LECTURE TRÈS-IMPORTANTE POUR LA FEMME MARIÉE
La femme mariée, la mère de famille, doit connaître toute l’étendue de ses devoirs envers son mari et ses enfants. La pratique de ces devoirs la fait aimer et respecter de toutes les personnes qui l'entourent. Parmi ces devoirs, il en est qu’on ne saurait enfreindre sans porter atteinte à la dignité du mariage et à la morale ; tels sont, par exemple, la bonne conduite, la fidélité conjugale, l’amour et Y éducation des enfants.
Là raison dit qu’il devrait y avoir égalité parfaite entre le mari et l’épouse ; malheureusement il n’en est pas toujours ainsi. L'homme fait parfois sentir la force qui lui est dévolue; souvent il exige que la femme reconnaisse son infériorité, sa faiblesse. C’est alors que. ia femme doit faire usage
de toute la force de sa raison, pour réprimer victorieusement son amour-propre blessé ; c’est alors qu’elle doit déployer toutes les ressources de son esprit pour paraître résignée à la volonté de celui qui s’impose en maître. Il faut qu’elle sache obéir aujourd’hui pour commander demain. La sagacité, la finesse d’esprit qui lui sont naturelles, lui feront découvrir mille petits détours pour arriver au but. Ainsi, l’homme veut ; on lui cède, et il croit qu’on lui cédera toujours ; mais il se. trompe, car la femme saisit habilement les rémittences de la volonté de son mari pour lui imposer la sienne. Ce qu’elle veut n’est rien, ou du moins si peu de de chose, qu’il est bien facile de la contenter; et puis, elle récompense si agréablement les plus petites complaisances de son mari, que celui-ci finit par tout accorder. Il est surtout important de ne jamais contrarier les vieilles habitudes du mari ; ce n’est qu’avec le temps qu’on peut s’en rendre maître. La femme doit savoir s’arrêter à propos, se replier pour mieux avancer ; elle veut toujours, mais étant la plus faible, elle ne marche que lentement, sans jamais compromettre le travail commencé. Elle fait suivre des voies indirectes à son mari, qui s’y croit entraîné par hasard ou librement; et c’est ainsi qu’il obéit lorsqu’il croit commander,
Mais si, par un de ces incidents malheureusement assez fréquents, un homme, d’ailleurs estimable, privait sa femme de son amour, de sa tendresse, pour aller se jeter dans les bras d’une autre femme ; l’épouse doit se conduire avec réserve et dignité- Elle bannira de son cœur tout désir de vengeance; elle comprimera sa douleur, sans pourtant affecter une indifférence qui pourrait blesser le mari. Aucun reproche, aucun sourire amer, aucune parole mordante ne devront s’échapper de sa bouche; elle ne se plaindra à personne ; ce serait inutile et très-imprudent. Elle sera sobre de caresses pour exprimer son affection conjugale; car rien ne fatigue autant l’homme que les caresses d’une femme qui a cessé de lui plaire. Elle ne s’abandonnera pas non plus aux larmes, au désespoir ; ce serait le moyen de se rendre encore plus à charge à son époux. Le seul artifice qu’elle puisse employer, et qui n’a rien de contraire à sa dignité, c’est de se parer de tous les charmes de l’esprit, de tous les attraits de la vertu, pour faire oublier la femme que son mari lui préfère ; c’est d’opposer la douceur et les manières prévenantes au peu d’égards; c’est, enfin, de rehausser les agréments de sa personne par le bon goût dans sa toilletle et l’extrême propreté du corps.
Ces deux derniers points ont une grande impur-
tance, et les femmes ne devraient jamais les négliger. Elle doit se rappeler que la nécessité de plaire est imposée à la femme du moment qu’elle s’est choisi un époux : or, si le bonheur domestique prend sa source dans l’attachement réciproque de deux époux, il est logique de resserrer les nœuds de cet attachement par tous les moyens de plaire et de prolonger l’amour. L’amour est volage par nature, pourra-t-il s’arrêter longtemps sur la couche nuptiale si l’on ne fait rien pour le fixer? L’amour abhorre l’esclavage, et l’habitude l’affaiblit, le refroidit bientôt. La femme évitera donc de rendre son mari esclave, et tâchera d’éloigner de lui tout ce qui est monotone ou ennuyeux.
Si la femme n’emploie pas tous ses soins à donner un nouvel aliment à l’amour de son mari ; si elle ne met continuellement en jeu ses charmes, ses grâces, son esprit, pour ranimer son ardeur; si elle n’est pas propre et soignée dans sa personne, le mari se dégoûte, s’éloigne, hélas!... et, des riantes fleurs du mariage, il ne reste plus que les épines.
Femmes injustes, pourquoi vous plaindre de l’inconstance de vos époux, si vous-mêmes vous néglgez les'moyens faciles de les fixer?
Madame de Genlis a donné les conseils suivants aux femnv s mariées :
« Que votre mari soit bien convaincu que s< présence vous est toujours agréable ; le plus sûr, le seul moyen de le fixer près de vous, c’est de montrer toujours un égal plaisir à le voir... Il est impossible de calomnier une femme qui, loin de fuir et d'éviter son mari, le désire pour témoin de ses actions... Profitez de l’empire passager, mais sans bornes, que l’amour vous donne sur votro mari, dans les premiers temps du mariage, pour lui parler avec franchise de ses défauts; mais toujours avec le ton du plus tendre intérêt. Si vous voulez que votre mari suive vos conseils, ayez l’air de désirer les siens. Pour obtenir sa confiance il faut lui donner la vôtre... S’il arrive entre vous quelques petites contestations, ce qui est inévitable, jamais d’aigreur dans vos paroles ; montrez de la déférence et cédez plutôt que de résister... Plus vous montrerez d’égards pour votre mari, plus il en aura pour vous... etc. »
La femme mariée doit s’éloigner, autant quo possible, des folles dissipations du monde ; sons être toujours sérieuse, elle doit néanmoins se recueillir et penser à sa famille, à sa maison et à cette foule de questions accessoires qui s’y rattachent. La femme distraite, évaporée, qui néglige son intérieur pour les plaisirs mondains, ne sau-
rait longtemps conserver l’amour et l’estime de son A poux.
Une jeune femme impressionnable et dont l’imagination travaille, doit se garder de la lecture des romans ; car cette lecture lui fait bientôt oublier les réalités de la vie et l’égare dans le monde des chimères. Alors, les détails de l’intérieur lui deviennent fatigants, à charge; elle interrompt la tâche qu’elle avait commencée, pour lire le feuilleton d’un journal où se déroule une intrigue d’amour . Elle se passionne pour les héros de romans ; néglige ses devoirs de mère de famille, et ne voit plus dans son mari qu’un être fort ordinaire. De ce moment, plus de bonheur pour elle dans le mariage; victime des folles idées qui lui ont échauffé le cerveau, elle ne tarde pas à se croire malheureuse, et attribue secrètement à son mari la cause de son malheur. Si, par hasard, la femme ainsi gâtée rencontre un de ces jeunes séducteurs qui font métier de plaindre et de consoler les épouses éplorées ; hélas? c’en est fait de sa vertu... Le remordf naît aussitôt après la faute, et, de ses ongles de fer, déchire incessamment le cœur de l’adultère.
Une foule de pièces, jouées sur certains théâtres, ne valent pas mieux que certains romans. Ces pièces sont généralement immorales et pervertissent l’esprit des femmes en les habituant à voir
des maris trompés, des épouses séduites, des tartufes de mœurs, d’aimables libertins, etc. Nous ne prétendons pas interdire le théâtre; mais, avant d’y aller, la femme doit choisir les pièces et s’abstenir de celles qui peuvent fausser son caractère d’épouse.
Les bals et beaucoup de soirées sont des foyers d’intrigues et de perdition ; on doit également s’en abstenir, ou n’y aller qu’accompagnée de son mari.
Une jeune femme qui se jette, sans nulle expérience, dans le dangereux tourbillon du monde, finit presque toujours par succomber aux séductions de l’amour, de la vanité et des cadeaux. Les épouses qui veulent rester fidèles à leurs devoirs, doivent se retrancher derrière leurs maris, où l’ennemi n’osera point les y venir attaquer.
La jalousie, cette affreuse maladie, doit être complètement bannie du cœur des époux, autrement le mariage serait un enfer. Voyez, à ce sujet, notre ouvrage intitulé : Philosophie du Mariage, où se trouvent de fort curieux détails sur celte malheureuse passion et sur les moyens les plus efficaces pour la combattre.
Il ne faut pas qu’il y ait de maître dans le domaine conjugal ; l’autorité doit s’y établir par la confiance et l’estime. Lorsque l’un des époux veut s’arroger des droits exclusifs et commander en
maître, l’harmonie est troublée. La tyrannie déplaît en grand comme en petit; elle fait crouler les gouvernements, de même qu’elle porte la désunion dans les familles.
La beauté, les grâces, l’esprit, la sagesse, la modestie attachent l’homme à sa compagne ; mais les attentions de la femme pour son mari, ses soins empressés, ses égards, ses procédés empreints de délicatesse, son attachement et sa fidélité lui assurent pour jamais le cœur de l’homme qu’elle s’est choisi, et le mariage devient pour elle une source de bonheur.
Nos lectrices trouveront le complément de la conduite conjugale dans l'Hygiène et la Philosophie du mariage (1) ; ces deux ouvrages, aussi intéressants qu’utiles, ont séché bien des larmes eî prévenu de grands malheurs.
(1) Chez Dentu, éditeur, Palais-Royal, à Parla,