DES SENS
a exécuté tout ce qu*il a pu concevoir, et a remué des fardeaux que la nature avait créés inaccessibles à sa Taiblcsse.
A l'aide des armes et du levier, l'homme a subjugué toute la nature; il Ta soumise à ses plaisirs, à sos besoins, à ses c^iprices: il m a bouleversé la surface, et un faible bipède est devenu le roi de la création.
La vue et le toucher, ainçi agrandis dans leur puissance, pourraient appartenir à une espèce bien supérieure à 1 homme; ou plutôt l'espèce humaine serait lout autre, bi tous les sens avaient été ainsi améliorés.
Il faut remarquer cependant que, si le toucher a acquis un grand développement comme puissance musculaire, la civilisation n'a presque rien fait pour lui comme organe sensitif; mais il ne faut désespérer de rien, et se ressouvenir que l'espèce humaine est encore bien jeune, et que ce n'est qu'après une longue série de siècles que les sens peuvent agrandir leur domaine.
Par exemple, ce n'est que depuis environ quatre siècles qu'on a découvert Y harmonie, science toute céleste, et qui est au son ce que la peinture est aux couleuis (i).
Sans doute les anciens savaient chanter accompagnés d'instruments à lunisson ; mais là se bornaient leurs connaissances; ils ne savaient ni décomposer les sons ni en apprécier les rapports.
Ce n'est que depuis le quinzième siècle qu'on a fixé la tonalrsation, réglé la marche des accords, et qu'on s'en est aidé pour soutenir la voix et renforcer l'expression des sentiments.
Cette découverte, si tardive et cependant si naturelle, a dédoublé l'ouïe, elle y a montré deux facultés en quelque sorte indépen-
(1) Nous savons qu'on a f^outenu le contraire ; mais ce système est sans appui.
Si Irs ancîons avaient connu Tharmonie, leurs écrits auraient conservé quelques notions précises à cet égard, au lieo qu'on ne i»c prévaut que de quelques phrases oliscuros, qui se prêtent à toutes ie« inductions.
D'ailleurs, tjn ne peut suivre la naissance et les progrès de l'harmonie dans les raonunients qui nous restent; c'est une obligation que nous avons aux Arabes, qui nous firent présent de l'orgue, qui, taisant entendre à la fois plusieurs sons roatinns fit naître U iiremière idée de Tharim^nie.
dantes, dont l'unereçoit les sons et l'autre en apprécie la résonnance.
Les docteurs allemands disent que ceux qui sont sensibles à riiarmonio ont un sens de plus que les autres.
Quant à ceux pour qui la musique n'est qu'un amas de sons confus, il est bon de remarquer que presque tous chantent faux; et il faut croire, ou que chez eux Tappareil auditif est fait de manière à ne recevoir que des vibrations courtes et sans ondulations, ou plutôt que les deux oreilles nctant pas au même diapason, la différence en longueur et en sensibilité de leurs parties constituantes fait qu'elles ne transmettent au cerveau qu'une sensation obscure et indéterminée, comme deux instruments qui ne joueraient ni dans le même ton ni dans la même mesure, et no feraient entendre aucune mélodie suivie.
Les derniers siècles qui se sont écoulés ont aussi donné à la sphère du goût d'importantes extensions : la découverte du sucre et de ses diverses préparations, les liqueurs alcooliques, les glaces, la vanille, le thé, le café, nous ont transmis des saveurs d'une nature jusqu'alors inconnue.
Qui sait si le toucher n'aura pas son tour, et si quelque hasard heureux ne nous ouvrira pas, de ce côté-là, quelque source de jouissanc-'S nouvelles? ce qui est d'autant plus probable que la sensibilité tactile existe par tout le corps, et conséquemment peut partout être excitée.
PalsMiBee da GoAt.
4. — On a vu que l'amour physique a envahi toutes les sciences : il a.^iten cela avec cUte tyrannie qui le caractérise toujours.
Le goût, celte faculté plus prudente, plus mesurée, quoique non moins active; le goût, disons^nous, est parvenu au même but avec une lenteur qui assure la durée de ses succès.
Nous nous occuperons ailleurs à en considérer la marche ; mais déjà nous pourrons remarquer que celui qui a assisté à un repas somptueux, dans une salle ornée de glaces, de peintures, de sculp-