CONSEILS UTILES AUX FEMMES
La beauté, l’esprit et les grâces sont dès qualités qui font aimer les femmes; si la nature vous reftisâ là première, tâchez d’y suppléer par les deux autres.
La beauté reçoit l’encens des hommes ; l’esprit et les grâces rendent les femmes aimables et les font rechercher ; mais un des plus grands charmes de leur caractère, est cette modestie qui évite les regards du public et rehausse le prix de la beauté.
Quelque belle que soit une femme, elle ne doit jamais s’en prévaloir ; quelque empire qu’elle ait sur ceux qui l’admirent, elle doit toujours rester modeste et réservée. La présomption ne sied à
personne, mais moins encore aux jeunes femmes.
La louange est un parfum que les femmes aiment avec passion; quoiqu'il ne faille point lui être complètement insensible, parce qu’on cesserait alors d’être aimable, on doit bien se garder de l’aspirer avec trop d’avidité ; car son ivresse est à craindre : semblable aux odeurs fortes, la louange peut troubler le cerveau.
On se rend ridicule en courant trop après la louange ; et vous savez, Mesdames, combien es* terrible l’arme du ridicule en France.
Soyez toujours aimables, puisque l’amabilité est toujours sûre déplaire.
Évitez ces rires immodérés et continuels qui annoncent la pauvreté d’esprit ; surtout ne riez jamais mal à propos :
L’on rit souvent d’une sottise,
De même qu’on rit de bons mots j Mais c’est toujours une bêtise,
Que de rire mal à propos.
Soyez simples dans vos goûts et modérées ..dans vos désirs ; c’est un excellent moyen d’être heu-
Soyez résignées dans le malheur et modeste* dans la fortune, vous serez aimées et admirées.
N’oubliez jamais que les richesses et la beauté sont deux choses périssables; tandis que les vertus ne craignent rien du temps.
Ne soyez jamais vaines de vos qualités physiques et morales, jamais orgueilleuses de votre position ; car l’orgueil et la vanité sont deux vices qui refroidissent l'amitié et font des ennemis.
N’ayez d’amour-propre qu’autant qu’il en faut pour vous conduire dignement.
Ne soyez jamais indiscrètes ni curieuses; l’indiscrétion éloigne la confiance, et la curiosité attire des malheurs.
Un ancien poëte a dit :
Le secret, pour certaines âmes,
Est un pesant fardeau, surtout parmi les femmes |
Curieuses jusqu’à tel point,
Qu’un moyen sûr, pour leur déplaire,
C’est de commencer le récit d’une affaire Et de ne l’achever point.
D’ailleurs, elles n’en sauraient faire,
Sans quelque malin commentaire.
Affranchissez-vous d’un défaut commun à tant de femmes, celui de trop parler; écoutez longtemps, parlez peu, soyez réservée dans vos paroles* ayez de l’aménité dans vos répliques ; évitez d’offenser l’amour-propre de votre interlocuteur ; sachez garder le silence à propos, et ne heurtez jamais l’opinion des autres.
Ne prenez jamais la parole lorsque quelqu’un est en train dé parler; ne l’interrompez point, cela est impoli.
N’affectez j amais de mystère,
Soyez naturelle et sincère,
Mais, au premier venu n’ouvrez point votre cœur.
On ne risque rien à se taire.
Et l’on S’expose à tout quand on est grand parleur.
Fermez l’oreille à la médisance, à la calomnie et à tous les propos qu’invente la haine pour déchirer autrui. Si l’on médit contre vous, sachez qu’il y a de. la générosité à ne point parler mal de ceux qui disent du mal de vous.
Méprisez les caquets qui portent atteinte à la réputation de vos amis ; soyez toujours disposées à plaindre ou à excuser les erreurs et faiblesses des autres.
Ne vous offensez point des injures ; armez-vous de patience ; méprisez, ainsi qu’ils lé méritënt, les médisants et les calomniateurs ; oubliez tout ce qu’ils ont dit, tout ce qu’ils ont fait contre vous, et pénétrez-vous bien de cette vérité : — les ibjures ne déshonorent que ceux qui les profèrent.
Ne vous emportez jamais contre âutrui, et, si, malgré vous, la colère vous saisit, attendez pour agir que l’accès en soit calmé.
Ne faites jamais vos visites lorsque vous êtes de mauvaise humeur; alors, On vous interroge, vous parlez, et presque toujours on apprend de vous ce que vous auriez dû taire.
Fermez votre cœur à la jalousie et tout sentiment hostile; car l’hostilité est un venin, la jalousie un poison qui dévore.
Fermez votre esprit à la superstition, mère du fanatisme; fermez votre cœur à l’intolérance, et ouvrez-le à l’amour du prochain.
Inculquez dès le bas-âge à vos enfants, et pratiquez vous-même ces deux grands principes : — Ne jamais faire aux autres ce que nous ne voulons
pas qu’on nous fasse, et leur faire ce que nous voudrions qu’on nous fît. —Là est toute la morale et la plus sainte religion des hommes. Ceux qui marchent dans la vie guidés par ces principes, doivent être aimés, respectés et immortalisés, pour servir d’exemple.
Aimez la vertu et la cultivez, mais n’en faites point parade.
Ayez toujours présent à l’esprit que l’honnêteté et la fidélité font partout la gloire des femmes, tandis que la légèreté, l’inconstance et la frivolité, occasionnent maintes chutes à leur réputation.
Cultivez toujours en vous et dévoloppez les sentiments de générosité et de reconnaissance. La générosité est une noble impulsion, la reconnaissance eat un sentiment nécessaire; car s’il n’y a rien de plus digne d’admiration que la générosité, il n’est rien de plus odieux que l’ingratitude.
Mettez de la prudence dans toutes vos actions ; la prudence est un guide sûr avec lequel on devrait toujours marcher.
Consultez toujours la raison avant d’agir ; la
raison est un frein qui modère l’essor de l’imagination et les emportements de l’esprit. N’entreprenez ni ne décidez jamais rien sans la consulter.
Fuyez l’oisiveté, qui engendre les vices ; soyez laborieuses, vigilantes et toujours disposées à occuper vos loisirs.
L’oisiveté traîne toujours l’ennui à' sa suite, et, si l’on scrute le cœur humain, on découvre que l’ennui est la cause d’une foule de maux.
Éloignez-vous des tourbillons du monde ; soyez sobres de dissipations et de plaisirs, parce qu’ils usent le corps et l’esprit.
Les voluptés sensuelles sont à craindre ; sans les mépriser complètement, il ne faut pas s’y abandonner. On voit souvent, dans le grand monde, de ces femmes qui courent après tous les plaisirs, qui voudraient tout éprouver, tout sentir, tout épuiser 1 Mais bientôt, fatiguées, usées par l’abus, tout ,eur déplaît, tout leur devient insipide. Une vieillesse prématurée survient, et trop tard, hélas! elles déplorent leurs amères folies.
Le commerce corrupteur que l’or, l’oisiveté, le
désir de briller, la vanité du luxe et de la paruro établissent entre les deux sexes, est plus funeste à la réputation des femmes et à la paix des familles que tous les vices réunis. La passion des parures, des toilettes; le défaut de la coquetterie et du désir immodéré des louanges a sa source dans un esprit étroit. Une femme de bon sens, qui pense et réfléchit, ne donne aux colifichets de la mode que l’attention nécessaire pour ne point paraître ridicule aux yeux des autres femmes.
N’ambitionnez jamais un grand nombre d’amis; surtout ne les prenez jamais parmi les personnes d’une moralité douteuse.
Fuyez ces coureuses de théâtres et de bals ; car une femme avide de plaisirs mondains ne saurait posséder les vertus de famille.
Fuyez les coquettes; car la coquetterie est un de ces défauts qui ont toujours nui aux femmes dans l’esprit des hommes. Un poëte du dixseptième siècle disait à ce sujet :
Quand les femmes sont jolies,
Tout augmente leurs appas,
Jusqu’aux minauderies,
Qui, d’ailleurs, ne plaisent pa3.
Mais une coquette usée,
Qui prend un air enfantin,
Par l’amour-propre abusée,
Nous témoigne son déclin.
Fuyez les émotions violentes ; ,ear, de même que les violents exercices fatiguent le corps, les émotions laissent toujours une fatigue morale.
Étudiez longtemps le caractère et la moralité des personnes avant de vous lier avec elles.
Ne donnez jamais votre amitié qu’à des personnes qui en sont dignes.
Ressouvenez-vous que les femmes ont plus d’anants que d’amis, et que les amis sincères et dévoués sont très-rares, surtout parmi les jeunes femmes.
Respectez les secrets d’autrui, et ne confiez jamais les vôtres, si vous ne voulez point avoir de=' regrets.
En amour, un confident Est quelquefois nécessaire ; Les soins d’un ami prudent Peuvent nous aider à plaire ; niais c’est un pas dangereux, ’il n’est fidèle et sincère;
Les confidents, d’ordinaire.
Ne portez jamais envie aux biens et au bonheur des autres.
Ne perdez jamais l’occasion de faire le bien ; le plaisir qui suit un acte de bienfaisance est, de tous les plaisirs, le plus doux, le plus pur.
Ne tirez point vanité de votre position, dévote, fortune, et ne vous laissez point abattre par le revers. Dans les mauvais jours, sachez souffrir en patience ; la patience est fille du courage et de la raison.
Ne soyez jamais ambitieuses d’une position qui ne peut être la vôtre ; rappelez-vous toujours que l’ambition personnelle perd les femmes.
Ne soyez point trop avides de succès ; car, les succès d’une femme réveillent la jalousie des autres femmes.
Beaucoup de femmes se plaignent de n’être pas heureuses, et ne s’aperçoivent point qu’elles négligent tous les moyens de l’être. Au lieu de s’attendre à trouver un bonheur du rable dans le monde les jeunes femmes devraient savoir que les plus heureux sont ceux qui ont le moins de peines et do tourments.
Les femmes mariées doivent toujours avoir présente à l’esprit cette maxime : « Si la fille doit être obéissante à sa mère, la mère ne doit jamais être brusque ni inflexible envers sa fille. »
Les mères devraient s’attacher de bonne heure à régler l’esprit et le cœur de leurs filles; car, une des perfections de la femme, c’est d’avoir l’esprit juste et le cœur bon. Avec un esprit juste, on juge des autres et de soi d’une manière équitable ; avec un bon cœur, on comprend l’humanité et l’on en pratique les devoirs. Il importe beaucoup que le bon cœur soit guidé par la justesse de l’esprit ; sans ce guide toujours sûr, il serait bien souvent dupe.
Dans les circonstances difficiles oÜ il s’agit d’un grand intérêt, soit pour, votre avenir personnel, soit pour celui de votre famille, condamnez votre cœur au silence et laissez parler la raison ; au contraire, dans les actes d’amour et de bienfaisance, ne suivez que les impulsions de votre cœur.
L’esprit et la beauté, sans cesser d’être dignes d’admiration, peuvent cependant devenir méprisables, lorsqu’on en fait abus, La beauté perd de
son mérite en s’admirant trop ; l’esprit s’égare et tombe à plat pour vouloir trop entreprendre.
Or, loin de parader avec votre esprit, n’en faites jamais usage qu’avec beaucoup de discrétion. Ayez toujours présent à la mémoire cet axiome, déjà cité : « Le bel esprit peut vous faire voguer un moment à pleines voiles ; mais le naufrage est à craindre au moindre écueil. »
Gardez-vous, par dessus toute chose, du malheureux calembour, qui dénote toute la pauvreté d’un esprit superficiel. Un ou deux calembours peuvent amuser, mais le troisième devient fatigant, surtout chez la femme. Laissez donc de côté ces frais d’imagination, en pure perte, pour cultiver votre jugement, faculté la plus précieuse de l’esprit.
Si une trop grande liberté d’expressions et de manières est un défaut, on ne doit point pécher par l’excès contraire. Une timidité extrême ferait croire à peu d’esprit ; une réserve outrée décèlerait cette prudoterie dont on aperçoit bien vite la ficelle. Les réponses sèches, les mouvements d’impatience, qui annoncent qu’on vous est à charge, sont de mauvais goût; une femme bien élevée doit serupu-
leusement s’affranchir de ces défauts, si elle veut être aimable et aimée de tous.
Le temps de la jeunesse est un temps précieux />ur apprendre et s’instruire; profitez de ce temps pour faire provision de tout ce qui peut orner votre mémoire et agrandir votre intelligence.
Retenez bien et pratiquez ce qui suit :
Afin d’éclairer votre esprit et de fortifier votre raison, consacrez quelques heures, par jour, à la lecture des livres d’histoire, de morale, d’arts et de sciences à la portée des gens du monde. Ornez votre mémoire des chefs-d’œuvre de la littérature, et ne perdez jamais votre temps à lire des futilités qui n’ont même pas le mérite littéraire. Gardezvous surtout des romans de notre époque, parce qu’ils sont remplis d’exagérations immorales sur les faiblesses humaines ; parce qu’ils dépeignent la vie sous un faux jour et préparent mille amères déceptions ; parce qu’en flattant les passions ils égarent la raison ; parce qu’enfin le cœur et l’esprit s’empoisonnent à leur lecture.
La femme qui s’occupe de bonne heure à cultiver son esprit, se prépare pour l’âge mûr des ressources contre l’ennui; elle ne perd point, avec sa jeunesse, les moyens de plaire et d’être heureuse,
Comme les femmes dont l’esprit est resté inculte et qui n’ont eu que le plaisir pour objet. Quand l’âge lui impose la nécessité d’une vie plus retirée, elle ne sera point forcée, pour remplir le vide de son cœur, de se jeter dans une dévotion sans lumières ; elle ne se livrera point à cet esprit d’intrigue et de médisance qui rend si importunes et si dangereuses les vieilles femmes qui s’y abandonnent. Lorsque le temps des brillants plaisirs sera passé, d’autres plaisirs plus doux, plus tranquilles, leur succéderont. Jeune, elle régna par la beauté et l’amour ; plus âgée, elle régnera par l’esprit et n’aura rien à regretter.
L 'économie, l'ordre et la propreté, sont trois qualités essentielles à la femme. Un proverbe dit « Une femme économe vaut mieux que richesse. » — L ’ordre est le plaisir des yeux; c’est aussi l’économie du temps. — La,propreté est doublement salutaire à la beauté et à la santé. Le désordre et la malpropreté nuisent aux charmes du corps et éteignent l’amour dans le dégoût. Femmes ! méditez sur ce dernier paragraphe; il est pour vous d’une haute importance.
L’habillement et la parure occupent une grande place dans la vie des femmes; la raison doit ré-
gler leurs dépenses en ce genre, et le bon goût présidera aux divers ajustements, de façon à cacher les imperfections et à faire ressortir les beautés. Il faut du tact et de la délicatesse dans l’art de la toilette : une femme habile sait tirer parti de ses moindres agréments et montrer ses charmes sous le jour le plus favorable, tout en ayant l’air de vouloir les cacher.
Que vos soins pour la toilette ne se bornent point aux circonstances où vous devez paraître au dehors; faites-vous une habitude d’élégance et de propreté, de sorte que, dans votre intérieur et aux heures où vous vous attendez le moins à une visite, vous ne soyez jamais honteuse de vous montrer. Une élégante simplicité dénotera la délicatesse de votre goût et rangera l’opinion en votre faveur.
N’oubliez pas que, si la propreté, l’élégance et le goût dans le choix et la pose des vêlements sont des qualités, donner un temps trop long à sa toilette est un défaut.
Ayez le bon esprit, la ferme volonté de vous affranchir de certaines modes dangereuses qui, non-seulement gênent vos mouvements et vous
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privent de grâce, de souplesse, mais qui occasionnent d’affreux ravages dans le domaine de la santé et de la beauté (1).
N’ayez jamais l’amour-propre d’effacer les antres femmes par le luxe de votre toilette, c-r cet amour-propre cause souvent la ruine d’une fortune.
Affranchissez-vous du défaut, si commun aux femmes, de critiquer la mise des autres.
Pour plaire, en société, il faut s’occuper de tout le monde et de toute chose ; il faut savoir donner de temps en temps une louange si délicate qu’elle ne puisse être comprise que de ceux à qui elle s’adresse.
Pour se faire aimer et estimer de tout le monde, il faut rendre à chacun ce qu’il a droit d’exigér de nous.
Habituez-vous à pardonner les offenses, et chassez de votre cœur tout désir de vengeance.
(1) Nous recommandons à co sujet la lecture de l 'Hygiène de ta Poitrine et de la Taille , ouvrage des plus intéressants et des plus utiles aux mères et aux jeunes filles. — Prix : 2 fr. 50 c.
(Note de l’Éditeur.)
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Soyez calme dans la discussion et n’imposez jamais impérieusement votre opinion. Quand bien môme la raison serait de votre côté, cédez à un adversaire opiniâtre ; c’est une preuve d’égards et de bonne éducation ; plus tard on vous en tien- • dra compte.
Ressouvenez-vous toujours qu’hommes et femmes sont égaux par droit de nature; que les membres de la famille humaine ne diffèrent entre eux que par les degrés d’intelligence, la moralité et la position sociale. N’oubliez pas que les vertus sont les premières des richesses ; que l’homme pauvre et vertueux est bien au-dessus du riche immoral.
Dans toute circonstance, que vos rapports avec des inférieurs soient empreints de douceur et de bienveillance. Dans vos rapports avec des égaux, soyez aimable et délicate. Dans vos rapports avec des supérieurs, montrez de la déférence et de la dignité.
Recherchez les bons et fuyez les méchants; néanmoins, s’il était en votre pouvoir de combattre les mauvais penchants de ces derniers, ne négligez
aucun des moyens qui pourraient les faire rentrer dans le sentier de la vertu.
Enfin, conduisez-vous toujours de mamère à conserver l’estime et le respect des autres ; et que votre conduite privée soit, dans toutes les épreuves de la vie, aussi irréprochable que si elle devait être connue de. tous.