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CHAPITRE XI

Le Jockey’s-Club.

C’est de tous les clul)s de Paris le plus par- : faitement aristocratique. Sans aucune couleur ! politique déterminée, le cercle des Jockeys n’a d’autre but que de réunir la fashion. Chaque parti s’v trouve représenté. Soyez I juste-milieu, légitimiste, peu importe : on vous

accepte, pourvu que vous ayez de bonnes manières, de la fortune, et que deux amis, membres de cette société éclectique, veuillent bien vous présenter.

On reçoit les candidats au scrutin secret.

Quand la majorité des voix ne s’est pas réunie pour vous exclure , vous avez le droit d’aller vous ennuyer rue Grange-Batelière depuis dix heures du matin jusqu’à deux heures après minuit.

La sévérité des membres du Jockev’s-Club en fait d’admission n’a rien qui m’étonne ; mais j’ai peine à concevoir qu’il y ait à Paris, dans un monde bien placé, un nombre suffisant d’amateurs de plum-pudding, de whist et de beefteack à l’anglaise , pour soutenir cette institution.

Qu’est-ce , en effet , qu’une réunion dont tous les plaisirs consistent à jouer, à dîner, à parler chiens , chevaux et femmes , pendant les trois cent soixante-cinq jours de l’année?

Sans que jamais une discussion, quelques nouvelles des arts, de la littérature, viennent ranimer, varier, colorer un peu ces tristes habitudes, cette conversation qui languit.

La règle défend d’agiter les questions de

dogme et de politique ; et quant aux arts, les habitués du club s’attribuent, en leur qualité de gentilshommes, le droit de s’en moquer.

Les salons de la rue Grange-Batelière ne commencent à briller de tout leur éclat que vers onze heures. Les dandys s’y réunissent au sortir de l’Opéra, quand ils n’ont pas disposé de leur nuit, soit pour un souper au cale Anglais, soit pour un bal à la Chaussée-d’Antin. La soirée commence généralement par la conversation qui suit :

— Baron, savez-vous la nouvelle?

— Quelle nouvelle ?

— Le bai-brun de ce pauvre vicomte s’est couronné.

— Tant pis pour le cheval, mais tant mieux pour le vicomte.

— Pourquoi cela ?

— Le premier ruinait l’autre. Ah çà! faisons-nous un whist?

— Mais volontiers.

— A propos , Eugène , connaissez-vous Amélie ?

— Parbleu ! La plus aimable figurante et la ligure la plus jolie de l’Opéra.

— Saint-Léon l’a prise.

— Le vieux fou. Gavez-vous à notre bouillotte ?

— Avec plaisir.

Beaucoup de jeunes gens de famille évitent l’air du Jockey ’s-Club. Quoique les salons jouissent d’une bonne expositicn , on y contracte souvent cette maladie cruelle que Rabêlais a nommée faute d’argent, et pour laquelle les médecins engagent leurs cliens h voyager quelque temps à l’étranger.

Le climat du cercle agricole passe pour beaucoup moins dangereux.

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