CHAPITRE XI
Parterre, orchestre, balcon, premières loges; parallèles.
De tout temps le parterre s'est érigé en juge suprême j et de ses arrêts, sans appel, dépend encore la destinée des auteurs : aussi le spectateur du parterre, qui connaît sa toute-puissance, a-t-il Thabitude de se
poser en véritable dictateur. Et quel dictateur !
La clef forée et les sifflets, voilà ses licteurs. Fut-il jamais garde consulaire plus redoutable ?
Cependant , disons-le , cette garde terrible ne l'entoure pas chaque jour 5 et le parterre , toujours juste , sait fraterniser avec les bravos.
Le tout est de savoir les mériter.
\^' orchestre, voisin du parterre, suit l'impulsion qu'il en reçoit.
C'est un \ieillard qui reçoit l'exemple , mais le donne rarement.
Le balcon est d'ordinaire le rendezvous des amis.
L'amitié, au théâtre , est aussi un bienfait des dieux.
C'est du balcon que tombe sur la scène cette pluie odorante qui bientôt doit se changer en flots de couronnes et de fleurs.
ïl pieut beaucoup du balcon.
Il en pleut même des vers.
La poésie et les fleurs I double couronne que jette le balcon avec une profusion qui fait honneur à sa libéralité.
0 balcon ! que de royautés sont ton ouvrage ! Pourquoi le parterre refuse-t-il souvent de les sacrer de ses mains puissantes l
Le parterre lui seul est le grand -prêtre en royauté de théâtre, et le balcon n'est à ses yeux qu'un intrus, enfant de bonne maison , et que font tolérer ses belles manières.
Les premières et secondes loges fraternisent assez volontiers avec le balcon.
Mais les régions plus élevées ne marchent que sous les lois du parterre.
On pourrait classer le spectateur en trois catégories, comme dans nos vieux étatsgénérau:^.
Le balcon représenterait la noblesse.
Les pr emières et secondes galeries seraient la robe et l'épée.
Dans le parterre et l'orchestre nous retrouverions le tiers-état.
Auteurs , chapeau bas devant le tiersétat I c'est là qu'est la toute-puissance.