‹ Physiologie du goût (volume 3)Chapitre 95 sur 109 · BONHEUR EN VOYAGE · texte numérisé non relu

BONHEUR EN VOYAGE

Après souper elle envoya chercher ses cahiers ; elle chanta , je chantai , nous chanlâmes ; jamais je n'y mis plus de zèle, jamais je n*y eus plus de plaisir. M. Prôl avait déjà parlé plusieurs fois de se retirer qu'elle n'en avait pas tenu compte, et nous sonnions comme deux trompettes le duo delà Fausse Magie,

Vont souvient-il de oatte fête»

quand il fit entendre l'ordre du départ*

11 fallut bien finir; mais au moment où nous nous quittâmes, madame Prôt me dit : c Citoyen , quand on cultive comme vous c les beaux-arts , on ne trahit pas son pays. Je sais que vous de- « mandez quelque chose à mon mari : vous l*aurez ; c^est moi qui « vous le promets. »

A ce discours consolant\ je lui baisai la main du plus chaud de mon cœur; et effectivement dès le lendemain matin je reçus mon sauf-conduit bien signé et magnifiquement cacheté.

Ainsi fut rempli le but de mon voyage. Je revins chez moi la tête haute; et grâce à Tharmonie, cette aimable fille du Ciel, mon ascension fut retardée d'un bon nombre d'années.

SM ViRIÉTÉS.

portique.

Nul ta placere diu, nec vivere carmina possunt, Quie 8CI ibuntur aqu» potorilras. Ut maie sanos Adscripsit Liber Satyris Fauuisquepoetas, Yina fere dulces oluenint mane GamœniB.

Laudibus arguitur Tini vinosus Homenis ; Ennius ipee pater nunquam, nisi potus, ad arma Proeilnit dicenda : « Forum' putealqtie Libonts « Mandabo siocis; adimam eau tare seTeris. » Hoc 8imul edixit, Don ceesavere poetœ Noctumo certare mero , dotare diumo.

HoRAT. Epirt, 1, 19.

Si j'avais eu assez de temps j'aurais fait un choix raisonné de poésies gastronomiques depuis les Grecs et les Latins jusqu'à nos jours , et je l'aurais divisé par époques historiques , pour montrer Talliance intime qui a toujours existé entre Tart de bien dire et Tart de bien manger.

Ce que je n'ai pas bit, un autre le fera (1). Nous verrons comment la table a toujours donné le ton à la lyre» et on aura une preuve additionnelle deVinfluence du physique sur le moraU

Jusque vers le milieu du dix-huitième siècle , les poésies de ce genre ont eu surtout pour objet de célébrer Bacchus et ses dons , parce qu'alors boire du vin et en boire beaucoup était le plus haut degré d*exaltation gustuelle auquel on eût pu parvenir. Cependant, pour rompre la monotonie et agrandir la carrière , on y associai! TAmour , association dont . il n*est pas certain que l'amour se trouve bien.

La découverte du nouveau monde et les acquisitions qui en ont été la suite ont amené un nouvel ordre de choses.

(1) Voilà, si je ne me trompe, le troisième ouvrage que je délègue aux travalUeurs: !• Mon<»graphie de TObésité ; S» Traita tbéorique et pratique des Haltm de chane ; S* Recueil chronologique de Poésies gastronomiques.

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