L.E BARBIER CHIMISTI
Les coupes de cheveux et les barbes ne rapportent pas assez pour couvrir les frais d'une maison importante, il faut donc adjoindre à cette profession, une autre un peu plus lucrative. C'est ce qui a décidé certains coiffeurs à faire des manipulations chimiques
et à rechercher des secrets pour teindre les cheveux, ou blanchir les dents.
11 y a à Paris trente mille personnes au moins qui se font teindre les cheveux ; aussi quand on voit des cheveux blancs, on considère ceux qui les portent comme des albinos et on . vérifie s'ils n'ont pas les yeux rouges.
Les teintures ont été le but des recherches des coiffeurs et des parfumeurs , et la niffri-' tine végétale me paraît ce qu'on a fait de mieux jusqu'à ce jour.
Pour moi personnellement je déteste les teintures, mais je n'empêcherai jamais ceux qui se teignent de se teindre (et je dois l'avouer ceux-là ne s'en portent pas plus mal), ni les coiffeurs de composer leur eau ; puis je n'ai aucun motif pour nuire à Xeau Lajeune^ à Y eau Mexicainey à Veau de Pam^ à Yeau de la Floride^ à Y eau de Jackson, à Yeau de Ba-
hama^ à Xeau de Jcuvence^ à Yeau merveil^ leuse^ à toutes les eaux passées, présentes et futures, incomparables et uniques qui ne valent pas, à mon avis, Teau de source dont le chimiste est le bon Ueu.
LÇ BARBIER COMMERÇANT
H faut bien vivre, n'est-ce pas, et le barbier commerçant m'ftn voudrait si je venais aussi lui reprocher de vendre des faux cols, des chemises, des gants , des cravates, des cachenez, des* fausses fleurs, deîs résilles, etc.
Le rédacteur du Moniteur de la Coiffure^
* Le Mofàtmr de ta Coiffure, journal f^enêuel de l'art du toiffeur^ entre dans sa quatrième année. Il fbt fondé par M. Croisât, qui le rédigea pendant deux ans, cl
- hk -
(car les coiffeurs ont aussi leur journal), M. Loisel, coiffeur de dames, m'en voudrait aussi si je venais blâmer le conseil qu'il donnait dans un de ses derniers numéros :
ce Nous connaissons, dit-il, en tout et pour tout, une vingtaine de maisons hors ligne
M. Henri Picarr, qui, encore mainteuant, en est le directeur propriétaire. Depuis un an seulement M. Loisel en est le rédacteur en chef.
J*ai parcouru la collection de ce journal et je dois dire qu'au point de vue technique il est réellement rempli d'inlérôt. Entre autres articles, j'ai remarqué : une Étude sur les fards, V Histoire des perruques et l'Histoire des par-^ fums, A côté de ces articles de fond il en est d*autres qui défendent chaudement les patrons et les ouvriers contre Texploitation des bureaux. Un artiste de talent M. Rigolet est chargé de dessiner les coiffures inventées par M. et M"*' Loisel et d'autres professeurs. Je ne crois pas trop le vanter en disant qu'ilesl le seul qui puisse ainsi réunir l'exactitude, la clarté et le détail des accessoires, à la grâce et à la pureté du dessin.
dont les propriétaires gagnent beaucoup d'argent, et cependant la coiffure n'est pour eux que chose accessoire. Pourquoi ? C'est qu'ils ont le bon esprit d'être non-seulement des coiffeurs de mérite , mais encore des marchands intelligents
» Pourquoi n'aurions-nous pas des coiffeurs-tailleurs, à l'exemple de celui de la rue de la Paix, dont l'établissement a été vendu cent mille francs? Pourquoi n'aurionsnous pas des coiffeurs-chemisiers, qui tiendraient tous les articles se rattachant à leur, spécialité, tels que cols, cravates, chemises, bretelles, etc. ?
» Sans doute, ces établissements dont
nous parlons existent déjà, mais, nous ne saurions trop le répéter, le nombre en est trop restreint. »
Diable ! diable ! M. Loisel a bien fait de s'arrêter, car si un beau jour nous avions
les coiffeurs-marchands de vins et les coiffeurs* restaurateurs, nous risquerions fort de trouver plus d'une fois du savon dans le vin et des cheveux sur la soupe l
Ii£S BAHBIdSîl DS LA PftïSON
La barbe ne lui rapporte que deux sous, mais... tous les prisonniers ont de la barbe ^ rien ne la fait pousser comme l'incarcératico.
Le barbier de la prison est gai, il apporte les nouvelles du dehors ; quand il conndt bien son monde, plus d'un savon a été enveloppé dans une lettre.
C'est la seule voix du dehors qui rappelle
la liberté I Oh ! comme la pommade la plus ranoe est douce à sentir ! Comme les essences les plus éventées semblent pài^fumées ! Au fond, il a le cœur tendre. Quand il rase le condamné à mort, il fait en sorte que son rasoir ait la douceur du velours, il écoute avec sympathie les doléances du patient, parfois même il verse des larmes.
— Oui, dit le condamné, je suis victime de l'injustice des hommes.
— Qu'avez-vous donc fait? dit le barbier.
— Moi ! rien ! c'est la fatalité qu'a tout fait ! Il y avait une femme de chez nous qu'avait de l'argent, j'voulais lui en emprunter, elle ne voulait pas... dame ! Pourquoi qu'elle n'a pas voulu ?
— C'est juste, dit le barbier, pourquoi n'a-t-elle pas voulu?...
— Alors, moi, ça m'a mis en colère et...
quand on est en colère, on ne se connaît pas.
— Oh ! ça non.
— Eh bien, j'ai cogné ! — Il n y avait pas préméditation puisqu'il n'y avait que huit jours que je guettais le coup. Alors, ma foi, tant pis ! quand c'a a été fini j'ai pris l'argent ! Dame l II était bien à moi puisque la vieille n'avait pas d'enfants et qu'elle était morte !... N'est-ce pas ? L'argent est si dur à gagner, faut pas le mépriser !
— Oh ! pour ça oui ! C'est la colère qui est la cause de tout.
— Eh bien ! ils n'ont jamais voulu admettre cela ; j'ai pas eu de circonstances atténuantes, c'est dli guignon !... Prenez garde de me couper. . . Y autre ne serait pas content s'il me voyait détérioré !
Et le barbier sort les larmes aux yeux..,
— Qui sait? pense-t-il, il est peut-être innocent !