‹ Physiologie du goût (volume 3)Chapitre 3 sur 109 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

que je puis , sans émotion , me souvenir de ces excellents dtners de navets crus pris dans les champs , avant d'aller le soir consacrer le prix d'un dîner plus luxueux au billet qui me permettait d'entrer dans un théâtre où je rencontrais de loin un regard qui a si longtemps fait ma force et ma vie.

Et qui donnera aux ananas, mangés dans des assiettes de Chine, la saveur qu'avaient les mûres des haies , quand j'avais dix-huit ans.

Est-ce que nos pauvres pécheurs des côtes de Normandie ne se réjouissent pas à l'avance de manger un homard ou des crevettes cuits dans l'eau delà mer, quand ils peuvent éviter les regards de la douane ; — car le fisc défend de puiser de l'eau à la mer , et l'Océan est gardé par toute une armée d'hommes vêtus de vert qui vous ferait rejeter à la mer une cruche d'eau que vous auriez subrepticement puisée : — cela épargnerait aux pauvres gens d'acheter du sel, et le sel est un impôt.

Le naturel dans les livres a un charme qui consiste en ceci qu'on croyait lire un livre et qu'on cause avec un homme. — Le livre de Brillât Savarin joint , au naturel le plus exquis , la verve la plus soutenue, l'esprit le plus franc, l'atticisme le plus pur. — C'est un modèle de style simple sans vulgarité.

La gourmandise n'est pas la goinfrerie.

Brillât Savarin fait entrer l'esprit, la bonne humeur et le bon goût dans les assaisonnements d'un bon diner.

L'esprit qui n'est ou doit n'être que • la raison ornée et armée • est peu considéré en France, — parce qu'on prend pour de l'esprit certains exercices de mots pareils à ceux que font les jong]eui*s avec des boules.

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