‹ Physiologie du goût (volume 3)Chapitre 81 sur 109 · INDUSTRIE 6ASTB0N0M1QUE. MS · texte numérisé non relu

INDUSTRIE 6ASTB0N0M1QUE. MS

n avait eu le temps de songer à la besogne qu'il avait à Taire } il eut donc le bonheur de réussir encore , et reçut , pour cette fois » une gratification telle quil n'eût pas pu la refuser sans se nuire.

Les premiers jeunes gens pour qui il avait opéré avaient, comme on peut le présumer, vanté jusqu'à l'exagération le mérite de la salade qu il avait assaisonnée pour eux. La seconde compagnie fit encore plus de bruit, de sorte que la réputation de d*Àlbignac s'étendit promptement : on le désigna sous la qualification de foê* kionable salat-tnaker ; et dans ce pays avide de nouveautés, tout ce qu'il y avait de plus élégant dans la capitale des trois royaumes se mourait pour une salade de la façon du gentleman français t Idie for itf c est l'expression consacrée.

Désir de nonne est un feu qui dévoré , Désir à^ Anglaise est cent fois pire encore.

D'Âlbignac profita en homme d'esprit de l'engouement dont il était l'objet ; bientôt il eut un carrik pour se transporter plus vite dans les divers endroits où il était appelé , et un domestique portant, dans un nécessaire d'acajou, tous les ingrédients dont il avait enrichi son répertoire, tels que des vinaigres à différents parfums, des huiles avec ou sans goût de fruit, du soy, du caviar, des truffes, des anchois, du calchup, du jus de viandes, et même des jaunes d'œufs, qui sont le caractère distinctif de la mayonnaise.

Plus tard, il fit fabriquer des nécessaires pareils, qu'il garnit complètement, et qu'il vendit par centaines.

Enfin, en suivant avec exactitude et sagesse sa ligne d'opération^ il vint à bout de réaliser une fortune de plus de 80,000 fr. qu'il transporta en France quand les temps furent devenus meilleurs.

Rentré dans sa patrie, il ne s'amusa point à briller sur le pavé de Paris ; mais il s'occupa de son avenir. Il plaça 60,000 fr. dans les fonds publics, qui pour lors étaient à cinquante pour cent, et acheta pour 20,000 fr. une petite gentilhommière située en Limousin, ou probablement il vil encore» content et heureux, puisqu'il sait bor^ ner ses désirs.

Ces détails me furent donnés dans le temps par un de mes amis qui avait connu d' Albignac à Londres et qui l'avait tout nouvellement rencontré lors de son passage à Paris.

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£nl79i, nous étions en Suisse, M. Rostaing (1) et moi, mon-

(1) M. le baron Rostaing, mon parent et mon ami , auJourd*hui intendant militaire à Lyon. C*est un administrateur de première force. 11 a dans ses cartons un système de comptabilité militaire tellement clair, quUl faudra bien qu'on y vienne.

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