DES BOISSONS
fait la foroe ; mais les Arabes nous ayant appris l'art de la distillation, qu'ils avaient inventée pour extraire le parfum des fleurs» et surtout de la rose tant célébrée dans leurs écrits, on commença à croire qu'il était possible de découvrir dans le vin la cause de l'exaltation de saveur qui donne au goût une excitation si particulière ; et de tâtonnements en tâtonnements , on découvrit l'alcool , Tesprit-de-vin , l'eau-de-vie.
L'alcool est le monarque des liquides et porte au dernier degré l'exaltation palatale : ces diverses préparations ont ouvert de nouvelles sources de jouissances (1); il donne à certains médicaments (â) une énergie qu'ils n'auraient pas sans cet intermède; il est même devenu dans nos mains une arme formidable» car les
nations du nouveau monde ont été presque autant domptées et détruites par l'eau-de-vie que par les armes à feu.
La méthode qui nous a fait découvrir l'alcool a conduit encore
(1) Les liqueurs de table.
(2) Les élixirs.
lie MÉDITATION IX. DES BOISSONS.
k d'autres résultats importants ; car comme elle consiste à séparer et à m(?ttre à nu les parties qui constituent un corps et le distinguent de tous les autres , elle a dû servir de modèle à ceux qui se sont livrés à des recherches analogues , et qui nous ont fait connaître des substances tout à fait nouvelles , telles que la quinine , la morphine, la strychhiné et autres semblables, découvertes et à découvrir.
Quoi qu'il en soit , cette soif. d'une es|ièce de liquide que la nature avait enveloppée de voilés , cette appétence extraordinaire qui agit sur toutes les races d'hommes , sou^ tous les climats et sous toutes les tempél-atùres , est bien digne de fixer l'attention de l'observateur philosophe.
J'y ai songé comme un autre , et je suis tenté de mettre l'appétence des liqueurs fermentées » qui n'est pas connue des animaux, à côté de l'inquiétude de l'avenir, qui leur est également étrangère , et de les regarder l'une et l'autre comme des attributs distinctifs du chef-d'œuvre de la detnière révolution sublunaire.
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€t épt6o)t()ue 0ur la fin du mtiiit.
r 'ai dit : la dernière révolution sublunaire^ et cette pensée, ainsi exprimée, m'a entraîné bien loin, bien loin.
Des monuments irrécusables nous apprennent que notre globe a déjà éprouvé plusieurs changements absolus, qui ont été autant de fins du monde ; et je ne sais quel instinct nous avertit que d'autres révolutions doivent se succéder encore.
Déjà , souvent , oti a cru ces révolutions prêtes à arriver, et bien des gens existent que la comète aqueuse prédite par le bon Jérôme Islande envoya jadis à confesse.
D'après ce qui a été dit à cet égard , on est tout disposé à environner cette catastrophe de vengeances, d'anges éxtermitiateurs, de trompettes, et autres accessoires non moins terribles.
Hélas! il ne faut pas tant de fracas pour nous détruire, nous ne valons pas tant de pompes ; et si la volonté du Seigneur est
Ii8 MÉDITATION X.
telle , il peut changer la surrace du globe sans y mettre tant d'appareil.
Supposons, par exemple, qu'un de ces astres errants, dont personne ne connaît la route ni la mission , et dont l'apparition a toujours été accompagnée d'une terreur traditionnelle; supposons, dis-je , qu'une comète passe assez près du soleil pour se charger d'un calorique surabondant, et nous approche assez pour causer sur la terre six mois d'un état général de 60 degrés de Réaumur ( une fois plus chaud que celui de la comète de 1811).
A la fin de cette saison funérale, tout ce qui vit ou végète aura péri, tous les bruits auront cessé; la terre roulera, silencieuse, jusqu'à ce que d'autres circonstances aient développé d'autres germes ; et cependant la cause de ce désastre sera restée perdue dans les vastes champs de l'air et ne nous aura pas seulement approchés de plusieurs millions de lieues.
Cet événement, tout aussi possible qu'un autre, m'a toujours paru un beau sujet de rêverie, et je n'ai pas hésité un moment de m'y arrêter.
11 est curieux de suivre, par l'esprit, cette chaleur ascensionnelle, d'en prévoiries effets, le développement, l'action, et dé se demander :
Quid pendant le premier jour , pendant le second , et ainsi de suite jusqu'au dernier?
Quid sur l'air, la terre et l'eau, la formation, le mélange et la détonnation des gaz ^
Quid sur les hommes, regardés dans le rapport de l'âge du sexe de la force, de la faiblesse ?
Quid SUT la subordination aux lois, la soumission à l'autorité, le respect des personnes et des propriétés?
Quid sur les moyens à chercher ou les tentatives à faire pour se dérober au danger?
Quid sur les liens d'amour, d'amitié, de parenté sur l'égoïsme, le dévouement?
Quid sur les sentiments religieux, la foi, la résignation, l'espérance, etc., etc.?