ESPRIT. — GRACES. — MODESTIE
L’Esprit est l’étincelle divine qui allume et entretient la vie intellectuelle ; semblable au rayon de lumière qui chasse les ombres de la nuit, l'esprit dissipe les ténèbres de l’ignorance, élargit et recule les horizons de la vie. L’esprit anime la
beauté physique et la fait briller d’un plus vif éclat; c’est lui qui double nos plaisirs, adoucit nos chagrins et nous aide à supporter le fardeau de l’existence.
Les Grâces forment le cortège obligé de la beauté; mais les grâces sont boiteuses sans l’esprit. Une femme sans grâces a été comparée à un hameçon sans appât. Les grâces se rencontrent sur toutes les régions et les divers mouvements du corps : dans le sourire, le regard, le maintien, les attitudes, les poses, la marche, etc.; enfin, lout ce que fait une femme aimée ou aimable, est gracieux pour ceux qui l’adorent.
La Modestie est une éminente qualité qui donne du relief au vrai mérite ; c’est le parfum des cœurs bien élevés, c’est la plus belle parure de la femme; car rien ne sied mieux aux femmes que la modestie dans leurs habits et dans leurs paroles.
Quelques détracteurs ont dit que plus une femme avait d’esprit, moins elle avait de raison ; plus elle visait à l’amabilité, moins elle était aimable. Ce paradoxe revient directement à son auteur, qui était un esprit superficiel, et lui est parfaitement applicable. En effet, l’esprit implique la facilité des idées, la comparaison, le jugement, et par conséquent la raison ; d’un autre côté, les femmes étant naturellement aimables, n’ont pas besoin de
se forcer pour le devenir. Les femmes privées d’amabilité sont des cas exceptionnels, et, en bonne logique, on ne généralise jamais sur des exceptions.
L’auteur de ce paradoxe, homme d’esprit lui— même, a sans doute entendu parler de ces intelligences nulles qui visent à l’esprit par la pointe, le lardon, les calembours ! par les jeux de mots surannés, par les épaisses facéties et autres banalités semblables ; mais, tout cela n’a aucun rapport avec l’esprit. S’il en était autrement, l’épithète d’homme ou de femme d’esprit serait une injure, puisqu’elle annoncerait un cerveau vide et une intelligence ne produisant que des scories.
La femme qui fait profession de bel esprit, c’està-dire de cet esprit de salon si stérile en résultat, est rarement bonne épouse et bonne mère ; la tête a gâté le cœur. La vanité, l’orgueil de passer aux yeux des autres femmes pour une femme d’esprit, la rend insupportable aux personnes de bon sens ; et l’on se dit tout bas, en la voyant arriver : Armons-nous de patience, elle va encore nous fatiguer de son esprit.
Les paroles âpres, caustiques, mordant à droite et à gauche et faisant rire les oisifs et les niais, appellerez-vous cela de l’esprit? non ; c’est un des malheureux travers de l’esprit. Ainsi que le vin
tourné à l’aigre n’est plus du vin, de même la méchanceté n’est pas de l’esprit.
Le langage prétentieux et colorié du bas-bleu qui prend en dédain le prosaïsme de la vie et se nourrit de poésie, ce langage fréquemment vide n’est pas non plus de l’esprit; c’est de l’imagination folle, de cette imagination qui n’est pas dirigée par la raison.
Le véritable esprit de la femme, c’est de se faire aimer de son mari, d’être agréable à ses amis et à ceux qui l’entourent ; c’est de diriger sa maison avec ordre, économie et propreté ; c’est de bien élever ses enfants, et de leur inculquer dès le bas âge les vertus qui doivent, plus tard, en faire des citoyens utiles et distingués ; c’est de posséder les qualités de bonne épouse, d’excellente mère de famille, et d’être citée par tous ceux qui la connaissent comme un modèle à suivre. Tels sont les beaux résultats que donne un esprit débarrassé des entraves de la mode et des langes du préjugé. Cet esprit-là vaut bien, je pense, celui du calembour et de la facétie. Heureux ! mille fois heureux 1 l’homme à qui le ciel donna pour compagne une femme dotée de cet esprit.
Les grâces relèvent la beauté et souvent y suppléent. Les attraits des grâces sont plus faciles à sentir qu’à définir; inséparables de la personne
qui les possède, les grâces l’accompagnent partout et sont l’âme de toutes ses actions. En général, les affections tendres ajoutent aux grâces et aux charmes d’une femme; les passions violentes, au contraire, la privent complètement de ses grâces naturelles. La douceur et la modestie donnent aux grâces un attrait inexprimable : l’expression dominante de la Vénus de Médicis est la modestie ; aussi tout charme, tout séduit dans cette charmante figure :
L’art de plaire, c’est l’art suprême ;
Il ouvre les cœurs à son gré.
Un !;el objet n’est qu’admiré,
Mais ce sont les grâces qu’on aime.
O femmes 1 restez à jamais convaincues de cette vérité : rien ne résiste à l’esprit qu’accompagnent les grâces et la modestie. Que tous les instants de votre vie soient donc consacrés à acquérir et à conserver ces précieuses qualités.
SECTION IV