‹ Physiologie du goût (volume 2)Chapitre 66 sur 179 · LES MÉDECINS · texte numérisé non relu

LES MÉDECINS

6'j. — Des causes d'uue autre nature, quoique non moins puissantes, agissent sur les médecins : ils sont gourmands par séduction, et il faudrait qu'ils fussent de bronze pour résister à la force des choses.

Les chers docteurs sont d'autant mieux accueillis que la santé, qui est sous leur patronage, est le plus précieux de tous les biens ; aussi sont-ils enfants gâtés dans toute la force du terme.

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Toujours impatiommcnt attendus, ils sont accueillis avec empressement. C'est une jolie malade qui les engage; c'est une jeune personne qui les caresse ; c'est un père, c'est un mari, qui leur recommandent ce qu'ils ont de plus cher. L'espérance les tourne par la droite, la reconnaissance par la gauche; on les emhccque comme des pigeons , ils se laissent faire, et en six mois l'habitude est prise; ils sont gourmands sans retour (past redempioyi.)

C'est ce qlie j'osai exprimer un jour dans un repas où je figurais, moi neuvième, sous la présidence du docteur Corvisart. C'était vers 1805 :

« Vous êtes, m'écriai-je du ton inspiré d'un prédicateur » puritain, vous êtes les derniers restes d'une corporation » qui jadis couvrait toute la France. Hélas! les membres en " sont anéantis ou dispersés : plus de fermiers généraux, » d'abbés, de chevaliers, de moines blancs ; tout le corps '> dégustateur réside en vous seuls. Soutenez avec fermeté » un si grand poids, dussiez-vous essuyer le sort des trois >> cents Spartiates au pas des Thermopyles. »

Je dis, et il n'y eut pas une réclamation : nous agîmes en conséquence, et la vérité reste.

Je lis à ce diner une observation qui mérite d'être connue.

Le docteur Corvisart, qui était fort aimable quand il voulait, ne buvait que du vin de Champagne frappé de glace. Aussi, dès le commencement du repas et pendant que les autres convives s'occupaient à manger, il était bruyant, conteur, anecdotier. Au dessert, au contraire, et quand la conversation commençait à s'animer, il devenait sérieux, taciturne et quelquefois morose.

De cette observation et de plusieurs autres conformes, j'ai déduit le théorème suivant : Levin de Chauipagne, qui est excitant dans ses premiers effets (ab initio), est stupéfiant dans ceux qui suivent (in recessu); ce qui est au surplus un etîet notoire du gaz acide carbonique qu'il contient.

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