tous, elle réunit et fixe autour d’elle une société d’admirateurs. Indulgente pour la faiblesse qui se montre, discrète pour celle

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qui se cache, elle sait également respecter les défauts, les volontés et les désirs. Elle devine les besoins, encourage les espérances, partage la joie des uns, calme les peines des autres. Elle déguise ses propres avantages, lorsqu’ils doivent froisser des susceptibilités présentes ; elle met dans ses manières cette grâce qui séduit les plus indifférents ; elle seule pratique l’art des égards et des ménagements avec cette délicatesse qui permet de renvoyer, sans les blesser, les personnes désagréables ou importunes. En un mot, la femme possède le secret d’attirer les plus indifférents, de policer les êtres les plus grossiers, et d’adoucir les plus âpres caractères.

Tout est amour et sentiments tendres chez la femme ; ce n’est point l’esprit, c’est le cœur qui donne l’impulsion ; la voix du cœur fait presque toujours taire la voix de la raison. La femme vit d’amour, son imagination s’exalte, se passionne pour l’objet aimé ; elle en fait une idole et en devient l’esclave ; les misères, les souffrances d’autrui l’impressionnent vivement et l’attendrissent ; les plus petits malheurs excitent sa compassion, et il est rare qu’un acte de bienfaisance n’accompagne point sa pitié.

Les femmes ont une grande influence sur les destinées des nations ; tous les philosophes et les

hommes politiques en conviennent ; c’est donc un fait parfaitement démontré. Il résulte de cette influence que plus les femmes sont appréciées et estimées à leur haute valeur, plus la civilisation avance ; au contraire, plus elles sont comprimées ou méconnues, plus les peuples languissent dans les langes de l’ignorance et de la barbarie. Les femmes, ainsi que nous venons de le dire, polissent les mœurs âpres, adoucissent les caractères farouches, disposent à la clémence, et font abolir les usages barbares ; âme de la société, qu’elles vivifient, elles en sont le plus bel ornement. Leurs vertus concourent à la puissance des empires, leurs déportements en précipitent la décadence. Ainsi, Cornélie représente Rome forte et glorieuse; Messaline, Rome lâche et flétrie. La femme n’est jamais plus heureuse qu’aux époques où sa douce influence a dégrossi les mœurs et développé les sentiments; alors, ses grâces, ses manières séduisantes, son charmant langage, exercent leur magique pouvoir sur l’homme, qui devient, à son tour, son esclave et met son bonheur en elle ; alors, c’est l’âge d’or pour les femmes, elles sont reines comme à Paris 1

Pour connaître à fond et apprécier la femme, il faut étudier son rôle dans les deux civilisations, ancienne et moderne, ainsi qu’aux diverses pha-

ses de ces civilisations. Cette étude a déjà été faite ex professo par l’académicien Thomas, dans son Essai sur les femmes; nous ne saurions rien ajouter aux observations profondes de cet auteur, nous nous contenterons d’en faire ressortir les points principaux qui ont trait aux femmes de notre nation.

Chez les Gaulois et les Francs, peuples guerriers, la femme n’est d’abord qu’un instrument de propagation; ce n’est qu’en devenant Druidesse qu’elle a droit aux respects, plutôt superstitieux que galants du sexe barbu. — Les Romains envahissent les Gaules et y sèment des idées nouvelles; la femme se sent attirée vers le vainqueur, et plus d’une Velléda immole sa nationalité à son amour. Cependant l’Empire romain penche vers sa ruine ; des flots de barbares l’inondent de toutes parts et s’en partagent les débris ; une religion nouvelle vient détrôner les dieux païens, le Christianisme est accepté avec enthousiasme, surtout par les femmes, qui le considèrent comme un moyen d’affranchissement. La doctrine chrétienne leur sourit parce qu’elle est toute d’amour, et que i’amour exclut l’esclavage. L’esprit fera valoir ses charmes; elle aura droit d’émettre son opinion dans les assemblées publiques, et la persuasion coulera souvent de ses lèvres.

Pendant les quatre siècles que durèrent les in* vasions des peuples guerriers, on s’accoutuma à voir les femmes marcher libres et suivre les armées. Les anciennes mœurs qui les condamnaient à la réclusion étaient tombées, des mœurs nouvelles les remplaçaient ; les femmes ressaisissaient habilement la puissance attachée à la beauté et faisaient pressentir l’ère de la chevalerie, lorsque l’établissement de la féodalité vint reconstituer de nouveau la servitude féminine. Le donjon renferma la craintive châtelaine, et la serve tremblante devint le jouet des caprices de son seigneur et maître.

Mais le triomphe de la femme va bientôt se manifester ; déjà les Trouvères chantent ses grâces et sa beauté. Les dames tressent de leurs mains l’écharpe des chevaliers qui surgissent de toutes parts, pour les protéger contre la tyrannie et leur rendre hommage. L’Europe entière devient une lice immense où les chevaliers, parés des rubans et des chiffres de leurs maîtresses, combattent pour leur plaire et mériter leur amour. Les donjons sont attaqués, leurs nobles captives sont rendues à la liberté; partout on défend les droits du sexe opprimé, et le courtois chevalier ne demande, pour prix de son sang versé, qu’un regard de celle qu’il adore. Alors, l’amour développait le courage,

et la fidélité était inséparable de l’honneur ; alors les femmes, fières de leur empire, s'honoraient des grandes actions de leurs amants et en partageaient la gloire.

Telles furent les mœurs des temps de la chevalerie, où le même homme se montrait tour à tour poëte et guerrier, maniait alternativement la lyre et la lance, chantait sa maîtresse et combattait pour elle. Ces fréquents exemples de l’amour et du courage réunis communiquèrent aux femmes une noble émulation ; on vit un grand nombre d’entre elles quitter les paisibles occupations de leur sexe pour endosser la cuirasse et voler aux combats : elles attaquent et défendent les places ; elles accompagnent aux croisades leurs maris et leurs amants, vainquent avec eux ou meurent à leurs côtés. Dans nos guerres de province à province, triste conséquence du morcellement féodal du territoire, partout et toujours la femme joue un rôle ; sa main est forte dans le combat et sa parole éloquente dans le conseil. Elle s’appelle Jeanne d’Arc et Jeanne Hachette pour défendre son roi, Agnès Sorel pour le relever de son voluptueux abattement.

Aux âges de la chevalerie succédèrent les siècles des arts et des lettres, et la femme prouva en mille circonstances, que la faiblesse de son sexe ne Pex-

cluait pas plus des grands travaux de l’intelligence que des actions héroïques. Dès le treizième siècle, on voit des femmes soutenir publiquement des thèses, haranguer en grec et en latin. Aux quatorzième et quinzième siècles, elles occupent avec distinction des chaires de droit, d’éloquence, de philosophie et de théologie; l’astronomie, la physique et la médecine sont étudiées par elles avec succès. En Italie, surtout, la femme contribue puissamment à la renaissance des arts et des lettres ; elle se distingue dans la poésie et les œuvres d’imagination ; elle brille dans les académies ; de son aiguille elle fait un pinceau et brode sur la toile des chefs-d’œuvre; ses mains délicates ne craignent pas de s’attaquer aux métaux, de façonner la terre brûlante pour enfanter des merveilles céramiques.

Ainsi la femme traverse les siècles, laissant sur son passage le lumineux sillon qui atteste son triomphe. Si parfois son éclat paraît s’effacer c’est qu’une influence grossière, une force brutale, la replonge dans une servitude dont elle pourrait s’affranchir, mais qu’elle préfère supporter avec résignation.

Sous Louis XIY, la femme semble abandonner les études utiles et sérieuses pour diriger l’activité de son esprit vers les agréments futiles de la

société ; elle affiche une politesse exagérée, une coquetterie de manières qui font craindre la licence ; elle suit son penchant pour les plaisirs, et personnifie, dans mademoiselle de la Vallière, le respect pour les idées religieuses et le remords à la suite de l’amour.

Sous Louis XV, le caractère des temmes devien de plus en plus léger ; on met de l’audace dans les désirs ; on s’affranchit peu à peu du voile de la décence ; on secoue toute contrainte ; la séduction devient plus aisée, plus hardie, on veut plaire quand même, et, pour ne point rougir des intrigues amoureuses devenues à la mode, on prend le parti d’en rire ; la tète et le cœur des hommes sont vides, leurs passions licencieuses, leurs goûts inconstants ; ils ne s’inquiètent plus de l’opinion publique, ils contagionnent les femmes et leur inculquent une foule de vices ; les deux sexes n’ont d’autre occupation que celle du plaisir. Mais la femme se retrempe dans la sanglante époque de 93; elle retrouve le génie, le courage et les vertus des temps antiques ; elle efface toutes les hontes du passé par ses actes d’héroïsme et de dévouement.

Sous le Directoire, elle retombe dans ia mollesse, mais elle règne toujours par l’esprit et les

Napoléon, qui ne l’estime que par le nombre des soldats qu’elle lui donne, subit deux fois son influence et se montre plus irrité de quelques lignes de madame de Staël que des forfanteries des généraux étrangers et des félonies des siens.

De la chute de l’Empire à nos jours, le nombre des dames françaises qui se sont illustrées dans les arts libéraux est très-considérable. Jamais à aucune époque de l’humanité et dans aucun pays du monde,, elles ne montrèrent autant d’aptitude et ne réunirent, comme aujourd’hui, tous les genre de mérites.

Après cette esquisse générale et rapide des qualités de la femme, nous allons dans le chapitre suivant, décrire en particulier les mérites* vertus et perfections dont la nature s’est plu à la combler.

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