LES OEUFS DE LA MÈRE DESBROSSES
Madame Desbrosses allait quitter le théâtre de l’Opéra-Comique , sur lequel elle avait joué bien long-temps. Une représentation d’adieux , une représentation à bénéfice , était annoncée , et la bénéficiaire n’avait pas encore rendu au journaliste en question la visite qu’il attendait de tous ses tributaires ; elle n’avait pas payé par anticipation la dîme du pauvre, qu’il prélevait sur les recettes extraordinaires.
— C’est singulier! disait-il, Desbrosses n’est pas venue... Je vais la travailler dans le numéro de demain.... — Et il écrivait :
« Madame Desbrosses quitte enfin le théâ- » tre.... Bonheur!
» L’Opéra-Comique donne ce soir une repré- «sentation au bénéfice de la Desbrosses... Four » complet. »
Ce style vous étonne. C’était pourtant là toutes les ressources de notre Quinola ; c’était là ces méchancetés qui faisaient trembler le monde dramatique. Vraiment, cela fait souvenir de ce fameux bandit qui arrêtait les diligences avec un fusil de bois, n’ayant pour complices que d’inoffensifs mannequins.
Le journaliste en était au four complet, lorsqu’on lui remit de la part de madame Desbrosses un panier cacheté; sa plume se releva.
— A la bonne heure. Jeanneton ! ouvrez ce panier , et dites-moi ce qu’il contient.
Jeanneton obéit , et montre aux regards étonnés de son maître... des œufs!
— Des œufs ! des œufs ! ! Ah ! Desbrosses , tu te fiches de moi parce que tu vas quitter le théâtre : attends ! attends ! et il se remet à écrire.
« La vieille Desbrosses , cette pitoyable » chanteuse.... »
— Monsieur ! monsieur! il y a sous les œufs
un beau service de coquetiers en argent ,
— Que diable ! aussi , je disais : Elle est donc folle?.... Allons, allons, soignons-ia , cette chère amie.
« Madame Desbrosses , cette piquante ac- »trice, toujours jeune, toujours jolie, toujours » adorée du public, quitte la scène . Dé¬
sespoir.
» L’Opéra-Comique donne ce soir une représentation au bénéfice de madame Desbros- »ses..,. Queue d’une lieue. »