DU SUCRE IXDIGÈ^JE
On a cru pendant lonatemps qu'il ne fallait pas moins que la chaleur des tropiques pour faire élaborer le sucre; mais vers 17'i0 Marsraff'le découvi'it dans quelques plantes des zones tempérées, et entre autres dans la betterave; et cette vérité fut poussée jusqu'à la démonstration par les travaux que fit à Berlin le professeur Achard.
Au commencement du dix-neuvième siècle, les circonstances ayant rendu le sucre rare, et par conséquent cher en France, le gouvernement en lit l'objet de la recherche des savants.
Cet appel eut un plein succès : on s'assura que le sucre était assez abondamment répandu dans le règne végétal; on le découvrit dans le raisin, dans la châtaigne, dans la pomme de terre, et surtout dans la betterave.
Cette dernière plante devint l'objet d'une grande culture et d'une foule de tentatives qui prouvèrent que l'Ancien monde pouvait, sous ce rapport, se passer du Nouveau. La France se couvrit de manufactures qui travaillèrent avec divers succès, et la sacchariflcation s'y naturalisa : art nouveau, et que les circonstances peuvent quelque jour rappeler.
Parmi ces manufactures, on distingua surtout celle qu'établit à Passy, près de Paris, M. Benjamin Delessert, citoyen respectable dont le nom est toujours uni à ce qui est bon et utile.
Par une suite d'opérations bien entendues, il parvint à débarrasser la pratique de ce qu'elle avait de douteux, ur, lit point mystère de ces découvertes, même à ceux qui auraient été tentés de devenir ses rivaux, reçut la visite du chef du gouvernement, et demeura chargé de fournir à la consommation du palais des Tuileries.
Des circonstances nouvelles, la restauration et la paix.
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ayant ramené le sucre des colonies à des prix assez bas, les manufactures de sucre de betterave ont perdu une grande partie de leurs avantages. Cependant il en est encore plusieurs qui prospèrent; et M. Benjamin Delessert en fait chaque année quelques milliers, sur lesquels il ne perd point, et qui lui fournissent l'occasion de conserver des méthodes auxquelles il peut devenir utile d'avoir recours i.
Lorsque le sucre de betterave fut dans le commerce, les gens de parti, les roturiers et les ignorants trouvèrent qu'il avait mauvais goût, qu'il sucrait mal; quelques-uns même prétendirent qu'il était malsain.
Des expériences exactes et multipliées ont prouvé le contraire; et M. le comte Chaptal en a inséré le résultat dans son excellent livre : La chimie appliquée à l'agriculture, tome II, page 13, ^^ édition.
« Les sucres qui proviennent de ces diverses plantes, dit » ce célèbre chimiste, sont rigoureusement de même nature » et ne diffèrent en aucune manière, lorsqu'on les a portés » par le raffinage au même degré de pureté. Le goût, la » cristallisation, la couleur, la pesanteur, sont absolument » identiques, et l'on peut défier l'homme le plus habitué » à juger ces produits ou à les consommer, de les distinguer » l'un de l'autre. »
On aura un exemple frappant de la force des préjugés et de la peine que la vérité trouve à s'établir, quand on saura que, sur cent sujets de la Grande-Bretagne pris indistinctement, il n'y en a pas dix qui croient qu'on puisse faire du sucre avec de la betterave.