‹ Physiologie du mouvementChapitre 70 sur 119 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Définition du vol à voile; conditions nécessaires pour qu’il se produise. — Objections de certains mécaniciens à la possibilité du vol à voile. — Premiers essais d’une théorie du vol à voile. — Rôle de l’inertie de l'oiseau. — Influence des intermittences du vent. — Artifices de l'oiseau pour créer des intermittences du vent. — Mécanisme du vol par orbes. — Observations et calculs de Basté sur le vol à voile. — Plan d'expériences à faire, pour éclairer le mécanisme du vol à voile.

S 188. Définition du vol à voile; conditions nécessaires pour qu'il se produise. — Le vol à voile a pour condition indispensable l’action du vent sous les ailes, de sorte que, par un calme absolu, les oiseaux voiliers eux-mêmes volent à rames ou ne volent pas.

Le vol à voile n'est possible qu’à certaines espèces qui présentent une conformation particulière ; Les mieux douées ont les ailes longues, plates et étroites. Les oiseaux qui présentent ce type n'ont pas besoin d’un grand vent pour voler à voile : ainsi, la Frégate et le Naucler, d'après Basté, volent à voile dans des pays où l'air est relativement calme. Dans les contrées où le vent est plus vif, on voit voler à voile des oiseaux moins bien pourvus de surfaces d'ailes : Mouettes, Goélands, Pétrels".

Mais la nécessité du vent s'impose absolument, et si parfois on

41. Basté, Mémoire relatif au problème de la locomotion dans l'air (L'Aéronaute, octobre 1872, p. 191), a cherché à déterminer la vitesse du vent nécessaire pour que le vol à voile soit possible aux diverses espèces. D’après cet auteur, par un vent de 2 à 5 mètres, on ne voit voler que les oiseaux ayant de 55 à 60 décimètres carrés de surface d'ailes par kilogramme de poids; par un vent de 9 à 12 mètres, des oiseaux de 30 à 35 décimètres carrés pratiquent aussi le vol à voile; par des tempêtes violentes, avec un vent de 20 à 25 mètres, le vol à voile est possible, même à des oiseaux de 28 à 30 décimètres carrés.

a cru voir des oiseaux voler à voile, par un calme plat, c’est que

ce calme n'existait qu'au niveau du sol, tandis que le vent soufflait dans les régions élevées où se tenaient les oiseaux voiliers.

S 189. Objections de certains mécaniciens à la possibilité du vol à voile. — Beaucoup de mécaniciens, n'ayant jamais eu l’occasion de voir un oiseau pratiquer le vol à voile, ont nié la possibilité de ce genre de vol qui leur semblait aussi absurde que le mouvement perpétuel. Le nom même de vo/ à voile à été considéré comme impliquant une assimilation erronée; un oiseau ne semblant pas réaliser les mêmes conditions mécaniques qu'un bateau à voile.

Ces objections semblent de peu de valeur et l’on peut, au contraire, trouver de grandes analogies entre une barque à voiles et un oiseau voilier. Mais il est nécessaire, dans cette comparaison, de considérer que la surface frappée par le vent est différemment orientée : la voile le recevant de côté, tandis que l’aile le reçoit par dessous.

Que le vent frappe la voile d’une barque ou l'aile d’un oiseau sous une incidence très oblique, il se réfléchit sur cette surface et s'échappe en produisant une réaction qui pousse la barque ou l'oiseau dans une direction plus ou moins opposée à la sienne.

La barque à voile, objectera-t-on, ne navigue au plus près du vent, que parce qu’elle a une quille pour l’empècher de dériver, c'est-à-dire de céder latéralement à la pression de l'air sur la voile. Or, en raison de l'orientation de l’aile de l’oiseau, l’action de l’air, qui tend à le faire dériver, s'exerce de bas en haut; cette force, que nous avons appelée poussée ascendante, trouve dans. la pesanteur une autre force qui la contrebalance plus ou moins, suivant que l’oiseau veut garder sa hauteur, s’élever ou s’abaisser.

Reste à trouver l’équivalent de l’action du gouvernail qui empêche le bateau de dériver de sa ligne de marche. On accordera facilement que l'oiseau, pour maintenir la direction de son vol, peut se servir de sa queue comme d'un gouvernail et obtenir

Page 1