AVANT.VGES DES RESTAURANTS
139. — L'adoption des restaurateurs, qui de France a faille lourde l'Europe, est d'un avantage extrême pour tous les citoyens, et d'une grande importance pour la science.
1'^ Par ce moyen, tout homme peut dîner à l'heure qui lui convient, d'après les circonstances où il se trouve placé par ses atfaires ou ses plaisirs.
2° 11 est certain de ne pas outrepasser la somme qu'il % jugé a propos de fixer pour son repas, parce qu'il sait d'avance le prix de chaque plat qui lui est servi.
3" Le compte étant une fois f a t avec sa bourse, le consommateur peut, à sa volonté, faire un repas solide, délicat ou friand, l'arroser des meilleurs vins français ou étrangers, l'aromatiser de moka et le parfumer des liqueurs des deux mondes, sans autres limites que la vigueur de son api)étit ou la capacité de son estomac. Le salon d'un restaurateur est l'Éden des gourmands.
4o tj'est encore une chose extrêmement commode poulies voyageurs, pour les étrangers, pour ceux dont la
famille réside momentanément à la campagne, et pour tous ceux, en un mot, qui n'ont point de cuisine chez eux ou qui en sont rao;neatanéinent privés.
Avant l'époque dont nous avons parlé (1770), les gens riches et puissants jouissaient presque exclusivement de deux grands avantages : ils voyageaient avec rapidité et faisaient constamment honne chère.
L'établissement des nouvelles voitures qui font cinquante lieues en vingt-quatre heures a effacé le premier privilège; l'établissement des restaurateurs a détruit le second : par eux, la meilleure chère est devenue populaire.
Tout homme qui peut disposer de quinze à vingt francs, et qui s'assied à la table d'un restaurateur de première classe, est aussi bien et même mieux traité que s'il était à la table d'un prince ; car le festin qui s'offre à lui est tout aussi splendide, et ayant en outre tous les mets à commandement, il n'est gêné par aucune considération personnelle.