‹ Physiologie du goût (volume 2)Chapitre 48 sur 179 · ALLOCUTION · texte numérisé non relu

ALLOCUTION

« Maître la Planche, dit le professeur avec cet accent grave qui pénètre jusqu'au fond des cœurs, tous ceux qui s'asseyent à ma tahle vous proclament potagiste de première classe, ce qui est fort hien, car le potage est la preîr.ière consolation de l'estomac hesoigncux; mais je vois avec peine que vous n'êtes encore qu'un friluricr incerlnin.

» Je vous entendis hier gémir sur cette sole triomphale que vous nous servîtes paie, mollasse et décolorée. Mon ami Pi... ' jeta sur vous un regard désapprohateur ; M. H.

1. M. R..., né à Seyssel, district de Belley, vers 1737. Électeur du grnnd collège, on peut le proposer à tous comme exemple des re;sultals heureux d'une conduite prudente jointe à la plus inflexible probité.

96 MÉDITATION Vil

R. porta à l'ouest son nez gnomonique, et le président S . déplora cet accident a l'égal d'une calamité publique.

» Ce malheur vous arriva pour avoir négligé la théorie dont vous ne sentez pas toute l'imporiance. Vous êtes un peu opiniâtre, et j'ai de la peine a vous faire concevoir que les phénomènes qui se passent dans votre laboratoire ne sont autre chose que l'exécution des lois éternelles de la nature 5 et que certaines choses que vous faites sans attention, et seulement parce que vous les avez vu faire à d'autres, n'en dérivent pas moins des plus hautes abstractions de la science.

» Ecoutez donc avec attention, et instruisez-vous, pour n'avoir plus désormais à rougir de vos œuvres. »

i I^r — CHIMIE

« Les liquides que vous exposez à l'action du feu e peuvent pas tous se charger d'une égale quantité de chaleur ; la nature les y a déposés inégalement : c'est un ordre de choses dont elle s'est réservé le secret et que nous appelons capacité du calorique.

» Ainsi, vous pourriez tremper impunément votre doigl dans l'esprit-de-vin bouillant, vous le retireriez bien vite de l'eau-de-vie, plus vite encore si c'était de l'eau, et une immersion rapide dans l'huile bouillante vous ferait une blessure cruelle; car l'huile peut s'échauffer au moins trois fois plus que l'eau.

» C'est par une suite de cette disposition que les liquides chauds agissent d'une manière différente sur les corps sapides qui y sont plongés. Ceux qui sont traités à l'eau se ramolhssent, se dissolvent et se réduisent en bouillie 5 il en provient du bouillon ou des extraits : ceux, au contraire, qui sont traités à l'huile, se resserrent, se colorent d'une manière plus ou moins foncée, et finissent par se charbonner.

» Dans le premier cas, l'eau dissout et entraine les sucs intérieurs des aliments qui y sont plongés ; dans le second, ces sucs sont conservés, parce que l'huile ne peut pas les dissoudre ; et si ces corps se dessèchent, c'est que la continuation de la chaleur finit par en vaporiser les parties humides.

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