‹ Physiologie du goût (volume 3)Chapitre 72 sur 109 · LES ABLUTIONS · texte numérisé non relu

LES ABLUTIONS

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Cr0 2lblution0.

'ai écrit que le vomitoire des Romains répugnait à }i la délicatesse de nos mœurs ; j'ai peur d'avoir en cela I commis une imprudence et d'être obligé de chanter

^^la palinodie.

Je m'explique*.

Il y a à peu près quarante ans que quelques personnes de la haute société, presque toujours des dames, avaient coutume de se rincer la bouche après le repas.

A cet effet, au moment où elles quittaient la table, elles tournaient le dos à la compagnie ; un laquais leur présentait un verre d'eau ; elles en prenaient une gorgée qu elles rejetaient bien vite dans la soucoupe; le valet emportait le tout; et l'opération était à peu près inaperçue de la manière dont elle se faisait. Nous avons changé tout cela.

Dans la maison où l'on se pique des plus beaux usages , des domestiques» vers la lin du dessert» distribuent aux convives des

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bowls pleins d'eau froide , au milieu desquels se trouve un gobelet d'eau chaude. Là , en présence les uns des autres , on plonge les doigts dans l'eau froide , pour avoir Tair de les laver, et on avale l'eau chaude , dont on se gargarise avec bruit » et qu'on vomit dans le gobelet ou dans le bowl.

Je ne suis pas le seul qui se soit élevé contrecette innovation » également inutile , indécente qt dégoûtante.

Inutile ; car chez tous ceux qui savent manger , la bouche est propre à la fin du repas ; elle s'est nettoyée soit par le fruit , soii par les derniers verres qu'on a coutume de boire au dessert. Quant aux mains on ne doit pas s'en servir.de manière à les salir ; ^( d'ailleurs chacun n'a-MI pas une serviette pour les essuyer ?

Indécef^te\ car il est de principe généralement reconnu qu« toute ablution doit se cacher dans le secret de la toilette.

Innovation dégoûtante surtout ; CJtr la bouche la plus jolie et la plus fraiphe perd tous ses charmes quand elle usurpe les fonctions i|es organes évacuateurs : que sera-ce donc si cette bouche n'est ni jolie ni fraîche? Mais que dire de ces échançrures énormes qui s*évident pour muptrer des abîmes qu'on croirait sans fond , si on n'y découvrait des pics uniformes que le temps a corrodés? Proh pudorl

Telle est la position ridicule où nous a placés une affectation de propreté prétentieuse qui n'est ni dans nos goûts ni dans nos mœurs.

Quand on a une fois passé qprtaines limites , on ne sait plus où l'on s'arrêtera , et je ne puis dire quelle purification on ne nous imposera pas.

Depuis l'apparition officielle de ces bowls innovés, je me désole jour et nuit. Nouveau Jérémie , je déplore les aberrations de la mode, et, trop instruit par mes voyages , je n'entre plus dans un salon sans trembler d'y rencontrer l'abominable chamberpot (I).

(1) On sait qu'il existe ou qu'il existait il y a peu d'années, en Angleterre, des salles à manger où Ton pouvait fcûre son petit tour sans sortir de rapparteiD**nt : facilité étrange, mais qui avait un peu moins d'inconvénients dans un pays où les dames se retirent aussitôt que les hommes commencent à boire duTio.

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