‹ Physiologie descriptive des trente beautés de la femmeChapitre 37 sur 50 · LES HOMMES ET LES FEMMES · texte numérisé non relu

LES HOMMES ET LES FEMMES

Les femmes sont criblées de vices, de défauts, d’imperfections cachées, disent certains hommes ; les femmes se défendent en lèur renvoyant l’argument, et elles ont raison. Eu effet, pour quelques atrabilaires égoïstes et rebutés qui ont épanché leur bile sur le beau sexe, qui ont écrit mille grossières sottises, une foule d’auteurs distingués ont fait justice de ces fausses imputations en glorifiant la plus aimable moitié du genre humain.

Les chroniques du dix-septième siècle rapportent qu'un jurisconsulte, malheureux en femme, délaya, contre toutes les femmes, son épaisse bilf dans un ouvrage intitulé ; La Forêt-Noire du

Un jour qu’il se trouvait à Turin, les femmes le poursuivirent, le chassèrent de la ville, et ne lui permirent d’y rentrer qu’avec cet écriteau collé au dos :

Des femmes sommes tous venus.

Grands, petits, gros et menus;

C’est pourquoi celui qui les blâme,

Doit être réputé infâme.

Ce qui a toujours manqué aux femmes, c’est l’esprit de corps. Si toutes les femmes d’une ville, d’une contrée, d’un royaume, se soutenaient mutuellement, elles formeraient une corporation formidable, contre laquelle Messieurs les hommes seraient forcés de rendre les armes, de s’incliner.

Si un auteur obscur a barbouillé le Démérite des Femmes, brochure morte-née, un poète célèbre a chanté leurs vertus dans le Mérite des femmes.

Pour quelques êtres impuissants, haineux, vexés ou éconduits qui, de temps à autre, déchirent les femmes de leurs méchantes épigrammes, un grand nombre de célébrités philosophiques et littéraires font leur apologie et leur payent un tribut d’hommages.

Dans ce conflit d’opinions, d’amour et de haine, de reconnaissance et d’ingratitude, au milieu de ces controverses, de ces disputes, l’avantage reste

toujours aux femmes, car une voix puissante s’élève en leur faveur, et cette voix c’est celle de la vérité.

Ah! messieurs les Misogynes (1), vous calonrF niez tout un sexe, en haine de quelques rares exceptions; vous aiguisez vos dards et décochez contre elles vos traits envenimés, parce qu’une femme, vous trouvant ou trop maussade ou trop tyran, ou trop vain ou trop brutal, vous a planté là pour un être plus sociable; et vous croyez avoir la raison de votre côté 1 Détrompez-vous; nous venons de vous prouver que le sexe barbu n'est nullement privilégié; que la femme l’égale en tout et pour tout, hormis les abus de la force : que la supériorité que vous vous arrogez sur elle n’est qu’illusoire; elle vous prouve tous les jours que, si vous prenez la plume pour l’attaquer, elle la manie aussi bien que vous pour se défendre.

Un auteur a écrit les lignes suivantes pour et contre les femmes.

« La femme est ce que l’homme peut avoir dé inieux et de pire; elle est sa vie, son trésor, sa mort et son poison.

« C’est un vase qui contient la vertu, la bonté,

(1) misogynes, mot tiré du grec, signifiants ennemis de» femmes.

mais aussi un venin qui égale celui de la vipère. Je signale au monde son prix comme réel, et je la condamne comme fausse.

« Elle nous donne son sang et nous nourrit; cependant le ciel n’a rien fait de plus ingrat; c’est quelquefois'un ange et quelquefois un démon.

« Souvent elle est belle d’amour et de gentillesses; souvent ses méchantes actions la rendent affreuse. Enfin, la femme est comme la saignée, qui tantôt donne et tantôt fait perdre la santé. » Lorsqu'on entre dans les détails de toutes les petites passions qui agitent les femmes" pendant leur vie; de toutes les tracasseries qu’entraînent leur folle vanité, leurs caprices, leur perpétuelle indiscrétion; lorsqu’on réfléchit que malgré tous les défauts de leur esprit et les vices de leur cœur, elles exercent une énorme influence dans l’état social, on est tenté de justifier Confutsé et Mohamed de les avoir condamnées à la réclusion. Sans discourir sur les motifs de cette réclusion, nous pensons que ces législateurs ont voulu, en les séparant de la société, empêcher qu’elles contractassent les vices des hommes etles conserver dans leur pureté.

La Chimère et tous les monstres dont la fable nous parle n’étaient pas aussi à craindre que la femme. Des héros vainquirent ces monstres et furent vaincus par les femmes.

Parmi les êtres qui peuplent la terre, a dit un misogyne, il n’y en a aucun qui surpasse la femme en ruses, en perfidies, en méchancetés de toutes sortes. La vanité, l’orgueil, la coquetterie, l’envie, la jalousie, la colère, la vengeance, l’accompagnent toujours. Elle est bavarde, médisante, frivole, ignorante, imbue de mille préjugés; elle est égoïste, gourmande, hypocrite, bigote, parjure, etc., etc. ; elle cache en elle tous les vices qui dégradent la nature humaine, et les pâles vertus qu’elle montre de loin en loin, ne sauraient établir une compensation.

Une femme d’esprit et de haute raison fit la réponse suivante, pleine de vérités :

« On reproche aux femmes des défauts que les hommes partagent avec elles. Il y a autant de bavards que de bavardes, d’indiscrets que d’indiscrètes, de menteurs que de menteuses; mais il y a beaucoup plus d’hommes égoïstes que de femmes égoïstes, plus de jaloux que de jalouses, plus de. trompeurs que de trompeuses, plus d’impertinents que d’impertinentes, etc.

« Si les femmes sont tracassières, les hommes sont intrigants; si les femmes sont légères, les hommes sont inconstants; si les femmes sont fausses, les hommes sont hypocrites ; si les femmes

sont perfides, les hommes sont traîtres; si les femmes sont volages, les hommes sont parjures ; si les femmes sont jalouses, les hommes sont envieux ; si les femmes sont coquettes, les hommes sont fats; si les femmes sont glorieuses, les hommes sont orgueilleux; si les hommes ont plus de bravoure dans le danger, les femmes ont plus de courage dans le malheur, plus de patience dans les revers, etc., etc. »

« De grâce! Messieurs les hommes, disait une dame, cessez de nous accabler, et, avant de nous noyer dans l’océan des vices, veuillez analyser les défauts de votre propre sexe.

« Vous possédez l’orgueil du bien, nous n’cn avons que l’amour. Vous êtes les moralistes du genre humain, vous faites les lois et nous les suivons; vous éclairez la société, et nous l’embellissons ; ce n’est pas la -crainte, c’est le devoir qui nous soumet. Nous étouffons jusqu’aux cris du cœur pour vous plaire. Vous n’êtes point comme nous sous le glaive du public ; ce bon public, applaudit au séducteur et insulte la victime ; c 'est pourquoi vous dites qu'il est juste.

« Nous n’avons point d’écoles de droit, où l’on apprend à être faux et injuste an besoin ; nous n’avons point d’écoles de théologie, d’où sortent des inquisiteurs qui brûlent les hommes pour leur gloire et pour la gloire de Dieu. Nous aimons votre

enfance, nous sommes le charme de vos belles années, nous consolons votre vieillesse et allons pleurer sur votre tombe. Toutes ces qualités ne peuvent-elles pas racheter quelques défauts et nous faire trouver grâce devant vous? »

Une autre dame exhalait ainsi ses plaintes ironiques envers les hommes :

« Femmes vaniteuses, rentrez, je vous prie, dans la médiocrité intellectuelle dont on vous fait un devoir. Il ne nous appartient pas d’occuper les places que nos maîtres ont tant de peine à garder. Nos maîtres nous défendent d’être sérieuses, tâchons de leur devenir agréables; ils nous y invitent par des raisons si logiques?,.. Voyez leur indulgence! Ils vous permettent de causer modes, théâtres, bals, concerts, etc. N'est-ce point assez pour remplir nos loisirs?... Mais, nous occuper de questions sérieuses, meubler notre esprit de 'choses utiles, û doncl cela ne sied nullement à la jolie femme, qui doit être aimable et frivole avant tuut. Oh! les excellents hommes!... Et vous vous laissez prendre à ce charlatanisme intéressé, Mesdames, et vous ne voyez pas que l’homme veut par le vide complet de votre esprit, vous tenir en tutelle?

« Non, Dieu n’a pas créé la femme pour en faire l’esclave de l’homme; il a voulu, de part et d’autre, l’égalité, l’amour. Il a dit à l’homme : « Je t’associe une créature en tout digne de toi; « Je n’ai plus rien à'faire pour ton bonheur, ni « même pour ma gloire. » Et Dieu, après avoir créé la femme, ne fit plus rien, »

C’est ainsi que devraient penser et raisonner toutes les femmes ; alors, les hommes rabattraient un peu de leur orgueil, et la condition sociale du beau sexe irait toujours en s’améliorant.

Les hommes, de leur côté, devraient bien graver ce proverbe dans leur mémoire : « Celui qui n’est pas l’ami des femmes, donne une fort triste idée et de son esprit et de son cœur. »

La nature semble avoir conféré aux hommes, avec la force physique, le droit de commander; mais la nature a aussi accordé aux femmes l’art de se soustraire au despotisme du plus fort. Les deux sexes ont réciproquement abusé de leurs avantages.

Les hommes, pour prouver leur puissance, ont fait des lois et obligé la femme à s’y soumettre.

Les femmes, en revanche, ont augmenté leur valeur personnelle par l’esprit, les grâces et mille autres attraits ; elles ont, en outre, doublé le prix de leur possession, par la difficulté de l’obtenir.

De telle sorte, que si l’on demandait de quel côté est la servitude, on pourrait, sans être paradoxal, répondre : — elle est du côté de l’homme ï

Pour celui qui a étudié le caractère féminin, il est bien avéré que l’autorité est le but où tendent toutes les femmes. Lorsqu’elles sont maîtresses de leur cœur, l’amour qu’elles donnent les conduit à ce but ; l’amour qu’elles demandent les en éloigne. Elles savent toutes cela. C’est pourquoi leur unique politique est d’inspirer l’amour sans l’éprouver! ou de le cacher profondément si elles aiment. Plus elles attirent, plaisent et refusent, plus les hommes multiplient leurs moyens de séduction ; d’où il résulte que si ceux-ci sont habiles à l’attaque, celles-là sont maîtres passés pour, la défense. C’est cet état de choses qui a engendré la courtoisie des temps modernes, et qui perpétue la politesse, les mille prévenances des hommes pour le beau sexe.

Nous pensons, avec plusieurs philosophes, quo les législateurs ont commis une grave erreur à l’égard des femmes : au lieu de constituer leurs droits, ils ne leur ont imposé que des devoirs. La conséquence de cette erreur a été au profit de leur pouvoir naturel. En effet, ce défaut de justice leur a suggéré mille moyens de prouver leur valeur sociale, et leur pouvoir s’est encore accru des pas-

sions des hommes. Parmi ces moyens, il en est un qui manque rarement son but. En France, les hommes du monde considèrent la conversation comme un moyen de briller et de plaire ; c’est à qui l’emportera sur son concurrent, et ils déploient dans cette lutte, toutes les ressources de leur esprit. Comme c’est aux femmes qu’il appartient de décider de ce genre de supériorité, elles tiennent toutes les vanités sous leur domination ; de telle sorte que chaque concurrent, pour obtenir la victoire, flatte, adule la femme, l’entoure de mille soins et se soumet aveuglément à son empire.

Nous répéterons, avec l'Ami des femmes, ce que nous avons déjà dit plus haut, en d’autres termes :

« Les hommes doivent en grande partie, les avantages qu’ils ont sur les femmes, à la différence de leur éducation, qui, bien que défectueuse encore, l’est beaucoup moins cependant que celle donnée aux femmes.

« On éloigne les jeunes filles de toute occupation sérieuse, on les entretient de mille bagatelles, on les accoutume à mille délicatesses, le plus souvent ridicules. De là, résultent la frivolité, la légèreté et la faiblesse de leur caractère.

«C’est une .erreur de croire que les hommes ont

une très-grande supériorité intellectuelle sur les femmes; mais il est très-vrai de dire que les femmes ont communément plus d’esprit que les hommes, plus de goût, plus de tact, plus de finesse. La pauvreté des études qu’on leur fait faire, les idées superstitieuses dans lesquelles on les élève, arrêtent les progrès de leur jugement ; elles sont presque toutes superficielles, parce qu’on ne les a jamais accoutumées à réfléchir, à raisonner.

« Paraissent-elles dans le monde, les hommes mettent le dernier sceau aux vices de leur éducation en développant chez elles la vanité, la fausseté, la coquetterie, etc.; car. plus une femme a d’affectation, de manège, de minauderies, de caprices, plus elle s’entoure d’adorateurs.

« Celles qui résistent à tout ce qui conspire contre elles, ont de grands avantages sur les hommes les plus aimables : leur conversation est séduisante, leur imagination plus vive, leur cœur plus sensible, leur amitié plus tendre, leurs procédés plus délicats, leur attachement plus sincère. »

La femme serait bien plus parfaite encore, si les vices de l’éducation qu’on lui donne n’arrêtaient son élan vers la perfection intellectuelle ; malgré les torts de l’homme à son égard, et en dépit des entraves et des ténèbres dont on environne sa rat-

son, elle eonserve toujours son caractère de bonté, de douceur.

« Tout est admirable dans la femme; et Dieu, qui s’est repenti d’avoir fait l’homme, ne s’cst jamais repenti d’avoir fait la femme. »

Quant à ces hommes qui ne considèrent jamais que le côté défectueux des femmes et qui ne cessent de les poursuivre de leurs sarcasmes, d’énumérer leurs défauts, leurs faiblesses ; il serait curieux de mettre àu jour leurs ridicules, les basses courbettes qu’ils ont faites auprès de ces mêmes femmes, et les humiliations qu’ils en ont reçues. Il ne faut pas s’y tromper, ce sont toujours des hommes intolérants, injustes, impuissants, trompés ou éconduits, qui parlent mal des femmes : on reconnaît facilement, chez eux, le défaut de la cuirasse. Les hommes, au contraire, qui ont étudié la nature et le caractère de la femme, admirent ses vertus et plaignent ses erreurs.

De même que le printemps a ses orages, l’humanité a ses faiblesses.

Un poète a eu raison de dire :

Contre les femmes, oui, tel se permet d’écrire,

Qui tomberait à leurs genoux,

S’il avait pu savoir combien il est plus doux De les aimer que d’on médire.

Hommes ! soyez donc de bonne foi : la femme n’est-elle pas, à votre égard, ce que vous la forcez d’être ?

Vous vous appliquez sans cesse à la séduire, a la tromper; et, si parfois elle vous trompe, vous la maudissez! Tous lui donnez souvent l’exemple d’une conduite équivoque, et vous êtes scandalisés si elle le suit ! Vous vous moquez de vos serments, et vous voulez qu’elle garde les siens ! Vous êtes parjures, et vous exigez qu’elle soit fidèle ! Vous brisez ses affections, ses plus chères espérances, et vous demandez que son cœur n’en éprouve aucune atteinte! Enfin, vous la délaissez, vous l’oubliez pour d’autres, et, lorsqu’elle vous rend la moitié de votre pièce, vous entrez en fureur, vous lu jetez l’anathème! Gela est-il conséquent? est-il juste, répondez?

Ah ! cessez, Messieurs les hommes, d’accabler les femmes de vos injustices ; cessez de les poursuivre de votre quinteuse humeur. Les femmes sont plus sensibles, plus aimables, et valent mieux que vous ; tous les défauts que vous leur reprochez ne font pas tant de mal qu'un seul de vos vices ; et ces défauts, c’est encore vous qui les faites naître par votre orgueil et votre despotisme. Au lieu dei désapprécier la femme, souvenez-vous quelle est une des conditions nécessaires à votre bonheur»

Promenez vos regards sur les scènes riantes de vos premières amours ; évitez de les arrêter sur les endroits sombres, et vivez incessamment bercés par ces doux souvenirs.

O hommes I aimez, adorez toujours les femmes ; car, sans elles, votre vie serait une affreuse solitude !...

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