‹ Physiologie du mouvementChapitre 17 sur 119 · Audubon, loc.:cut., 6.1, p: Ta · texte numérisé non relu

Audubon, loc.:cut., 6.1, p: Ta

développement de certaines productions cutanées, ongles, griffes, sabots, plumes ou écailles, tels sont les caractères qui différencient le membre antérieur, en l’adaptant à la fonction qu'il doit remplir.

Quand on compare l’aile d’un oiseau au bras d’un homme, l’homologie de ces deux membres est masquée au premier abord

re

Fig. 22. — Aile disséquée d’une Poule.

par le développement énorme des plumes. Mais qu'on enlève avec la peau ces appendices qui s’y rattachent, aussitôt la ressemblance devient frappante (fig. 22).

Au xvi° siècle déjà, P. Belon traçait le parallèle des pièces osseuses d’une aile avec celles du bras de l’homme (fig. 23). La clavicule correspondait, d’après lui, à l'os coracoïdien ; lomoplate, de part et d'autre, constitue un os indépendant. Au bras l’humérus, à J’avant-bras le radius et le cubitus sont parfaitement reconnaissables. Mais le carpe de l'oiseau a subi une atrophie notable ou plutôt une fusion de ses os qui, de sept qu'ils sont chez l’homme, se réduisent à deux seulement chez l'oiseau : l’un radial, l’autre cubital. Le métatarse et les doigts sont plus modifiés encore. Le pouce est libre, souvent il est réduit à une seule phalange, c’est ce doigt qui forme l’ae bätarde, petit

bouquet de plumes qui semble doué d’une mobilité indépendante*. Les autres pièces de la main sont fusionnées en un double doigt dont les phalanges sont soudées sur une grande

NZ

Fig

g. 93. — Comparaison des squelettes d’un homme et d'un oiseau (d'après Pierre Belon). partie de leur longueur. C’est à la main qu'adhèrent les grandes pennes ou rémiges, c’est-à-dire les plumes les plus fortes, qui forment ce qu’on nomme le fouet de l'aile.

1. Frédéric Il, empereur d'Allemagne, qui fut grand fauconnier, écrivit un traité De arte venandi, où il expose longuement l'anatomie de l'oiseau. Cet auteur attache une grande importance aux ailes bâtardes (empiniones), pour infléchir à droite ou à gauche les mouvements du vol. On conçoit que si l’un de ces groupes de plumes se détache des autres et se présente contre la résistance de l'air, cela puisse ralentir le mouvement de l'aile correspondante et dévier de ce côté l’axe du vol.

Cette conception de l'extrémité de l’aile comme l’homologue d'une main dont les pièces osseuses seraient fusionnées n’a rien d'hypothétique. La paléontologie montre à chaque instant des exemples d’une pareille fusion. Dans les Solipèdes, par exemple, on peut suivre le passage du type à quatre doigts que représentait l’Orokippus, espèce disparue. jusqu'au cheval

actuel, qui n’a plus qu’un seul doigt.

Parmi les espèces volantes, l’Archéoptéryx avait trois doigts distincts ; la plupart des oiseaux n’en ont qu'un seul formé par deux phalanges soudées l’une à l’autre, mais encore reconnaissables.

En comparant les squelettes des ailes de différentes espèces d'oiseaux, on trouve de grandes inégalités dans les dimensions relatives des divers rayons du membre : bras, avant-bras et main. D'Esterno a montré qu'à longueur égale de l'humérus, les autres rayons ont des proportions très variables, ainsi qu'on le voit dans les figures 24, 25, 26.

L'un des types représentés correspond à l’Autruche, qui est incapable de voler; mais les deux autres appartiennent à d’admirables votliers, l’Albatros et la Frégate. Il doit y avoir une différence dans la manière de voler de ces deux derniers oiseaux, dont l’aile est si différemment conformée, mais aucun auteur ne l’a encore signalée.

S 86. Cavités aériennes des os. — Les os de l'aile présentent un caractère important : ils sont creux et remplis d’air, comme l’a reconnu Frédéric IT. Un trou spécial, percé au-dessous de la tôte de l’'humérus, met la cavité de cet os en rapport avec les voies respiratoires. Les chasseurs ont souvent remarqué, sur les oiseaux qui ont l’humérus brisé par un plomb, que des bulles d'air s'échappent à travers le sang de la blessure.

Cette disposition des os de l’aile a été considérée comme fort avantageuse. Galilée a montré que la forme d’un cylindre creux est celle qui répartit la matière osseuse de manière à donner le maximum de résistance avec le moindre poids. Or ce sont deux qualités également importantes pour une aile, que la force et la légèreté, à cause des grands efforts qu'elle doit supporter et

MarEey. — Vol des oiseaux. 4

“odjouu ed LE 2P 2112424 “oxqouu 484 EF‘m0 2P 2110494 “oxou avd 8ffm0 2P 2[P 24

“a 89I — ‘98 ‘SU “SOI V HOZALONT ‘yon y — ‘F6

El — << (al un [æ) (2p) (al [== — © a ea =

‘(ONU#LS,p Said p) SISUHAIG SHOHASH A XAVASIO SHA ZHH9O ATIV/T HA XAISSO SNOAVH SINAUHAIIT SHA SHAILVIHU SNOILHOdOUA

des mouvements rapides qu’elle doit accomplir : trop de masse à mouvoir eût causé des résistances d'inertie très désavantageuses".

S 37. Des articulations de l'aile; solidarité de leurs mouvements. — L'étude des articulations, de leurs formes et de l'étendue des mouvements qu’elles permettent, éclaire la fonction de l'aile.

Logée dans une cavité située à la jonction de trois os (la fourchette, l'os coracoïdien et l’omoplate), la tête de l'humérus présente une surface convexe dont la forme varie chez les différentes espèces d'oiseaux. Or, si l’on cherche dans la série des vertébrés comment la tête humérale se modifie suivant les mouvements que le membre antérieur exécute, on voit qu'il existe des relations étroites entre la forme anatomique et les caractères du mouvement. Si le membre peut se mouvoir presque également dans tous les sens, comme cela se voit sur l’homme et sur les singes, la tête de l’humérus est de forme sphérique. Une forme analogue à celle des primates s’observe aussi dans les lémuriens. Mais sur les herbivores, dont le membre antérieur, exclusivement destiné à la marche, ne fait guère qu'osciller dans un plan, la tête humérale n'offre plus de courbure que dans un sens : elle prend sensiblement la forme d'un segment de cylindre ou de poulie. Enfin, quand une surface articulaire présente des courbures inégales dans les différents sens, c’est que l'étendue des mouvements est inégale aussi : les mouvements les plus étendus répondent à la courbure du moindre rayon.

Sur la tête de l’humérus d’un oiseau à grandes ailes, d’un Héron par exemple, qui vole avec des battements de faible étendue, on trouve une surface articulaire de contour elliptique. Dans l'attitude du vol, c’est-à-dire quand l'oiseau est horizontalement couché sur l'air, le grand axe de la tête de l’humérus est vertical; le petit axe, au contraire, est dirigé d'avant en arrière. De sorte que la tête de l’humérus ayant sa

1. Toutefois, la présence de l'air dans les os ne semble pas être en rap-

port constant avec l’aptitude au vol; on trouve, en effet, des os creux et pleins d'air chez certains oiseaux qui ne volent pas.

courbure de plus grand rayon dans le sens vertical, montre que les mouvements propres du vol sont moins étendus chez le Héron que ceux qui correspondent au déploiement et au reploie-

ment des ailes. En effet, pour passer de la position de repos à

celle d’action, l'humérus, qui était accolé au corps, s'en détache et décrit un angle de près de 80°, tandis que dans le vol, entreles positions extrêmes d'élévation et d’abaissement des ailes, le déplacement angulaire de l’humérus est environ moitié moindre.

Mais chez les oiseaux dont les ailes ont peu de surface et exécutent des battements de grande amplitude, chez le Guillemot par exemple, ces organes ont à peu près la même étendue de mouvement dans tous les sens; aussi, la tête humérale estelle presque sphérique ‘.

S 38. Articulations de l'aile; solidarité de leurs mouvements. — Les articulations du coude et de la main s'ouvrent et se ferment en sens inverse l’une de l’autre: la pointe du coude fermé est tournée en arrière, celle de la main pliée est tournée en avant. Strauss-Durckheim a montré que les mouvements de ces deux articulations sont solidaires et que le coude ne peut s'ouvrir ni se fermer sans que la main s'ouvre ou se ferme pareillement. Le mécanisme qui assure cette solidarité est fort curieux : le radius et Le cubitus subissent dans les mouvements du coude un déplacement de leurs extrémités cubitales l'une par rapport à l’autre; par suite d’un glissement des deux os l'un contre l’autre, ce déplacement se transmet jusqu à leurs extrémités carpiennes et commande le mouvement de la main.

Je me suis assuré cependant, sur différentes espèces d'oiseaux, que cette disposition des os et des surfaces articulaires n’établit entre les mouvements du coude et de la main qu'une solidarité incomplète. Ainsi, la plus grande extension possible du coude ne produit pas l'extension maximum de la main; celle-

1. Ilest difficile d'affirmer que cette loi soit générale, car le nombre d'oiseaux que j'ai pu étudier à cet égard est assez restreint, mais il est probable qu’elle ne souffre pas d'exception. Pour la vérifier, il faudrait connaître le type du vol et la conformation anatomique de chaque espèce d'oiseaux.

NOTIONS SOMMAIRES DE ZOOLOGIE ET D'ANATOMIE COMPARÉE. d3

ei peut, sous l'influence de l’action musculaire, s'étendre encore d’une quinzaine de degrés.

Il est important de noter cette indépendance partielle des mouvements du coude et de la main, car elle explique certains faits que l'observation a montrés. Dans les évolutions de l’oiseau, Léonard de Vinci a signalé des cas où, l’humérus étant accolé au corps, le fouet de l'aile se déploie; un tel acte serait impossible si le coude et la main s'ouvraient ou se fermaient d’une facon entièrement solidaire.

S 39. Des muscles de l'aile d'un oiseau. — Ces muscles ont assez de ressemblance avec ceux du bras d’un homme pour que Vicqd'Azyr ait pu les décrire sous les mêmes noms. L'inspection des ligures 27 et 28 donne une idée sommaire de cette ressemblance".

Toutefois, les naturalistes éprouvent encore des difficultés pour rattacher certains muscles de l’aile de l’oiseau à leurs homologues dans le membre antérieur des autres vertébrés. Ainsi, à la partie supérieure de l'aile, se trouve un muscle volumineux dont le tendon passe au devant du coude, comme la corde d’un arc, et va s'attacher à la base du pouce. Cest le tenseur de la membrane antérieure de l'aile. Rappelant, par sa forme et par sa position, le deltoïde de l’homme, ce muscle se rattache, à d’autres égards, au grand pectoral dont il semble être une expansion.

Le muscle grand pectoral, parfaitement reconnaissable à ses insertions au sternum, à la clavicule et à l’humérus, est l’abaisseur de l'aile; son développement est énorme : à eux seuls, les deux grands pectoraux pèsent autant que tous les autres muscles du corps. Dans aucun groupe d’animaux on ne trouve un muscle pareillement développé; c'est que le grand pectoral ‘effectue presque tout le travail mécanique dépensé dans le vol. En effet, c'est dans son abaissement que l'aile frappe l'air avec force pour soutenir et propulser l'oiseau, tandis que la remontée de l’aile et ses mouvements d'extension ou de flexion n’exigent que peu d'efforts.

1. Voir Alix, Essai sur l'appareil locomoteur des oiseaux. Paris, G. Masson,

YA À ni h4 ] E J4 LE VOL DES OISEAUX. fe À 1. Grand dorsal. É 2. Faisceau trapézoïde du grand dor- 3 sal. f 3. Tendon de la membrane axillaire. si ; 4, Grand rond. .

Page 1