EFFETS D*UN DINER CLASSIQUE
zette; on montra aux dames une chambre au premier (up stairs), et on offrit aux suivantes des verres et une carafe d'eau bien claire. Mais les six Trancs obligés ne furent reçus qu'en rechignant , et comme une mesquine compensation pour l'embarras causé et pour les espérances déçues.
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c Hélâs! que je suis à plaindre! disait d'une voix élégiaqueun « gastronome de la cour royale de la Seine. Espérant retourner « bientôt à ma terre , j'y ai laissé mon cuisinier : les affaires me
< retiennent à Paris , et je suis abandonné aux soins d'une bonne « officieuse dont les préparations m'affadissent le cœur. Ma femme
• se contente de tout, mes enfants n'y connaissent encore rien:
• bouilli peu cuit , rôli brûlé , je péris à la fois par la broche et par c la marmitte , hélas ! >
Il parlait ainsi, en traversant d'un pas douloureux la place Dauphine. Heureusement pour la chose publique, le professeur entendit de si justes plaintes , et dans le plaignant reconnut un ami. • Vous ne mourrez pas mon cher, dit-il d'un ton affectueux c au magistrat martyr; non « vous ne mourrez pas d'un mal dont
< je puis vous offrir le remède. Veuillez accepter pour demain un « dîner classique , en petit comité : après dîner une partie de pic quet que nous arrangerons de manière à ce que tout le monde
< s'amuse; et comme les autres, cette soirée se précipitera dans c l'abime du passé. •
L'invitation fut acceptée ; le mystère s'accomplit suivant les coutumes, rites et cérémonies voulus ; et depuis ce jour (25 juin ISâo), le professeur se trouve heureux d'avoir conservé à la cour royale un de ses plus digm s soutiens.
€ffrtô rt îrangerô îr^ liqueurs fortrs»
A soir factice dont nous avons fait mention (Méditation VIII , page 130), celle qui appelle les liqueurs fortes comme soulagement momentané , devient, avec le temps, si intense et si habituelle, que ceux qui s'y livrent ne peuvent pas passer la nuit sans boire, et sont obligés de quitter leur lit pour Tapaiser.
Cette soif devient alors une véritable maladie; et quand l'individu en est là on peut pronostiquer avec certitude qu'il ne lui reste pas deux ans à vivre.
J'ai voyagé en Hollande avec un riche commerçant de Dantzick qui tenait , depuis cinquante ans , la première maison de détail en eaux-de-vie.
é Monsieur , me disait ce patriarche , on ne se doute pas en • France de l'importance du commerce que nous faisons , de père < en fils , depuis plus d'un siècle. J'ai observé avec attention les c ouvriers qui viennent chez moi ; et quand ils s'abandonnent c sans réserve au penchant , trop commun chez les Allemands , c pour les liqueurs fortes , ils arrivent à leur fin tous à peu près c de la même manière.
« D'abord ils ne prennent qu'un petit verre d'eau-de-vie le mac tin , et cette quantité leur suffît pendant plusieurs années ( au i surplus , ce régime est commun à tous les ouvriers, et celui qui c ne prendrait pas son petit verre serait honni par tous les cama- « rades ) ; ensuite ils doublent la dose, c'est-à-dire qu'ils en prenc nent un petit verre le matin et autant vers le midi. Us restent à c ce taux environ deux ou trois ans ; puis ils en boivent régulièc rëment le matin, à midi et le soir. Bientôt i's en viennent prendre c à toute heure , et n'en veulent plus que de celle dans laquelle c on a fait infuser du girofle ; aussi , lorsqu'ils en sont là , il y a