CHAPITRE XVI
Le faux Lion.
llangërezi vous parmi les disciples Y(V^fffj libertins et )>,’ superbes de j lord Byron ,
\ malgré ses 1 inclinations ^idylliques , naïves vertus, l’êe paisible n passe j ourlées à cultiver des :lleiirs, ornement parfumé de sa boutonnière?
Ne serait-ce pas également profaner ce titre
que d’en décorer le philosophe en gants jaunes qui regarde avec un flegme stoïque les plaisirs que la mode lui impose; et ce faux lord économe , qui calcule ses folies , fréquente la caisse d’épargne, arrondit avec amour sa fortune, se pose en un mot jambe d’ici, jambe de là sur l’abîme qui sépare le dandy de l’épicier ?
Où trouver dans ces types mesquins l’insoucieuse prodigalité du vrai lion, et son amour immodéré du luxe et des jouissances de la vie ?
Mais près du roi de la mode se traîne une physionomie plus pâle encore, celle du lion nécessiteux. Les administrations regorgent de ces surnuméraires magnifiques, de ces marquis à quinze cents francs d’appointemens. Ilien ne les distingue au dehors des élégans qu’ils fréquentent. Mais que leur extérieur fringant cache de tristes réalités! que de soins ils prodiguent à leur habit ! de quelles précautions ils entourent leur chapeau, marqué au chiffre brillant de Bandoni ! Fouillez dans leur poche, et vous y découvrirez l'échantillon d’indigo qu’ils colportent, l’exploit qu’ils vont signifier, les rôles à deux sous qu’ils
copieront la nuit après avoir fait l’œil aux héritières en landau. Nul ne sait par quel degré de latitude ilshabitent. On répare toujours leur appartement. Ils mangent dans des restaurait s honteux, et quand ils ont accompli, pour 19 sous, leur festin de Balthazar, ils arpentent le boulevard le cure-dent à la bouche, afin de prouver aux passans qu’ils ont dîné.
Ce sont eux que vous voyez sur les chaises placées devant le café de Paris , inonder le
boulevard de la fumée des cigares de régie , qu’ils fument jusqu’à extinction.
Accostez-les , iis vous diront qu’ils reviennent du bois; ils vous raconteront mille nouvelles intéressantes ; combien de piqueurs avait lord Seymour; quel attelage conduisait la voiture de madame Aguado! Ils n’ont pas deux paires de bottes pour aller commodément à pied, mais ils savent qu’une révolution se prépare dans les harnais et que bientôt les cuivres ne seront plus portés.
La chronique scandaleuse de l’Opéra et du café de Paris n’a pas de colporteur plus actif que le faux lion. On dirait même qu’il a écouté aux portes des boudoirs du faubourg et exploré quelque peu les raouts de la Chaussée- d’Antin. Ses narrations sont brillantées d’une multitude de noms célèbres de l’aristocratie, des arts, de la littérature. Il vous di- 1 rait au juste combien de mille louis le monde j des courtisanes absorbe à celui des grands seigneurs et des financiers ; et ce don J uan suj perbe se trouve heureux de filer l’amour plaj tonique avec une femme de chambre au détour d’un escalier.
Quel supplice pourtant qu’une pareille existence ! Voir tourbillonner le monde autour de soi, ivre de joie, couronné de fleurs, pal-
pilant de désirs et d'orgies ; vouloir se mêler à cette ronde infernale qui l’emporte, et sentir toujours, toujours, la main do la misère qui vous repousse; ne parler que chasses, débauches , toilettes, équipages, quand on a faim, quand on a froid, quand on souffre, quand on n'a pas même dans sa mansarde le jour si doux à voir, l'air si bon à respirer! Sottes passions de l’homme !
nul ne peut rester là où Dieu le place. L’un se fait mendiant pour entasser de l’or ; l’autre, pour singer le bon-
heur, convertit en misère
son heureuse médiocrité.