DE LA FONDUE
La fondue est originaire de la Suisse. Ce n'est autre chose que des œufs brouillés au fromage, dans certaines proportions que le temps et l'expérience ont révélées. J'en donnerai la recette oflîcielle.
C'est un mets sain, savoureux, appétissant, de prompte confection, et partant toujours prêt à faire face à l'arrivée de quelques convives inattendus. Au reste, je n'en fais mention ici que pour ma satisfaction particulière, et parce que ce mot rappelle un fait dont les vieillards du district de Belley ont gardé le souvenir.
Vers la lin du dix-septième siècle, un M. de Madot fut nommé à l'évéché de Belley, et y arrivait pour en prendre possession.
Ceux qui étaient chargés de le recevoir et de lui faire les honneurs de son propre palais, avaient préparé un festin digne de l'occasion, et avaient fait usage de toutes les ressources de la cuisine d'alors pour fêter l'arrivée de monseigneur.
Parmi les entremets brillait une ample fondue^ dont le prélat se servit copieusement. Mais, ô surprise! se méprenant à l'extérieur et la croyant une crème, il la mangea à la cuiller, au lieu de se servir de la fourchette, de temps immémorial destinée à cet usage.
Tous les convives, étonnés de cette étrangeté, se regardèrent du coin de l'œil et avec un sourire imperceptible. Cependant le respect arrêta toutes les langues, car tout ce qu'un évéque venant de Paris fait à table, et surtout le premier jour de son arrivée, ne peut manquer d'être bien fait.
Mais la chose s'ébruita, et dès le lendemain on ne se rencontrait point sans se demander : <^ Eh bien, savez-vous » comment notre nouvel évoque a mangé hier au soir sa » fondue? — Eh! oui, je le sais; il l'a mangée avec une » cuiller. Je le tiens d'un témoin oculaire, etc. » La ville transmit le fait à la campagne, et après trois mois il était public dans tout le diocèse.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que cet incident faillit