‹ Physiologie du goût (volume 3)Chapitre 4 sur 109 · INTRODUCTION. V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. V

De même les goinfres et les ivrognes se sont réclamés indûment d'Ajiacréon , d'Epicure , et se sont placés sous leur invocation sans les consulter. Anacréon, dans ses vers, recommande très souvent de mettre de l'eau dans le vin, — et Epicure voulait de la noblesse dans le plaisir, et mettait le plaisir dans la vertu.

Le vrai disciple d'Epicure compte, pour le meilleur plat de son dîner, — le pain qu'il a envoyé à son voisin pauvre. — Tel autre vous dira avec les Allemands, — en vous invitant à dîner: « Un seul plat et un visage ami, >

BriUat Savarin dit : • Ceux qui s'indigèrent ou qui s'enivrent ne savent ni boire ni manger. >

Je ne sais ce qu'il aurait dit des banquets politiques qui ne faisaient que poindre de son temps, — festins où chacun sert un plat de sa façon , au moyen de phrases sonores parce qu'elles sont creuses, — ei où on s'occupe du gouvernement du pays à la fin du dîner, — c'est-à-dire dans une situation de corps et d'esprit où aucun de ces législateurs en goguette ne se permettrait de traiter la moins importante de ses petites affaires particulières.

Certes, ce n'est pas mourir que de laisser après soi sa pensée vivante au milieu des hommes , pensée qui a plus de force , et dotit la puissance n'est plus contestée depuis qu'elle n'oxcite plus l'envie contre l'homme qui en était le dépositaire.

Tandis que les riches et les puissants se disputent quelques honneurs matériels et quelques avantages grossiers , ne sont-ce pas les vrais maîtres du monde que ceux qui gouvernent encore par leurs livres les idées des peuples et la pensée humaine?

Entre ces illustres morts, — devenus des rois immortels, — le souvenir fait de singulières différences, — c'est la puissance de

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