‹ Physiologie du goût (volume 3)Chapitre 53 sur 109 · DE L*OBÉSITÉ · texte numérisé non relu

DE L*OBÉSITÉ

bien rosée, au nez fripon, aux formes arrondies, aux mains rondelettes, aux pieds courts et grassouillets, tout le monde est ravi et la trouve charmante, tandis que, instruit par l'expérience , je jette sur elle des regards postérieurs de dix ans , je vois les ravages que rol)ésité aura faits sur ces charmes si frais , et je gémis sur des maux qui n'existent pas encore. Cette compassion anticipée est un sentiment pénible, et fournit une preuve entre mille autres, que l'homme serait plus malheureux s'il pouvait prévoir l'avenir.

La seconde des principales causes de l'obésité esldans les farines et fécules dont l'homme fait la base de sa nourriture journalière. Nous l'avons déjà dit, tous les animaux qui vivent de farineux s'engraissent de gré ou de force; l'homme suit la loi commune.

La fécule produit plus vite et plus sûrement son effet quand elle est unie au sucre : le sucre et la graisse contiennent Thydrogène , principe qui leur est commun; l'un et l'autre sont inflammables. Avec cet amalgame , elle est d'autant plus active qu'elle flatte plus le goût et qu'on ne mange guère les entremets sucrés que quand l'appétit naturel est déjà satisfait , et qu'il ne reste plus alors que cet autre appétit de luxe qu'on est obligé de solliciter par tout ce que l'art a de plus raffiné et le changement de plus tentalif.

La fécule n'est pas moins incrassante quand elle est charroyée par les boissons , comme dans la bière et autres de la même espèce. Les peuples qui en boivent habituellement sont aussi ceux où on trouve les ventresles plus merveilleux, et quelques familles parisiennes qui, en 1817, burent de la bière par économie, parce que le vin était fort cher, en ont été récompensées par un embonpoint dont elles ne saventplus que faire.

Une double cause d'obésité résulte de la prolongation du sommeil et du défaut d'exercice. ti^*/ .i^i

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Le corps humain répare beaucoup pendant le sommeil ; e( (}aB9 |ç même temps il perd peu , puisque l'action mu^ulçuse est suspendue. Il faudrait donc qpe le superflu acquis fût évaporé par l'exercice; mais, par cela même qu'on dort beaucoup, on limite d'autant le temps où l'on pourrait ^tgir.

Par une autre conséquence , les grands dormeurs se refusent à tout ce qui leur présenta jusqu'à l'ombre d'une fatigue; l'excédant de l'assimilation est donc emporté par le torrent de la circulation; il s'y charge , par une opération dont la nature s'est réservé le secret, de quelques centièmes additionnels d'hydrogène, et la graisse se trouve formée, pour être déposée par le même mouvement dans les capsules du tissu cellulaire.

NE dernière cause d'obésité consiste dans l'excès dû manger et du boire.

On a eu raison de dire qu'un des privilèges de ^ l'espèce humaine est de manger sans avoir faim et de boi|re sans avoir soif; et , en effet , il ne peut appartenir aux Mies ; car il naît delà réflexion sur le plaisir de la table et du désir d'en prolonger la durée.

On a trouvé ce double penchant partout où l'on a trouvé des hommes ; et on sait que les sauvages mangent avec excès et s'enivrent jusqu'à l'abrutissement, toutes les fois qu'ils en trouvent l'occasion.

Quant à nous , citoyens des deux mondes , qui croyons être à l'apogée de la civilisation , il est certain que nous mangeons trop. Je ne dis pas cela pour le petit nombre de ceux qui , serrés par l'avarice ou l'impuissance, vivent seuls et à l'écart : les premiers, réjouis de sentir qu'ils amassent; les autres , gémissant de ne pouvoir mieux faire ; mais je le dis avec affirmation pour tous ceux qui, circulant autour de nous, sont tour -à -tour amphitryons ou

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