‹ Physiologie du goût (volume 3)Chapitre 91 sur 109 · LES BERNARDINS. S · texte numérisé non relu

LES BERNARDINS. S

On y voyait encore diverses espèces de fruits , des assiettes , des serviettes, des couteaux « et de Fargenterie dans des corbeilles ; et au bout de la table , des Trères lais et des domestiques préls à servir» quoique étonnés de se voir levés si matin.

En un coin du réfectoire, on voyait une pile de plus de cent bouteilles , continuellement arrogée par une fontaine naturelle , qui s'échappait en murmurant Evohe Baeche: et si Tarome du moka ne chatouillait pas nos narines , c'est que dans ces temps héroïques on ne prenait pas encore de café si matin.

Le révérend cellérier jouit quelque temps de notre étonnement; après quoi il nous adressa Tallocution suivante, que, dans notre sagesse , nous jugeâmes avoir été préparée :

c Messieurs, dit-il, je voudrais pouvoir vous tenir compagnie, « mais je n*ai pas encore dit ma messe , et c est aujourd'hui jour ff de grand office. Je devrais vous inviter à manger; mais votre c âge , le voyage et l'air vif de nos montagnes doivent m'en disc penser. Acceptez avec plaisir ce que nous vous offrons de bon c cœur; je vous quitte et vais chanter matines. »

A ces mots, il disparut.

Ce fut alors le moment d'agir; et nous attaquâmes avec l'énergie que supposaient en effet les trois circonstances aggravantes si bien indiquées par le cellérier. Mais que pouvaient de faibles enfants d'Adam contre un repas qui paraissait préparé pour les habitants de Sirius ! nos eflorts furent impuissants; quoique ultrarepus , nous n'avions laissé de notre passage que des traces imperceptibles.

Ainsi, bien munis jusqu'au dîner, on se dispersa; et j'allai me tapir dans un bon lit, où je dormis en attendant la messe, semblable au héros de Rocroy et à d'autres encore , qui ont dormi jusqu'au moment de commencer la bataille.

Je his réveillé par un robuste frère , qui faillit m'arracher le bras , et je courus à l'église , où je trouvai tout le monde à son poste.

Nous exécutâmes une symphonie à l'oflfortoire ; on chanta un

|QP VARIÉTÉ».

ntQtetà râlévation* et oq finit pfir ufi quatuor d'iostmiueiits à vapt- Et malgré ]e$ ipauvai^es pisligaqtpries contre )a musique d'amateurs , le respect que je dois à la vérité fp'ol^lige d'assuref que nous nous en tirâmes fort biep.

Je remarque à cette occasion que toiis ceux qui 'ne sopt jamais contents de rien , sont presque to^jou^s des ignorants qui ne traa* pl^ept hardiment que p^rce qu'ils e^p^r^nl que leur audace pourra leur feire supposer des counaissantses qu'ils n'OQt p^ eu le cqut rage d'acquérir.

Nous reçftmes avec bénignité les élpgçs quon ne manqua pas de nous prodiguer en cette occasiop » et , après avpif reçu les ro? merciments de Tabbé, pous allâmes nous paettre à table.

Le dîner fut servi dans le goût du quinzième siècle ; peu d'entremets , peu do superfluités ; mais up excellept choix de viandes^ des ragoûts simples , substantiels , une bonne cuisine « une cuissop parfaite et surtout des légumes d'une sayeur inconnue dans les marais , empêchaient de désirer ce qu'on ne voypit pas.

On jugera, au surplus de l'abondance qpi régnait en ce bon lieu , quand on saura que le second service offrit jus(|u'à quatorze plats de rôt.

Le dessert fut d'autant plus remarquable qu*il était composé en partie de fhiits qui ne croissent point à cette hauteur, et qu'on avait apportés du pays bas ; car on avait mis à contribution les jardins de Machuraz , la Morflent , et autres endroits favorisés de Tastre père de la chaleur.

Les liqueurs ne manquèrent pas; mais le café mérite une mention particulière.

]1 était limpide , parfumé , chaud à merveille ; mais surtout il n'était pas servi dans ces vases dégénérés qu'on ose appeler tasses sur les rives de la Seine « mais dans de beaux et profonds bo^ls où se plongeaient à souhait les lèvres épaisses des révérends , qui en aspiraient le liquide vivifiant avec un bruit qui aurait fait honneur à des cachalots avant Torage.

Après dîner, nous allâmes à vêpres , et nous y exécutftnes , entre les psaumes» des antiphooes que j'avais oompoaés eiprès.

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