‹ Physiologie du goût (volume 3)Chapitre 13 sur 109 · DES SENS. I · texte numérisé non relu

DES SENS. I

pour Tutilité et le bicn-èlre du moi semitif, ou, (^ qui est la même chose, de Yinditidu.

Ainsi, le toucher a rectifié les erreurs de la vue; le son, au moyen de la parole articulée, est devenu l'interprète de tons les sentiments; le godt s'est aidé de la vue et de Todorat; Touïe a comparé les sons, appi-écié les distances ; et legénésiquc a envahi les organes de tous les autres sens.

Le torrent des siècles, en roulant sur l'espèce humaine, a sans cesse amené de nouveaux perfectionnements^ dont la cause, toujours active, quoique presque inaperçue, se trouve dcins les réclamations de nos sens, qui, toujours et tour-à*tour, demandent à être agréablement occupés.

Ainsi, la vue a donné naissance à la peinture, à la sculpture et aux spectacles de toute espèce ;

Le son, à la mélodie, à l'harmonie, à la danse et à la musique, avec toutes ses branches et ses moyens d'exécution,*

L'odorat, à la recherche, à la culture et à l'emploi des parfums ;

Le goCit, à la production, au choix et à la préparation de tout ce qui peut servir d'aliment ;

Le toucher, à tous les arts, à toutes les adresses, à toutes les industries ;

Le gcnésiquc, à tout ce qui peut préparer ou embellir la réunion des sexes, et depuis François !•% à l'amour romanes(}ue, h la coquetterie et à la mode; à la coquetlerin surtout, qui est née en France, qui n'a de nom qu'en français, et dont l'élite des nations vient chaque jour prendre des leçons dans la capitale de l'univers.

Cette proposition, tout étrange qu elle paraisse, est cc|iendant facile à prouver; car on ne pourrait s'exprimer avec clarté, dans aucune langue ancienne, sur ces trois grands mobiles de la so ciélé actuelle.

J'avais fait sur ce sujet un dialogue qui n'aurait pas été sans attraits ; mais je l'ai supprimé, pour laisser à mes lecteurs le plai sir de le faire chacun à sa manière : il y a de quoi déployer de l'esprit, et même de l'érudiiion, pendant toute une soirée.

Nous avons dit plus haut que le génésique avait envahi les or-

ganes de tous Ie§ autres sens; il n'a pas influé avec moins de puissance sur toutes les sciences; eten y regardant d'un peu plus près, on verra que tout ce qu'elles ont de |.Ius délicat et de plus ingénieux est dû au désir, à Tcspoir ou à la reconnaissance qui se rapportent à la réunion des sexes.

Telle est donc, en bonne réalité , la généalogie des sciences, même les plus abstraites, qu'elles ne sont que le résultat immédiat des efforts continus que nous avons faits pour gratifier nos sens.

Perfectloimeiiient des Sens.

ES sens, nos Tavoris, sont cependant loin d'élrc parfaits,

Jet je ne m'arrêterai pas à le prouver. J'observerai seu-

^lement que la vue, ce sens si clhéré, et le toucher, quj

est à l'autre bout de l'échelle, ont acquis avec le temps

une puissance additionnelle très remarquable.

Par le moyen des hmcUs^ l'œil échappe, pour ainsi dire, à l'affaiblissement sénile qui opprime la plupart des autres organes.

Le télescope a découvert des astres jusqu'alors inconnus et inaccessibles à tous nos moyens de mensuration ; il s'est enfoncé a des distances, telles que des corps lumineux et nécessairement immenses ne se présentent à nous que comme des taches nébuleuses et presque imperceptibles.

■ Le microscope nous a initiés dans la connaissance de la conGgu* ration intérieure des corps ; il nous a montré une végétation et des plantes dont nous ne soupçonnions pas môme l'existence. EnGn, nous avons vu des animaux cent mille fois au dessous du plus petit qu'on aperçoit à l'œil nu; ces animalcules se meuvent cependant, se nourrissentet se reproduisent : ce qui suppose des organes d'une ténuité à laquelle l'imagination ne peut pas atteindre.

D'un autre côté, la mécanique a multiplié les forces; l'homme

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