MYSTIFICATION ET DÉFAITE. 3S
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L y a quelques années que les journaux nous annoncèrent la découverte d'un nouveau parfum , celui de Yhémérocalliê, plante bulbeuse qui a effectivement une odeur fort agréable, ressemblant assez kà celle du jasmin.
Je suis fort curieux et passablement musard, et ces deux causes combinées me poussèrent jusqu'au faubourg Saint-Germain, où je devais trouver le parfum, charme des narines , comme disent les Turcs,
Là je reçus l'accueil dû à un amateur, et on tira pour moi du tabernacle d'une pharmacie très bien garnie une petite boite bien enveloppée , et paraissant contenir deux onces de la précieuse cristallisation : politesse que je reconnus par le délaissement de trois francs, suivant les règles de compensation dont M. Azaïs agrandit chaque jour la sphère et les principes.
Un étourdi aurait sur-le-champ déployé, ouvert, flairé et dégusté. Un professeur agit différemment : je pensai qu'en pareil cas le retirenoent était indiqué; je me rendis donc chez moi au pas officiel ; et bientôt calé dans mon sofa , je me préparai à éprouver une sensation nouvelle.
Je tirai de ma poche la boite odorante, et la débarrassai des langes dans lesquels elle était encore enveloppée ; c'étaient trois imprimés différents, tous relatifs à rhémérocallis, à son histoire naturelle, à sa culture, à sa fleur, et aux jouissances distinguées qu'on pouvait tirer de son parfum, soit qu'il fût concentré dans des pastilles, soit qu'il fût mêlé a des préparations d'oRice, soit enfin qu'il parût sur nos tables , dissous dans des liqueurs alcooliques ou mêlé à des crèmes glac>ées. Je lus attentivement les trois imprimés accessoires : 1^ pour m'indemniser d'autant de la
compensation dont j'ai parlé plus haut ; 2® pour me préparer convenablement à l'appréciation du nouveau trésor extrait du règne végétal.
J'ouvris donc » avec due révérence » la boite que je supposais pleine de pastilles. Mais, 6 surprise! ô douleur! j'y trouvai , en premier ordre, un second exemplaire des trois imprimés que je venais de dévorei-, et, seulement comme aocessbires, environ deux douzaines de ces trochisques dont la conquête rii'avait fait faire le voyage du noble faubourg.
Avant tout, je dégustai; et je dois rendre hotflmage à la vérité en disant que je trouvai ces pastilles fort agréables; mais je n'en regrettai que plus fbrt que, contre l'apparence extérieure , elles fussent en si petit nombre, et véritablement plus j'y pensais, plus je me croyais mystiGé.
Je me levai donc avec l'intention de reporter la botte à son auteur, dût-il en retenir le prix ; mais & ce mouvement , une glace itîe montra mes cheveux gris ; je me moquai de ma vivacité, et me rasëis, rancune tenante : on voit qu'elle a duré longtemps.
D'ailleurs une considération particulière me retint : il s'agissait d'un pharmacien, et il n'y avait pas quatre jou«*s que j'avais été témoin de l'extrême imperturbabilité des membres de ce collée respectable.
C'est encore une anecdote qu'il fatit que mes lecteurs .connaissent. Je suis aujourd'hui (17 juin 182K) en train de conter. Dieu veuille que ce ne soit pas une calamité publique !
Or donc, j'allai un matin faire une visite au général Bouvier des Eclats , mon ami et mon compatriote.
Je le trouvai parcourant son appartement d'un air agité, et froissant dans ses mains un écrit que je pris pour une pièce de vers.
c Prenez , dit^il en me le présentant , et dites-moi votre avis ; c vous Vous y connaissez. >
Je reçus le papier, et, l'ayant parcouru, je fus fort étonné de voir que c'était une note de médicaments fournis : de sorte que ce
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n'étpit point en ma qualité de poète que j* étais requis, mais comme
pharmaconome.
f Ma foi , mon ami, lui dis-jeen lui rendant sa propriété, vous c connaissez l'habitude de la corporation que vous avez mise en • œuvre; les limites ont bien été peut-êtr^ un peu outre-passées ;
< mais pourquoi avez-vous un habit brodé , trois ordres , un cha-
< peau à graines d'épip^rds? Voilà trois circonstances aggravanc tes, et vous vous en tirerez mal. — Taisez-vous donc, me ditc il avec humeur, cet ^tat est épouvantable, iu reste , vous allez c voir mon écorcheur, je Tai fait appeler; il va venir, et vous me f soutiendrez. >
n parlait encore quand la porte s'ouvrit , et nous vîmes entrer un homme d'environ cinquante*cinq ans , vê|u avec soin ; il avait la taille haute , la démarche grave , et toute sa physionomie aurait eu une teinte uniforme de sévérité , si le rapport de sa bouche à ses yeux n'y avait pas introduit quelque chose de sardonique.
U s'approcha de la chefpinée , refusa de s'asseoir, et je fus témoin auditeur du dialogue suivant , que j'ai fidèlement retenu :
Lb Généivil. — Monsieur, la note que vous m'avez envoyée est un véritable compte d'apothicaire, et....
L' HOMME NOiB. — Mousicur, je ne suis point apothicaire.
Le Général. — Et qu'étes-vous donc. Monsieur?
L'Homme noir. — Monsieur, je suis pharmacien.
Le Général. — Eh bien , monsieur le pharmacien, votre garçon a dû vous dire....
L'Homme noir. — Monsieur, je n'ai point de garçon.
Le Général. — Qu'était donc ce jeune homme?
L'Homme noir. — Monsieur, c'est un élève.
Le Général. -—Je voulais donc vous dire. Monsieur, que vos drogues...
L'Homme noir. — Monsieur, je ne vends point de drogues...
Le Général. — Que vendez- vous donc. Monsieur?
L'Houms noir. — Monsieur, je vends des médicaments.
Là finit la discussion. Le général, honteui: d'avoir feit tant de eolécisaies et d'être si peu avancé dans la oonnaissaoce de la
langue pharmaceutique , se troubla , oublia ce qu*il avait à dire, et paya tout ce qu'on voulut.
€t put lr'2lnduilU.
L existait à Paris ,. rue delà ChausséeHrAiitin , un particulier nommé Briguet, qui, ayant d*abord été cocher, puis marchand de chevaux , avait fini par faire une petite fortune.
Il était né à Talissieu ; et ayant résolu de s'y ^ ^retirer, il épousa une rentière qui avait autrefois
^^^\ ^ été cuisinière chez mademoiselle Thevenin , que tout Paris a connue par son surnom d*Aê de pique. L'occasion se présenta d*acquérir un petit domaine dans son