PRÉFACE. IX
Les difficultés qu'offre l'analyse des mouvements du vol ne sont pas d'un ordre nouveau pour le physiologiste : il en rencontre d'analogues à chaque instant, car les mouvements qui accompagnent les fonctions de la vie échappent, presque tous, à l'observation directe. Pour les saisir, il faut recourir à différents arlifices et créer des appareils aussi délicats que ceux qu'emploient Les physiciens.
On a souvent considéré la physiologie expérimentale comme basée sur l'emploi des vivisections ; c'était en restreindre singulièrement le domaine. S'il est vrai que des hommes de génie aient réalisé de grandes découvertes, sans autre instrument que le scalpel, on conviendra qu’une méthode qui jugerait de la fonction d’un organe d’après les troubles qui surviennent quand on l’a détruit ou mutilé, serait bien insuffisante dans le sujet qui nous occupe. La vivisection a cependant révélé quelques faits intéressants. Ainsi, elle a montré qu'en retranchant une grande partie de la surface des ailes d’un oiseau, en rognant par exemple la moitié de la longueur des rémiges, on n'abolit pas Le vol, mais qu’on en change le caractère. Elle a fait voir également que la queue de l'oiseau n’est pas indispensable à la direction du vol, car si on le prive de cette espèce de gouvernail, il y supplée par certains artifices.
Peut-être la vivisection trouvera-t-elle un jour, dans l'étude du vol, quelque application qu’on ne saurait prévoir; mais, pour le moment, elle doit céder la place à des méthodes plus délicates et plus précises. Ces méthodes présentent en outre l'inappréciable avantage de respecter l'intégrité des organes et de n'amener aucun trouble dans la fonction qu’elles servent à étudier: de ce nombre sont la méthode graphique, la chronographie, l'analyse optique des mouvements et les diverses applications de la photographie instantanée.
La méthode graphique a fait réaliser de grands progrès dans
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la connaissance des mouvements organiques. Elle a montré, par exemple, que la pulsation du cœur et le pouls des artères, qui ne se traduisent à nos sens que par des chocs presque imperceptibles, sont en réalité des phénomènes compliqués : certains appareils les enregistrent sous forme de courbes dont les inflexions variées ont pour le physiologiste un sens précis”.
Avec la chronographie, les infiniment petits du temps n'échappent plus à nos investigations : on inscrit les vibrations d’un diapason, on en mesure la durée et les phases; et cette durée, à son tour, sert d’unité pour mesurer les actes rapides. Le millième de seconde battu par un diapason remplace, dans ces mesures, les lentes oscillations du balancier d’une horloge. C’est d’après cette nouvelle unité qu'on a évalué le temps qu'une onde de sang lancée par le cœur met pour arriver à l'artère carotide, à la radiale ou à la pédieuse; le temps, bien moindre encore, que met la volonté pour parcourir une certaine longueur d’un nerf moteur. La chronographie permet donc de mesurer les durées et les rythmes de certains mouvements fort compliqués de la locomotion animale : la durée et les phases du coup d’aile d'un oiseau par exemple.
L'analyse optique revèt les formes les plus variées : tantôt, utilisant la propriété qu’a notre rétine de conserver pendant quelques instants l'impression qu’elle a reçue, elle nous montre, sous forme d’une ligne brillante, la trajectoire que parcourt la
jointe de l'aile d’un oiseau ou d’un insecte. Tantôt, à la lueur
instantanée d’une étincelle électrique, elle nous fait voir immobile, dans l’une deses attitudes successives, un animal qui exécute en réalité des mouvements très rapides. D’autres fois, à travers les trous percés dans un disque tournant, elle nous fait suivre les phases ralenties des mouvements périodiquesles plus compliqués.
1. Voir pour les applications diverses : La méthode graphique dans les sciences expérimentales. Paris, G. Masson, 1884.
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Enfin, la photographie instantanée se prête de maintes façons à l'étude du mouvement des animaux, dont elle fixe, en moins d’un millième de seconde, chacune des phases successives. Elle représente ainsi l'animal dans ses diflérentes attitudes et dans les différents lieux de l’espace qu'il occupait à des instants connus.
On voit, par cette énumération rapide, les ressources dont l’expérimentation dispose pour l'analyse cinématique des mouvements du vol. Mais, pour en comprendre les effets mécaniques, une autre méthode est nécessaire, la synthèse qui reproduit l'effet de ces mouvements. Sans être encore arrivé à imiter d’une manière complète Le vol de l'oiseau, on en a reproduit toutefois certains actes partiels. Ainsi le coup d’abaissement de l'aile, le glissement sur l’air d’un appareil ailé dont le poids et la surface sont convenablement choisis, les différentes directions que prend le vol d’un appareil de ce genre dont les formes ne sont pas parfaitement symétriques, etc., sont autant de problèmes plus ou moins complètement résolus. Ces synthèses partielles sont les étapes qui mèneront méthodiquement à une reproduction plus complète du vol des oiseaux. Cette imitation a déjà donné, entre les mains d'habiles constructeurs, des résultats fort encourageants.
Du reste, pour faire progresser l’imitation synthétique des phénomènes du vol, les méthodes analytiques dont il vient d’être question sont d’un très grand secours. C'est en soumettant à l’analyse optique ou à la chronophotographie les appareils mécaniques destinés à imiter les actes du vol, qu’on saisit, dans leur fonctionnement, des imperfections que l'œil serait incapable d’apercevoir. De sorte que l’incessant contrôle de l'analyse doit
guider les tâätonnements de la synthèse.
Quand un phénomène mécanique est parfaitement étudié, on en peut, le plus souvent, formuler la théorie mathématique; cela