‹ Physiologie du goût (volume 3)Chapitre 55 sur 109 · TRAITEMENT DE L'OBÉSITÉ · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE L'OBÉSITÉ

Snite da récinie.

rsQu'ici je vous ai tracé , en père tendre et un peu complaisant, les limites d'un régime qui repousse ^robésité qui vous menace : ajoutons-y encore quelques préceptes contre celle qui vous a atteints. Buvez, chaque été, trente bouteilles d'eau de Seitz , un très grand verre le matin , deux avant le déjeuner, ei autant en vous couchant. Ayez à l'ordinaire des vins blancs, 1À> gers et acidulés, comme ceux d'Anjou. Fuyez la bière comme la peste, demandez souvent des radis, des artichauts à la poivrade, des asperges , du céleri , des cardons. Parmi les viandes , préférez le veau et la volaille; du pain, ne mangez que la croûte; dans le cas douteux , laissez-vous guider par un docteur qui adopte mes principes ; et quel que soit le moment où vous aurez commencé à les suivre, vous serez avant peu frais, jolis, lestes, bien portants et propres à tout.

Après vous avoir ainsi placés sur votre terrain , je dois aussi vous en montrer les écueils, de peur que, emportés par un zèle obésifuge, vous n'outrepassiez le but.

L'écueil que je veux signaler est l'usage habituel des acides que des ignorants conseillent quelquefois , et dont l'expérience a toujours démontré les mauvais effets.

DuBCem des iMides.

Il cii-cule parmi les femmes une doctrine funeste, et qui fait périr chaque année bien des jeunes personnes , savoir : que les acides , et surtout le vinaigre , sont des préservatifs contre l'obésité.

Sans doute l'usage continu des acides fait maigrir, mais c*est en détruisant la fraîcheur, la santé et la vie ; et quoique la limonade soit le plus doux d'entre eux , il est peu d'estomacs qui y résistent longtemps.

La vérité que je viens d'énoncer ne saurait être rendue trop publique ; il est peu de mes lecteurs qui ne pussent me fournir quelque observation pour l'appuyer, et dans le nombre je préiere la suivante qui m'est en quelque sorte personnelle.

En 1776, j'habitais Dijon ; j'y faisais un cours de droit en la faculté; un cours de chimie sous M. Guyton de Morveau , pour lors avocat-général, et un cours de médecine domestique sous M. Marct, secrétaire perpétuel de l'Académie, et père de M. le duc de Bassano.

J'avais une sympathie d'amitié pour une des plus jolies personnes dont ma mémoire ait conservé le souvenir. Je dis sympathie d'amitié, ce qui est rigoureusement vrai et en même temps bien surprenant , car j'étais alors grandement en fonds pour des affinités bien autrement exigeantes.

Cette amitié, qu'il faut prendre pour ce qu'elle a été et non pour ce qu'elle aurait pu devenir, avait pour caractère une familiarité qui était devenue, dès le premier jour, une confiance qui nous paraissait toute naturelle , et des chuchotements à ne plus finir, dont la maman ne s'alarmait point, parce qu'ils avaient un caractère d'innocence digne des premiers âges. Louise était donc très jolie, et avait surtout, dans une juste proportion, cet embonpoint classique qui fait le charme des yeux et la gloire des arts d'imitation.

Quoique je ne fusse que son ami , j'étais bien loin d'être aveugle sur les attraits qu'elle laissait voir ou soupçonner, et peut^tre ajoutaient-ils , sans que je pusse m'en douter, au chaste sentiment qui m'attachait à elle. Quoi qu'il en soit, un soir que j'avais considéré Louise avec plus d'attention qu'à l'ordinaire: < Chère amie» c lui dis-je , vous êtes malade ; il me semble que vous avez maif gri. — Oh! non, me répondit-elle avec un sourire qui avait c quelque^chose de mélancolique , je me porte bien; et si j'ai un

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f peu maigri , je puis, sous ce rapport, perdre un peu sans m'ap- « pauvrir. — Perdre , lui répliquai-je avec feu ; vous n'avez be- « soin ni de perdre ni d'acquérir ; restez comme vous êtes, char- < mante à croquer; * et autres phrases pareilles qu*un ami de vingt ans a toujours à commandement.

Depuis cette conversation , j'observai cette jeune fille avec un intérêt mêlé d'inquiétude, et bientôt je vis son teint pâlir , ses joues se creuser, ses appas se flétrir... Oh ! comme la beauté est une chose fragile et fugitive! Enfin je la joignis au bal où elle allait encore comme à l'ordinaire ; j'obtins d'elle qu'elle se reposerait pendant deux contredanses ; et mettant ce temps à profit, j'en reçus Taveu que, fatiguée des plaisanteries de quelques-unes de ses amies qui lui annonçaient qu'avant deux ans elle serait aussi grosse que saint Christophe, et aidée parles conseils de quelques autres, elle avait cherché à maigrir , et, dans cette vue , avait bu pendant un mois un verre de vinaigre chaque matin ; elle ajouta que jusqu'alors elle n'avait fait à personne confidence de cet essai.

Je frémis à cette confession : je sentis toute l'étendue du danger, et j'en fis part dès le lendemain à la mère de Louise , qui ne fut pas moins alarmée que moi ; car elle adorait sa fille. On ne perdit pas rie temps; on s'assembla, on consulta, on médicamenta. Peines inutiles ! les sources de la vie étaient irrémédiablement attaquées; et au moment où on commençait à soupçonner le danger, il ne restait déjà plus d'espérance.

Ainsi, pour avoir suivi d'imprudents conseils, l'aimable Louise, réduite è l'état affreux qui accompagne le marasme , s'endormit pour toujours , qu'elle avait à peine dix-huit ans.

Elle s*éteignit en jetant des regards douloureux vers un avenir qui ne devait pas exister pour elle; et Tidée d'avoir, quoique involontairement, attenté à sa vie, rendit sa fin plus douloureuse et plus prompte.

C'est la première personne que j'aie vue mourir; car elle rendit le dernier soupir dans mes bras , au moment où , suivant son désir, je la soulevais pour lui faire voir le jour. Huit heures environ après sa mort, sa mère désolée me pria de l'accompagner dans

UO MÉDITATION XXtl.

une dernière visite qu*elle voulait faire à oe qui restait de sa fille ; et nous observâmes avec surprise que l'ensemble de sa physionomie avait pris quelque chose de radieux et d'extatique qui n'y paraissait point auparavant. Je m*en étonnai : la maman en tira un augure consolateur. Mais ce cas n'est pas rare. Lavater en fait mention dans son Traité de la physionomie.

Ceinture anttoliéftiqar*

110. — Tout régime antiobésique doit être accompagné d'une précaution que j'avais oubliée, et par laquelle j'aurais dû commencer: elle consiste à porter jour et nuit une ceinture qui contienne le ventre, en le serrant modérément.

Pour en bien sentir la nécessité , il faut considérer que la colonne vertébrale, qui forme une des parois de la caisse inte^ tinale, est ferme et inflexible: d'où il suit que tout l'excédant de poids que les intestins acquièrent, au moment où l'obésité les fait dévier de la ligne verticale , s'appuie sur les diverses enveloppes qui composent la peau du ventre , et celles-ci , pouvant se distendre presque indéfiniment (1), pourraient bien n'avoir pas assez de ressort pour se retraire quand cet effort diminue , si on ne leur donnait pas un aide mécanique qui , ayant son point d'appui sur la colonne dorsale elle-même, devint son antagoniste et rétablit l'équilibre. Ainsi , cette ceinture produit le double effet d'empêcher le ventre de céder ultérieurement au poids actuel des intestins , et de lui donner la force nécessaire pour se rétrécir quand ce poids diminue. On ne doit jamais la quitter ; autrement le bien produit pendant le jour serait détruit par l'abandon de la nuit ; mais elle est peu gênante, et on s'y aocoutumo bien vite.

La ceinture, qui sert aussi de moniteur pour indiquer qu'on est

(i) Mirabeau disait d*un homme excessivement gro«, que Dieu ne ravail créé qiM pour montrer jusqu*à quel point la peau humaine pouvait s*étendre sans rompre.

TRAITEMENT DE L^OBltSlTÉ. m

suffisamment repu, doit être faite avec quelque soin , sa pression doit être à la fois modérée et toujours la môme, c'est-à-dire qu'elle doit être faite de manière à se resserrer à mesure que l'embonpoint diminue.

On n'est point condamné à la porter toute la vie ; on peut la quitter sans inconvénient quand on est revenu au point désiré, et qu'on y a demeuré stationnaire pendant quelques semaines. Bien entendu qu'on observera une diète convenable. II y a au moins six ans que je n'en porte plus.

IHi ^aln^iiliia.

L existe une substance que je crois activement antio* bésique ; plusieurs observations m'ont conduit à le croire ; cependant, je permets encore de douter, et j'appelle les docteurs à expérimenter.

Cette substance doit être le quinquina.

Dix ou douze personnes de ma connaissance ont eu de longues fièvres intermittentes; quelques-unes se sont guéries par des remèdes de bonne femme, des poudres, etc. ; d'autres par l'usage continu du quinquina, qui ne manque jamais son effet.

Tous les individus de la première catégorie, qui étaient obèses, ont repris leur ancienne corpulence ; tous ceux de la seconde sont restés dégagés du superflu de leur embonpoint : ce qui me donne le droit de penser que c'est le quinquina qui a produit ce dernier effet, car il n'y a eu de différence entre eux que le mode de guérison.

La théorie rationnelle ne s'oppose point à cette conséquence ; car, d'une part, le quinquina, élevant toutes les puissances vitales, peut bien donner à la circulation une activité qui trouble et dissipe les gaz destinés à devenir de la graisse; et, d'autre part, il est prouvé qu'il y a dans le quinquina une partie de tannin qui peut

tSS MÉDITATION XXU. TRAITEMENT DE TOBÉSITÉ.

fermer les capsules destinées , dans les cas ordinaires , à recevoir des congestions graisseuses. Il est même probable que ces deux efFels concourent et se renforcent Tun l'autre.

C'est d'après ces données , dont chacun peut apprécier la justesse, que je crois pouvoir conseiller l'usage du quinquina à tous ceux qui désirent se débarrasser d'un embonpoint devenu incommode. Ainsi, dummodo annuerint in omni medicationû génère docti»^ êimi Facultatiê professores, je pense qu'après le premier mois d'un régime approprié, celui ou celle qui désire se dégraisser fera bien de prendre pendant un mois, de deux jours l'un, à sept heures du malin, deux heures avant le déjeuner, un verre de vin blanc sec, dans lequel on aura délayé environ une cuillerée à café de bon quinquina rouge, et qu'on en éprouvera de bons effels. Tels sont les moyens que je propose pour combattre une incommodité aussi fâcheuse que commune. Je les ai accommodés à la faiblesse humaine, modifiée par l'état de société dans lequel nous vivons.

Je me suis pour cela appuyé sur cette vérité expérimentale que, plus un régime est rigoureux, moins il produit d'effet, parce qu'on le suit mal ou qu'on ne le suit pas du tout.

Les grands efforts sont rares; et si on veut être suivi, il ne faut proposer aux hommes que ce qui leur est facile, et même, quand on le peut, ce qui leur est agréable.

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Be la MXaiQxttiv.

DéBnlilon.

A maigreur est l'état d'un individu dont la chair musculaire, n* étant pas renflée par la graisse, laisse apercevoir les formes et les angles de la charpente

lOsseuse.

Bspèec*.

Il y a deux sortes de maigreur : la première est celle qui , étant le résultat de la disposition primitive du corps , est accompagnée de la santé et de l'exercice complet de toutes les fonctions organiques ; la seconde est celle qui , ayant pour cause la faiblesse de certains organes où Faction défectueuse de quelques autres, donne à celui qui en est atteint 'une apparence misérable] et chétive. Tai connu une jeune femme de taille moyenne qui ne pesait que soixante-cinq livres.

Effetfl de la maigreur.

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