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,N vint dire un jour à monseigneur Courtois de Quitlcey , évéque deBelley , qu une asperge d'une gros- Tseur merveilleuse pointait dans un des carrés de son jardin potager.
À Tinstant , toute la société se transporta sur les lieux pour vérifier le fait ; car dans les palais épiscopaux aussi , on est charmé d's^voir quelque chose à faire.
La nouvelle ne se trouva ni fausse ni exagérée. La plante avait percé la terre, et paraissait déjà au-dessus du sol ; la tète en était arrondie , vernissée, diaprée « et promettait une colonne plus que de pleine main.
On se récria sur ce phénomène d'horticulture : on convint qu'à monseigneur seul appartenait le droit de le séparer de sa racine , et le coutelier voisin fut chargé de faire immédiatement un couteau approprié à cette haute fonction.
Pendant les jours suivants , l'asperge ne fit que croître en grâce et en beauté ; sa marche était lente , mais continue , et bientôt oh commença à apercevoir la partie blanche où finit la propriété esculente de ce légume.
Le temps de la moisson ainsi indiqué , on s*y prépara par im bon diner , et on ajourna l'opération au retour de la promenade.
Alors monseigneur s'avança armé du couteau officiel, se baissa avec gravité, et s'occupa à séparer de sa tige le végétal orgueilleux , tandis que toute la cour épiscopale marquait quelque impatience d'en examiner les fibres et la contexture.
Mais , 6 surprise ! 6 désappointement ! ô douleur ! le prélat se releva les mains vides... L'asperge était de bois.
Cette plaisanterie, peut-être un peu forte, était du chanoine
Rosset, qui, né à Saint-Claude, tournait à merveille et peignait fort agréablement.
Il avait conditionné de tout point la fausse plante , l'avait enfoncée en cachelte , et la soulevait un peu chaque jour pour imiter la croissance naturelle.
Monseigneur ne savait pas trop de quelle manière il devait prendre cette mystification (car c'en était bien une); mais voyant déjà l'hilarité se peindre sur la figure des assistants , il sourit ; et ce sourire fut suivi de l'explosion générale d'un rire véritablement homérique : on emporta donc le corps du délit, sans s'occuper du délinquant; et pour cette soirée du moins, la statue-asperge fut admise aux honneurs du salon.
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Ce pii'0f.
E chevalier de Langeac avait une assez belle fortune qui s'était écoulée parles exutoires obligés qui environnent tout homme qui est riche , jeune et beau garçon.
11 en avait rassemblé les débris, et au moyen d'une petite pension qu'il recevait du gouvernement, il avait à Lyon une existence agréable dans la meilleui*e société , car l'expérience lui avait donné de l'ordre.
Quoique toujours galant, il s'était cependant retiré de fait du service des •lames , il se plaisiiil encore à faire leur partie à tous les jeux de
LE PltdB.
commerce , qù*il jouait é^lement bien ; mais il défendait ooDtré elles son argent ^ avec le sang-froid qui caractérise ceux qui ont re^ nonoé à leurs bontés.
La gourmandise s'était enrichie de la perte de ses autres pen» chants ; on peut dire qu'il en faisait profession ; et comme il était d'ailleurs fort aimable , il recevait tant d'invitations qu'il ne pou^ Tait y su(Bt*e.
Lyon est une ville de bonne chère ; sa position y fait abonder avec une égale facilité les vins de Bordeaux, ceux de l'Ermitage et ceux de Bourgogne; le gibier des coteaux voisins est excellent ; on tire des lacs de Genève et du Bourget les meilleurs poissons du monde, et les amateurs se pâment à la vue des poulardes de Bresse dont cette ville est l'entrepôt.
Le chevalier dé Langeac avait donc sa place marquée aux meil-
leures tables de la ville ; mais celle où il se plaisait spécialement
était odle de M. k***^ banquier fort riche et amateur distingué. Le chevalier mettait cette préférence sur le compte de la liaison qu'ils avaient contractée en faisant ensemble leurs études. Les malins (car il y en a partout) Tattribuaient à ce que H. À*** avait pour cuisinier le meilleur élève de Ramier , traiteur habile qui florissait dans ces temps reculés.
Quoi qu'il en soit, vers la fin de l'hiver de 1780, le chevalier de Langeac reçut un billet par lequel M. A^*^ l'invitait à souper à dix jours de là ( car on soupait alors) , et mes mémoires secrets assurent qu'il tressaillit de joie en pensant qu'une citation à si longs jours indiquait une séance solennelle et une festivité de premier ordre.
Il se rendit au jour et à l'heure fixés, et trouva les convives rassemblés au nomble de dix, tous amis de la joie et de la bonne chère ; le mot gastronome n'avait pas encore été tiré du grec, ou du moins n'était pas usuel comme aujourd'hui.
Bientôt un repas substantiel leur fut servi ; on y voyait entr'autres un énorme aloyau dans son jus, une fricassée de poulet bien garnie, une tranche de veau de la plus belle apparence , et une très belle carpe fai*cie.
Tout cela était beau et bon, mais ne répondait pas, aux yeux du chevalier, à l'espoir qu'il avait conçu d'après une invitation ultrà-décadaire.
Une autre singularité le frappait ; les convives, tous gens de bon appétit, ou ne mangeaient pas, ou ne mangeaient que du bout des lèvres ; l'un avait la migraine, l'autre se sentait un frisson, un troisième avait dîné tard, ainsi des autres. Le chevalier s'étonnait du hasard qui avait accumulé sur cette soirée des dispositions aussi anticonviales, attaquait hardiment, tranchait avait précision, et mettait en action un grand pouvoir d'inlussusception.
Le second service ne fut pas assis sur des bases moins solides; un énorme dindon de Crémieu faisait face à un très beau brochet au bleu, le tout flanqué de six entremets obligés (salade non coroprise)« parmi lesquels se distinguait un ample macaroni au par* mesan.