L'OMELETTE DU CURÉ
une question que madame R*** s*étaitbien gardée de faire: c C'est c une omelette au thon , dit-il ; ma cuisinière les entend à mer- • veille, et peu de gens y goûtent sans m'en faire compliment. — t Je n'en suis pas étonnée , répondit l'habitante de la Chausséei d* Antin; et jamais omelette si appétissante ne parut sur nos tables € mondaines. »
La salade survint. (J'en recommande l'usage à tous ceux qui ont confiance en moi , la salade rafraîchit sans affaiblir , et conforte sans irriter : j'ai coutume de dire qu'elle rajeunit. )
Le diner n'interrompit pas la conversation. On causa de l'affaire qui avait occasionné la visite , de la guerre qui faisait alors rage , des affaires du temps, des espérances de l'Église, et autres propos de table qui font passer un mauvais diner et en embellisent un bon.
Le dessert vint en son lieu ; il consistait en un fromage de Septmoncel, trois pommes de calville et un pot de confitures.
Enfin « la bonne approcha une petite table ronde, telle qu'on en avait autrefois et qu'on nommait guéridon , sur laquelle elle posa une tasse de moka bien limpide, bien chaud, et dont l'arôme remplit l'appartement.
Après l'avoir siroté ( siped ) , le curé dit ses grâces et ajouta en se levant : < Je ne prends jamais de liqueurs fortes ; c'est un super-
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c flu qu8 j'oflfre toujours à mes convives , mais doilt je ne Tais au- < cun usage personnel. Je me réserve ainsi un secours polir l'eicc tréme vieillesse , si Dieu me fait la grâce d'y pnrvenir. >
Pendant que ces choses se passaient, le temps avait couru, six heures arrivaient s madame R^** se hAta donc de remonter en voiture , car elle avait ce jour-ià àdiner quelques amis dont je faisais partie. Elle arriva tard, suivant sa coutume; mais enfin elle arriva» encore tout émue de ce qu'elle avait vu et flairé.
Il ne fut question , pendant tout le repas , que du menu du curé et surtout de son omelette au thon.
Madame R*** eut soin de la louer sous les divers rapports de la taille , de la rondeur , de la tournure , et toutes ses données étant certaines , il fut unanirDement conclu qu'elle devait être excellente. C'était une véritable équation sensuelle que chacun fit à sa manière.
Le sujet de la conversation épuisé , on passa à d'autres et on n'y pensa plus. Quant à moi « propagateur de vérités utiles , je crus devoir tirer de l'obscurité Une préparation que je crois aussi saine qu'agréable. Je chargeai mon mattre-queux de s'en procurer la recette avec les détails les plus minutieux , et je la donne d'autant plus volontiers aux amateurs que je ne l'ai trouvée dans aucun dispensaire.
Pré|ifiratt«n de l'«iiielctte au Ui^n.
REWE2, pour six personnes, deux laitances de carpes ^^liien lavées que vous ferez blanchir, en les plongeant I pondant cinq minutes dans l'eau déjà bouillante et légèrement salée.
Ayez pareillement grog comme un œuf de poule de thon nouveau, auquel vous joindrez une petite échatotte déjà coupée en atomes.
Hachez ensemble les laitances et le thon , de itiatiière à les bien mêler , et jetez le tout dans une casserolle avec un morceau suffisant de très bon beurre, pour l'y sauter jusqu'à ce que le beurre soit fondu. C'est là ce qui constitue la spécialité de l'omelette.