IM MÉDITATION XIV. PLAISIR DE LA TABLE
et je le surprix regardant s'il n'en restait pas ou si on n'en faisait pas d'autres ; ce que j'ordonnai à l'instant.
Cependant le temps avait coulé , et ma pendule marquait plus de huit heures. < Sauvons^nous , dirent mes hôtes ; il faut bien c que nous allions manger ^ne feuille de salade avec notre pauvre c s(Bur , qui ne nous a pas vus delà journée. »
A cela je n'eus pas d'objections ; et « fidèle aux devoirs de rho»* pitalité vis-à-vis de deux vieillards aussi aimables , je les accompagnai jusqu'à leur voiture, et je les vis partir.
On demandera peut-être si l'ennui ne se coula pas quelques iim>* ments dans une aussi longue séance.
Je répondrai négativement : l'attention de mes convives fut soutenue par la confection de la fondue, par le voyage autour de Tappartement , par qudques nouveautés dans le dîner , par le thé, et surtout par le punch , dont ils n'avaient jamais goûté.
D'ailleurs le docteur connaissait tout Paris par généalogies et anecdotes ; le capitaine avait passé une partie de sa vie en Italie, soit comme militaire , soit comme envoyée la cour de Parme ; j'ai moi-même beaucoup voyagé ; nous causions sans prétention , nous écoutions avec complaisance. Il n'en faut pas tant pour que le temps fuie avec douceur et rapidité.
Le lendemain matin je reçus une lettre du docteur; il avait l'attention de m'apprendre que la petite débauche de la veille ne leur avait fait aucun mal ; bien au contraire , après un premier sommeil des plus heureux, ils s'étaient levés frais, dispos, et prêts à recommencer.
iialtes }^e c\)ame.
t toutes les circonstances de la vie où le manger est compté pour quelque chose, une des plus agréa- %^ blés est sans doute la halte de chasse ; et , de tous les entr' actes connus, c'est encore la halte de chasse qui peut le plus se prolonger sans ennui. Après quelques heures d'exercice, le chasseur le plus vigoureux sent qu*il a besoin de repos ; son visage a été carressé par la brise du matin ; l'adresse ne lui a pas manqué dans l'occasion ; le soleil est près d'atteindre le plus haut de son cours ; le chasseur va donc s'arrêter quelques heures , non par excès de fatigue , mais par («tte impulsion d'instinct qui nous avertit que notre activité ne peut pas être indéfinie.
Un ombrage l'attire; le gazon le reçoit, et le murmure de la source voisine l'invite à y déposer le flacon destiné à le désaltérer (1).
(t) J*iuvite les cainarad«)s à préférer le vin blanc; il résiste mieux au mouvement cl à la chaleur, et désaltère plus agréablemcnU
Ainsi placé , il sort avec un plaisir tranquille les petits pains à croûte dorée» dévoile le poulet froid quune main amie a placé dans son sac, et pose tout auprès le carré de gruyère ou de ro* quefort destiné à figurer tout un dessert.
Pendant qu'il se prépare ainsi, le chasseur n'est pas seul; il est accompagné de l'animal fidèle que le ciel a créé pour lui : le chien accroupi regarde son maître avec amour; la coopération a comblé les distartces , ce sont deux amis , et le serviteur est à la fois heureux et fier d'être le convive de son maître.
Ils ont un appétit également inconnu aux mondains et aux dévAts : aux premiers, parce qu'ils ne laissent point à la faim le temps d'arriver; aux autres» parce qu'ils ne se livrent jamais aux exercices qui le font naître.
Le repas a été consommé avec délices; chacun a eu sa part; tout s'est passé dans l'ordre et la paix. Pourquoi ne donnerait-on pas quelques instants au sommeil? l'heure de midi est aussi une heure de repos pour toute la création.
Ces plaisirs sont décuplés si plusieurs amis les partagent ; car alors, en ce cas, un repas plus copieux a été apporté dans ces cantines militaires, maintenant employées à de plus doux usages. On cause avec enjouement des prouesses de l'un , des solécismes de l'autre , et des espérances de l'après-midi.
Que sera-ce donc si des serviteurs attentifs arrivent chargés de ces vases consacrés à Bacchus , où un froid artificiel fait glacer à la