CALOMNIES, — VÉRITÉS
Jusqu’ici nous avons montré la femme sous son aspect le plus beau ; mais si, comme dit le proverbe, on retourne le tableau, la scène change, les teintes s’assombrissent, les jours manquent, on ne reconnaît plus la femme telle que nous l’avons dépeinte.
A toutes les époques de l’humanité, la femme a été l’objet d’une foule de critiques et de satires plus ou moins brutales ; on l’a déchirée, calomniée, et ses détracteurs l’eussent rayée de la famille humaine, s’ils en avaient eu le pouvoir. Dans toutes ces satires, écrites par des hommes chagrins, des amants courroucés ou des vieillards trompés, si l’on trouve des vérités on rencontre aussi beaucoup d’exagérations. La femme est telle que l’homme l’a fait; les défauts qu’on lui reproche sont dus, en grande partie, aux sottises des hom-
mes. Dans une société où les hommes sont vicieux, js femmes deviennent vicieuses; les lois de la contagion s’appliquent également au physique et au moral de l’individu,
Dans ce chapitre, que nous abrégerons le plu? qu’il nous sera possible, nous entreprenons, Mesdames, la pénible tâche de vous apprencire tout le mal qu’on a dit de vous ; nous serons sincères et vous prions de nous pardonner.
Chez les Hébreux, qui nous ont transmis en partie leur religion et leurs préjugés, les femmes ne jouissaient point de cette considération que notre civilisation leur accorde. Ce peuple envisageait la femme comme un être inférieur à l’homme et la considérait comme une source intarissable de mensonges, de perfidie et de luxure. Lisez à ce (çujet les livres de Moïse et des Prophètes.
Les Orientaux n’avaient d’attention pour la femme qu’autant qu’elle procréait des enfants; les femmes stériles menaient une vie malheureuse. Les Arabes étaient et sont encore imbus des mêmes idées : pour eux la femme est un moule à créature humaine. Despotes et barbares, ils n’ont d’égards pour elle qu’à l’époque de la fécondité; ce temps passé, la femme est employée comme bête de somme, parce que, prétendent-ils, elle ne peut que faire mal.
La plupart des historiens, poëtes et philosophes grecs ne sont nullement favorables au sexe féminin. Selon eux, le commerce des femmes est d’autant plus dangereux qu’il paraît plein de douceur. De combien de maux affreux les femmes n’ont-elles pas inondé la terre? Par combien de crimes n’onP elles pas violé les lois de la nature? Il suffit de citer le collier d’Ériphile, la calomnie de Sténobée, l’inceste d’Europe, le festin de Philomèle et la barbarie de Progné qui égorgea son fils pour se venger de son époux. — Les malheurs que Briséis attira sur le camp des Grecs. — Hélène qui causa la perte de Troie et la mort de tant de guerriers.— Le meurtre de Candaule par une femme qu’il adorait. — Les amours et les artifices de Phèdre. — Le meurtre d’Agamemnon par Clytemnestre, son épouse. — L’infanticide de Médée... et tant d’autres attentats dont les femmes se sont rendues coupables.
L’irascible et bilieux Euripide se déchaîna contre les femmes et déversa sur elles l’âcreté de s r bile ; mais Laïs vengea son sexe des injures du tragique, en lui donnant publiquement une leçon (1).
(1) Voyez le curieux ouvrage intitulé : Laïs de Corinthe , ou les Courtisanes de l’antiquité. —Chez Dentu, libraire à Pons.
Le voluptueux Anacréon lui-même, qui ne vivait que pour le vin et les femmes, leur adresse des reproches.
Le poëte Simoniae lança contre elles une violente diatribe, dont voici la substance : — La nature de la femme est composée de dix éléments ; en d’autres termes, il y a dix espèces de femmes.
— La première, tient de la truie ; — la deuxième, du renard ; — la troisième de la chienne hargneuse ; — la quatrième, de la brute ; — la cinquième, de la mer capricieuse ; — la sixième, de l’âne entêté ; —la septième, de la belette voleuse ;
— La huitième, du cheval à belle crinière ; — la neuvième, de la guenon méchante ; — la dixième enfin, de l’abeille écervelée.
Àntisthène et Xénoerate s’enfuyaient à la vue d’une femme, pensant que son contact ne pouvait qu’être funeste. — Aristophane leur décochait les traits les plus acérés. — Le divin Platon, craignant de tomber entre les mains d’une mégère semblable à Xantippe, femme de son maître Socrate, ne voulut point se marier. —Diogène aurait voulu voir toutes les femmes pendues, à l’exception de Laïs. — Ménippe ne les aimait pas et Zénon ne pouvait les souffrir. — Âlciphron e Athénée se sont complu à nous les montrer au milieu de leurs débauches. — Lucien a rapporté
sur leur compte des choses peu flatteuses. — Enfin, le seul Plutarque, dans la vie de ses femmes illustres, a voulu réparer les torts de ses devanciers.
Chez les Romains, Horace et Martial ont satirisé les femmes ; — Juvénal les considérait comme le plus grand des maux, et préférait la mort au mariage. — L’austère Sénèque gémissait sur les déportements des femmes et conseillait à la jeunesse de les fuir. — Gallien, témoin des emportements de sa mère contre ses esclaves, a mal parlé des femmes.
Chez les peuples soumis aux lois du Koran, la femme est une propriété, un objet pour la satisfaction du maître ; réduite au rôle d’esclave, elle en a toutes les ruses et les perfidies. — Publius Sylvius a écrit contre elles ces mots passés en proverbe : Femme qui pense seule, pense mal. — Grégoire de Naziance ne les a point épargnées. — Chez les Francs, nos ancêtres, les femmes n’étaient pas mieux traitées ; mais les Gaulois, également nos ancêtres, avaient plus d’égards et d’estime pour elles. Enfin, l’histoire de tous les peuples nous montre la femme sous un jour d’autant plus défavorable que ces peuples sont plus barbares.
Nous ferons observer ici, qu’en général les détracteurs de la femme sont de deux classes :
A la première appartiennent les hommes abandonnés de leurs maîtresses ou trompés par leur? femmes. Les motifs d’abandon ou d’infidélité sonl presque toujours provoqués par la coupable conduite de l’homme, par les mauvais procédés, la jalousie et quelquefois par des, actes de brutalité. La femme a-t-elle si grand tort de fuir ces êtres emportés, jaloux, haineux, ayant toujours l’injure et la menace à la bouche ?
La seconde classe comprend les hommes frappés d’une disgrâce, d’une infirmité physique, d’impuissance, et tous ces êtres ou cœur glacé, qui, étrangers aux ineffables voluptés de l’amour, portent envie à ceux qui s’aiment et versent sur eux leur bile impure. Ces hommes-là médisent sans cesse de la femme ; ils trouvent défectueux ses charmes, ses attraits; ils cherchent à ternir ses plus brillantes qualités et, dans leur haine aveugle,. ils ne s’aperçoivent pas qu’on se moque d’eux et de toutes leurs satires ; ils oublient que la Wme est une des merveilles de la création, et que le Créateur l’a dotée largement de tout ce qui était nécessaire pour la faire aimer. Voilà pourquoi on aima de tous temps les femmes et pourquoi on les aimera toujours.
Reprenons notre récit : Ce ne fut, en réalité, qu’à partir du règne de François I er , de galante
mémoire, que les femmes furent tirées de l’état d’abjection dans lequel le sexe fort les tenaient plongées. L’exemple des Français fut suivi de plusieurs nations, et, de ce moment, la femme cherche à se rendre digne de la position qu’on lui a faite.
Mais il faut croire que la femme abusa de sa liberté, puisque les historiens et chroniqueurs de ces époques l’accusent de félonie, d’adultère et de vices honteux. Il fallait avoir recours aux argus, aux verroux, aux ceintures cadenassées !... De nouveau, la femme devient la victime du sexe fort, qui employa tous les moyens pour la priver de la liberté dont elle mésusait. On enferma dans des couvents les récalcitrantes ; mais, loin de les rendre meilleures, on les rendit plus vicieuses. Que d’imprécations, que de cris de haine et de vengeance retentirent sous les voûtes de ces tombes à jamais refermées sur les vivants! !... Que de larmes de désespoir en arrosèrent les dalles! !...
Tout cela est-il calomnie ou vérité? Nous l’ignorons; ce qu’il y a de certain, c’est que cette accusation se retrouve chez la plupart des écrivains de ces temps. L’auteur dé la Forêt-Nom du mariage se déchaîne contre les femmes avec des expressions si violentes, si peu mesurées, qu’on n’ose ajouter foi aux accusations dont il écrase les
Le siècle de Louis XIV affranchit de nouveau les femmes de leurs entraves ; il paraîtrait qu’elles abusèrent encore de leur liberté. Boileau, Molière, Shakspeare, Lafontaine, Boccace, Yoltaire et l’immortel Jean-Jacques, prouvèrent, non par des insultes, ainsi que l’avaient fait leurs devanciers, mais avec convenance, que la femme était faible, rusée et sujette à caution. Ils conseillèrent aux maris de se tenir incessamment sur leurs gardes, et de ne jamais accorder une confiance aveugle à un sexe qui chute et rechute toujours.
Vint la mémorable époque de la Révolution de 17931 La femme, dégénérée sous Louis XV, ainsi que nous l’avons déjà dit, sembla se retremper dans le sacrifice et le dévouement. Les traits de courage et d’héroïsme se multiplièrent parmi les femmes, au point d’effacer les plus beaux élans de patriotisme parmi les hommes.
Le dix-neuvième siècle a vu les femmes, surtout en France, arriver à leur apogée de gloire et de bonheur. Si elles montrent encore les défauts et les vices d'autrefois, c’est, nous le répétons encore, leur pauvre, leur détestable éducation qui en est la source; ce sont les banalités mondaines, les frivolités de la mode qui en font des coquettes et les perdent sans retour.
« Auprès les vices d’éducation, disait le docteur
Dunne, ce qu’il y a de plus dangereux pour les femmes, c’est l’oisiveté et la flatterie. Habituées dès leur jeunesse à des choses frivoles, elles n’onf d’autre moyen de se préserver de l’ennui que de courir les bals, les théâtres, les promenades publiques ou de lire des romans, seule lecture analogue à la fausse culture de leur esprit. C’est ainsi qu’elles entrent dans la carrière du vice, où les flatteries, les adulations des hommes aident encore à les précipiter. Si aux arts d’agréments, auxquels on donne tant d’importance dans leur éducation, elles joignent les avantages de la beauté, l’encens le plus grossier suffit pour leur faire tourner la tête. Elles se croient des êtres privilégiés devant qui tout doit s’incliner. Ce travers, qui les rend hautaines, dédaigneuses, vaines et, par conséquent, ridicules, est le résultat du défaut de jugement, précieuse faculté qui est restée inculte.
« Lorsque les rides viennent annoncer que la jeunesse s’est enfuie, on les déguise, on se farde, on se fait un visage menteur. Malheureusement, l’artifice ne tarde pas à être découvert, et un à un, les adorateurs disparaissent. Mais le vice a pris racine et ne peut plus s’extirper; on cherche alors un autre théâtre et l’on se jette dans la dévotion. Cette transition se borne presque toujours à un
changement de costume; la réforme ne va pas plus loin.
« Pendant la jeunesse, le tourbillon du monde, les désirs, les passions, n’ont pas laissé aux femmes le temps de calculer tout le prix de l’opinion. L’âge et l’abandon qu’il amène leur font sentir enfin la nécessité d’une bonne réputation. Mais comment renoncer à des penchants caressés si longtemps? La dévotion leur offre alors son manteau, comme le seul moyen de se ménager, en public, les honneurs de la vertu.
« Avec ce nouveau masque arrivent les fausses dents, les chevelures artificielles, le blanc, le rouge, les pieuses grimaces et la sainte médisance; la morale, longtemps insultée par des désordres secrets ou publics, reçoit, pour dernier outrage, l’hommage de l’hypocrisie. »
Voilà ce que disait, il y a trente ans, le docteur Duune, et ces faits trouvent encore aujourd’hui leur parfaite application.
Au nom de votre dignité et de vos devoirs de mère, au nom du rôle important que vous êtes appelées à remplir dans la famille, ô femmes 1 rejetez loin de vous ces vains hochets de la mode, ces oripeaux de la vanité ; abandonnez vos goûts frivoles; réprimez les écarts de votre imagination pour laisser le champ libre à votre raison ; soyez
aimables et gracieuses sans afféterie ; spirituelles sans prétentions; bonnes, douces, affables sans intérêt, alors vous n’aurez plus d’ennemis, vous régnerez sur les hommes, et les plus rebelles se soumettront à vos lois.