DÉFAUTS ET VICES DE LA FEMME, SELON LES MILIEUX OU ELLE VIT
Dans le règne végétal, comme dans le règne animal, tout être offre des imperfections, des vices, des défauts. L’espèce humaine, plus que toute autre, semble être la démonstration de cette loi poussée à l’extrême; c’est-à-dire qu’elle surpasse en défauts et en vices toutes les autres espèces. Or, après avoir fait l’éloge des bonnes qualités de femme, notre travail resterait incomplet si nous omettions de jeter, çà et là, les ombres qui ternissent parfois les vives lumières du tableau. Mais, que cela ne vous effraie point. Mesdames, car les défauts que nous allons relater sont aussi ceux des hommes, et nous n’entreprenons cette tâche que dans le but de vous rendre plus parfaites. Nous ne
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ferons qu’esquisser rapidement les défauts et vices principaux.
Frivolité. — Ce défaut provient directement de la pauvre éducation qu’on donne aux demoiselles. Il semblerait qu’on ne les élève que pour arranger des chiffons, poser des rubans, des dentelles ; enfin, pour parader, se faire belles et plaire aux hommes : l’instruction solide est oubliée. L’imagination travaille, se développe outre mesure, au détriment du bon sens ; elles ne pensent plus qu’à la toilette, qu’aux moyens d’attirer les yeux, et de se faire admirer. Alors, l’esprit se ferme à tout ce qui est sérieux ; les notions du bien et du mal s’effacent; le mauvais exemple des femmes du monde, affichant le luxe, leur sourit et ne tarde pas à les perdre.
Songez-y, Mesdames, cette frivolité vous rabaisse au-dessous de l’homme et vous fait perdre les prérogatives intellectuelles dont vous devriez être jalouses. Un homme qui entreprend un voyage a généralement un but, et c’est vers ce but qu’il marche. Une femme oublie le but et pense aux divers incidents qu’elle pourra rencontrer sur là route, à l’impression qu’elle produira sur ses compagnons de voyage. Elle pense aux robes et parures qu’elle emporte et qui font
partie d’elle-même ; elle se complaît dans l’idée qu’attifée selon la mode la plus récente, elle fera sensation et que les autres femmes en seront jalouses; mille autres futilités de cette nature remplissent son esprit et n’y laissent point de place pour ce qui est sérieux. O femmes ! songez-y, la dignité d’âme, le sentiment de votre valeur dans la société s’effacent, chaque jour, devant de semblables puérilités.
Coquetterie. — Selon l’Académie, la coquetterie est le désir immodéré d’attirer les regards, de plaire, de séduire, d’exciter à l’amour avec l’intention de ne pas y répondre ; c’est le papillonnage du vice. La coquette cherche, par tous les moyens possibles, à être distinguée des autres femmes, à les éclipser, à se faire une cour d’adorateurs. Elle enlève sans pitié l’homme à ses devoirs, le mari à sâ femme, l’amant à sa maîtresse, et, lorsqu’elle est parvenue à les enchaîner, à les réduire en esclavage, elle jouit quelques jours de son triomphe, puis les abandonne pour faire d’autres victimes.
Ce manège exige une foule de petits détails, de ruses, de combinaisons qui rendent la femme incapable de penser à autre chose ; d’où sa nullité complète pour la société. C’est un bien affreux défaut que ce genre de coquetterie. Mais, tôt ou tard,
la coquette reçoit le châtiment des maux qu’elle a causés.
Amour des louanges, des adorations. — Ce défaut est celui qui fait les coquettes.
Amour de la toilette et des parures. ■— C’est encore la coquetterie qui donne naissance à ce défaut.
Amour des plaisirs du monde. — Les femmes du monde n’ont point d'occupations assez sérieuses pour faire contre-poids à l’amour des plaisirs ; de telle sorte que toute la vivacité de leur imagination s’éparpille sur un cercle de petits soins et de petites passions complètement stériles pour la famille et la société.
Lorsque la passion des soirées, des bals, des théâtres, etc., s’est incrustée au cœur de la femme, adieu aux joies pures et tranquilles du foyer domestique ; elle ne rêve et ne désire plus que plaisirs bruyants et tumultueux, dissipations folles et sans cesse variées. Les travaux de l’intérieur, les choses usuelles de la vie lui deviennent insipides, elle s’ennuie et s’impatiente jusqu’à l’heure du bal ou du théâtre ; hélas 1 la malheureuse, qu’elle est à plaindre!... Et son pauvre mari 1... Le résul
tat forcé de ce défaut est la ruine d’une maison... Mais, là ne se borne point le résultat ; une foule d’autres vices naissent de l’amour des plaisirs du monde, dont on ne peut plus se passer ; on veut les satisfaire... quand même... Et c’est ainsi que la démoralisation naît et grandit au sein des sociétés.
Vanité. — La vanité est le défaut des petits esprits, des cerveaux étroits. Les personnes vaniteuses cherchent .à attirer les yeux par le pompeux étalage de leurs toilettes, de leurs parures ; je parle ici de la vanité du vêtement ; elles veulent toujours être plus richement mises que les autres femmes, et font des folies pour les surpasser. Leurs prétentions fatiguent, et l’on finit par en rire.
Orgueil. — Placé au nombre des sept péchés capitaux, l’orgueil est l’écueil de toutes les vertus ; il en altère le principe et en corrompt la source. On ne saurait trop tôt et trop énergiquement com< battre le penchant à ce vice.
Jalousie. — C’est la plus féroce des passions, celle qui, dans les paroxysmes de sa fureur, emploie le fer et le poison et porte l’épouvante par-
tout où elle passe. La jalousie est un affreux délire, une fièvre ardente qui dessèche et consume le cœur, et contre laquelle la médecine morale est souvent impuissante. Il n’y a qu’une violente secousse qui puisse la combattre. O femmes ! gardezvous à jamais de cette triste maladie !
Médisance. — Lorsque le poison de la médisance s’est infiltré au cœur de la femme, elle devient le fléau de la société; on la craint, on la redoute, on s’en éloigne comme d’une source empestée qui donne la mort. Massillon a dit :
« La médisance jette partout la dissension, les haines et la vengeance. Tout ce qui en part est infecté et corrompt tout ce qui l’environne. Ses louanges mêmes sont empoisonnées et son silence criminel. »
On devrait punir la médisance plus rigoureusement que le larcin; car il est plus difficile de se garder d’un médisant que d’un voleur.
Haine et vengeance. — Deux vices dont les conséquences sont toujours funestes et qu’il est de la plus haute importance de réprimer. Les personnes haineuses et vindicatives sont un véritable fléau ; on doit les éviter et ne jamais lier commerce
avec elles ; car, tôt ou tard, ou deviendrait leur victime.
Colère. — Vice affreux, qui défigure l’individu, le rend méconnaissable et le fait redouter des personnes qui l’approchent. Lorsqu’une femme est dans un accès de colère, on devrait la forcer de se regarder dans un miroir ; il y a tout à parier, qu’effrayée elle-même de sa laideur, elle se corrigerait de ce vice. La femme doit régner par la douceur ; la colère lui aliène les cœurs.
Intempérance. —Si l’intempérance est affreuse chez l’homme, elle est hideuse chez la femme. Heureusement que ce vice est très-rare parmi le beau sexe, où on ne le rencontre que chez les êtres dégradés.
Paresse. — Un des sept péchés capitaux dont on ne saurait trop promptement et radicalement extirper le germe. Une femme paresseuse, nonseulement n’est propre à rien, mais elle peut tomber dans une foule de fautes qui la rendent méprisable.
Oisiveté. —C’est la mère de tous les vices; ce vieux proverbe est exactement vrai. En effet, une femme oisive ne peut que s’ennuyer en attendant
les distractions, les plaisirs qui doivent la tirer de l’ennui où elle est plongée. Mais, après la satisfaction de ces plaisirs, l’oisiveté reparaît avec l’ennui. Alors, on pense à de nouveaux plaisirs, on s’ingénie à les chercher ; les désirs se succèdent et, pour les satisfaire, il arrive bien souvent, hélas ! qu’on oublie ses devoirs, qu’on se laisse entraîner dans l’abîme. O femmes 1 craignez et fuyez l’oisiveté, il y a tant de malheureuses qui ont été perdues par ce vice I
Faiblesses. — Ce qu’on entend par ce mot est souvent la cause du malheur de toute une vie ; parce qu’en perdant l’honneur on perd la considération dont on jouissait et le calme de sa conscience.
Infidélité. -— Parjure. — C’est le serment violé, c’est l’abominable oubli de la foi jurée, pendant que celui qui a confiance dans le serment garde une religieuse fidélité. Le parjure et l’infidélité sont des crimes capitaux contre lesquels la loi devrait sévir avec une rigueur extrême. Sans foi ni honneur, sans respect pour eux-mêmes, les parjures sont des monstres que la société devrait diffamer et chasser à jamais de son sein. Malheur à la femme infidèle 1 elle a beau cacher, refouler son crime dans les abîmes de son cœur, sa cons-
cience l’accuse et le remords ne tarde pas à l’écraser de tout son poids.
Avarice. — C’est un vice capital qui pétrifie le cœur et éteint tous les sentiments. Attirer tout à soi, n’importe par quels moyens ; conserver tout pour soi, sans en jouir, sans jamais en faire profiter autrui, telle est la malheureuse passion de 1 ■ ire e^t assez rare chez les femmes ; mais celles qui en sont entachées deviennent pires que les hommes. Leur existence décolorée se consume entre la crainte de perdre et l’envie d’acquérir.
Curiosité. — Défaut inhérent à la constitution féminine; qui fait commettre aux femmes une foule d’imprudences, qui les couvre de ridicule et les abreuve d’humiliations. On fuit la femme curieuse de même que la médisante; car, si la langue envenimée de l’une est à redouter, les inconséquences de l’autre sont également à craindre ; à combien de déceptions, de honte et de regrets vous expose la curiosité 1 Le plus souvent elle fait naître de noires inimitiés et cause des malheurs irréparables. Les femmes doivent donc employer leur raison et l’énergie de leur volonté, pour effacer, détruire un défaut dont les résultats sont si
Hypocrisie. — C’est le masque trompeur de la vertu. L’hypocrite trompe toujours ceux à qui il veut plaire,- en affectant des dehors honnêtes ; de même que le flatteur trompe ceux qu’il veut séduire, en affectant de l’amour, de l’admiration pour leur personne. Les tartufes, à l’accent mielleux, au ton patelin, élucubrant quelque méchanceté, quelque noire calomnie quand leur bouche vous sourit, sont de dangereux hypocrites dont il faut se défier. L’hypocrisie est le vice incarné des âmes basses, méchantes et sournoises. C’est généralement parmi les bigotes qu’on rencontre ces odieux caractères. Voyez cette femme à l’air modeste ; c’est à peine si elle lève les yeux, un rien l’effarouche et la fait rougir ; on la cite comme un modèle de vertus. Mais écoutez-la, et vous saurez bientôt à quoi vous en tenir sur les vertus d’emprunt de cette mégère.
L’hypocrisie, haïe du ciel, méprisée de la terre, est à la fois une bassesse, un crime, une infamie 1...
Bel esprit. — On entend, en général, par ce mot, le talent de dire agréablement des riens , d’avoir les réparties amusantes et de gais propos. Lorsque cet esprit, débité sobrement, se trouve en port avec ïes situations et circonstances, il est très-bon effet et devient amusant: mais lom-
qu’on le prodigue à tout instant, le bel esprit fatigue et laisse voir à nu toute sa frivolité. Il faut donc en être sobre et n’en user que 4e loin en loin ; alors on devine que le bel esprit est dirigé par un esprit juste. — Néanmoins, il faut le dire, ce genre d’esprit ne va qu’aux hommes et sied fort peu aux femmes ; or, ces dernières feront mieux de s’en abstenir. Plus la femme vise à l’esprit, moins elle exerce sa raison. Les femmes qui font profession de bel esprit sont rarement bonnes épouses et bonnes mères : c’est toujours la tête qui gâte le cœur,
Parmi les femmes qui visent à l’esprit, il en est dont les prétentions sont exagérées : elles aspirent à la réputation de savantes, à la gloire de poétesses! c’est généralement dans les soirées d’hiver que ces muses en corset débitent leurs poésies vaporeuses, où les mots : ciel — miel — ange — âme — flamme — parfum du cœur, — sainte ivresse, — blond chérubin, etc., sont de rigueur. L’applaudissement obligé suit nécessairement la tirade, et l’amour-propre se trouve satisfait. Ces muses de salon, très-estimables d’ailleurs, ignorent-elles que la femme vraiment instruite et savante, travaille dans son cabinet ; c’est le libraire et non pas elle-même qui doit se charger de publier ses travaux.
Nous engageons beaucoup ces dames à réserver leurs pièces de vers pour les séances académiques ; les personnes qui fréquentent les soirées, préfèrent aux récits poétiques, les mots à rire, les nouveautés, les anecdotes du jour ; enfin tout ce qui peut servir d’aliment à la curiosité et à la gaîté.
Tels sont les mauvais penchants, les défauts, les vices que les femmes devraient combattre à outrance, pour arriver au degré de perfection compatible avec l’organisation humaine. C’est lorsqu’elles auront atteint ce degré qu’elles seront estimées, honorées et respectées des hommes ; qu’elles seront aimées et adorées de ceux qui les approchent ; c’est alors qu’elles feront le bonheur de leurs époux et seront la providence de leurs familles.