SOS MÉDITATION XIX. DES RÊVES
On est, dans son lit , couché bien chaudement, dans une position horizontale, et la tête bien couverte; on pense à l'ouvrage qu'on a sur le métier, Timagination s'échauffe, les idées abondent, les expressions les suivent; et comme il faut se lever pour écrire, on s'habille, on quitte son bonnet de nuit, et on se met à son bureau.
Mais voilà que tout-à-coup on ne se retrouve plus le même ; l'imagmation s'est refroidie, le fil des idées*est rompu, les expressions manquent ; on est obligé de chercher avec peine ce qu'on avait si facilement trouvé, et fort souvent on est contraint d'ajourner le travail à un jour plus heureux.
Tout cela s'explique facilement par l'effet que doit produire sur le cerveau le changement de position et de température : on retrouve encore ici l'influence du physique sur le moral.
En creusant cette observation, j'ai été conduit trop loin peut-être ; mais entin j'ai été conduit à penser que l'exaltation des Orientaux était due en partie à ce que , étant de la religion de Mahomet , ils ont toujours la tête chaudement couverte, et que c'est pour obtenir l'effet contraire que tous les législateurs des moines leur ont imposé l'obligation d'avoir cette partie du corps découverte et rasée.
f ^ D< rinûurnrr île la îiiHr ôur le repae, le dommril et les doiigee.
I UE rhomme se repose, qu'il s'endorme ou qu'il rêve, il r ne cesse d'être sous la puissance des lois delà nutrition, [et ne sort pas de l'empire de la gastronomie.
La théorie et l'expérience s'accordent pour prouver
que la qualité et la quantité des aliments influent puissamment sur
le travail, le repos , le sommeil et les rêves.
BITets 4« la diète sur le travail.
95. — L'homme mal nourri ne peut longtemps suffire aux fatigues d un travail prolongé ; son corps se couvre de sueur ; bientôt ses forces l'abandonnent ; et pour lui le repos n'est autre chose que l'impossibilité d'agir.
S'il s'agit d'un travail d'esprit, les idées naissent sans vigueur et sans précision ; la réflexion se refuse à les joindre, le jugement
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à les analyser ; le cerveau s'épuise dans ces vains efforts , et l'on s'endort sur le charap de bataille.
J*ai toujours pensé que les soupers d'Auteuil , ainsi que ceux des hôtels de Rambouillet et de Soissons , avaient fait grand bien aux auteurs du temps de Louis XIY ; et le malin Geoffroy (si le fait eût été vrai) n'aurait pas tant eu tort quand il plaisantait les poètes de la fin du dix-huitième siècle sur l'eau sucrée, qu'il croyait leur boisson favorite.
D'après ces principes , j'ai examiné les ouvrages de certains au* teurs connus pour avoir été pauvres et souffreteux, et je ne leur ai véritablement trouvé d'énergie que quand ils ont dû être stimulés par le sentiment habituel de leurs maux ou par l'envie sou* vent assez mal dissimulée.
Au contraire, celui qui se nourrit bien et qui répare ses forces avec prudence et discernement , peut suffire à une somme de travail qu'aucun être animé ne peut supporter.
La veille de son départ pour Boulogne, l'empereur Napoléon travailla pendant plus de trente heures , tant avec son conseil d'État qu'avec les divers dépositaires de son pouvoir, sans autre réfection que deux très courts repas et quelques tasses de café.
Brown parle d'un commis de l'amirauté d'Angleterce qui, ayant perdu par accident des états auxquels seul il pouvait travailler, employa cinquante-deux heures consécutives à les refaire. Jamais, sans un régime approprié, il n'eût pu &ire face à cette énoi*me déperdition ; il se soutint de la manière suivante : d'abord de Veau, puis des aliments légers, puis du vin , puis des consommés, enfin de l'opium.
Je rencontrai un jour un courrier que j'avais connu à l'armée , et qui arrivait d'Espagne où il avait été envoyé en dépêche par le gouvernement (eorreo ganandohoras. — J^*p.); il avaitfait le voyage en douze jours, s' étant arrêté à Madrid seulement quatre heures; quelques verres de vin et quelques tasses de bouillon, voilà tout ce qu'il avait pris pendant cette longue suite de secousses et d'insomnie ; et il ajoutait que des aliments plus solides l'eussent infailliblement mis dans l'impossibilité de continuer sa route.