‹ Physiologie du parterre, types du spectateurChapitre 19 sur 20 · KM · texte numérisé non relu

KM

Un de nos amis se présente l'autre jour chez son tuteur, fonctionnaire vertueux qui ne s'est point marié pour mieux servir l'État, et qui croit sincèrement avoir perdu sa journée lorsqu'il n'a pas placé quelque part une leçon de morale.

Un valet de chambre fait entrer l'importun pupille dans le cabinet de travail, et annonce qu'il va prévenir son maître. Troi-^ minutes écoulées, le serviteur revient :

— Monsieur, dit-il, ne peut recevoir, on lui pose en ce moment les sangsues....

Et notre ami venait de découvrir, sur un des fauteuils de satin bleu, un petit gant de femme dont le doux parfum arrivait jusqu'à lui.

Le gant était encore tiède!

J'ai lu dans je ne sais quelle histoire d'Angleterre que, sous le triste règne d'Elisabeth, un aenfilhommo avait été condamné

— lui —

à avoir la tète tranchée. Le cas se compli- (juant de circonstances aggravantes, le pauvre lord dut en outre subir l'amputation du poignet.

Un premier coup de hache abattit la main du patient; mais, avant qu'un second eût l'ait tomber sa tète, le supplicié, ramassant sur l'échafaud sa main sanglante, la jeta au peuple en disant d'une voix pleine M la fois d'ironie et de douleur :

l/abbé de Choisy, dont l'histoire est si étrange, (}ui fut tour à tour femme, che\a-

lier de ruelle, puis prêtre; qui accompagna M. de Forbin dans son ambassade auprès du roi de Siam; qui dévora son patrimoine et n'en eut qu'un regret, celui de ne le pouvoir manger une seconde fois ; l'abbé de Choisy, qui mit un terme à toutes ses folies en rédigeant le Journal d<; l'Âcadnnir française, y raconte le trait suivant :

Un juge faisait lever la main à un teinturier pour prêter serment, et comme les teinturiers ont ordinairement les mains noires, il lui dit :

— Mon ami, otez votre gant.

— Monsieui-, répliqua le teiiihuier, mettez vos liuietti's.

-tkSfife

- io;î —

Ceci me rappelle qu'il était autielois défendu aux juges royaux de siéger les mains crantées ; et qu'en 1757, du temps même de J>iderot, il fallait être habillé par le Roolf d'alors, avec toute l'élégance, le goût et la richesse que le Roolf d'aujourd'hui a introduits dans nos modes, — avoir une caune Verdier, — et de

plus oter ses gants pour entrer dans les grandes et dans les petites écuries du roi. Pourquoi les juges ne j)ouvaient-ils avoir des gants? INnjnjuoi les grands seigneurs, à

— llVt —

1 instar des palelrenieis, devaient-ils déposer les leurs, lorsqu'il leur preiiait fantaisi<' de rendre visite aux chevaux et aux carlusses de leur souverain ;*

.le r Ignore.

L etifiuelteest un dogme, et le dogme ne explique pas.

l'ne des pruRipales curiosités de Bruxelles après le faro et le Miunukcn-Pia. est le palais du prince dOrange. grand parallé-

Jogramme de pierre bleu a pilastres blancs qui avoisine le Parc, véritable constriictior. moscovite, qui, à toute heure du jour, fait iionte à la chétive demeure du roi Léopold.

Après les événements de 1830, les état»» iiénéraux des Pays-Bas votèrent l'hommage de ce palais au prince d'Orange, aujourd'hui Guillaume H, en reconnaissance de sa belle conduite à Waterloo, où il fut blessé en cet endroit de la plaine où s'élève maintenant le lion anglais.

En 1830, le prince ne put emporter son palais, qui fut mis en séquestre, et les touristes, les désœuvrés, les ennuyés et les flâneurs des quatre parties du monde furent admis à le visiter moyennant trente ou quarante sous préalablement donnés au concierge.

Pendant les trois ou quatre premières années, le palais était exploré de haut en bas, de part en part; on escaladait les greniers,

on s'égarait dans les cuisines, on s'enlonrait dans les caves, les grands et les petits appartements étaient louillés avec une curiosité et un instinct de commissaire de police.

Ce que l'on admirait le plus alors, il mer. souvient, ce n'étaient ni les splendides'par- ({uets en bois des îles, ni la salle de bal, ni toutes les richesses d'or, de bronze, de marbre et de lapis-lazuli envoyées du l'ond d^la Russie à Bruxelles; ce n'étaient pas non plus les toiles de Raphaël, de Van Dyck el de Memling, ni les tentures de velours, ni les tapisseries, ni les glaces. — L'es salons de réception et les galeries étaient traversés à la course ; mais on se disputait avec lui fanatisme sans exemple l'entrée du boudoir et de la chambre à coucher de la princesse.

A peine au seuil de la chambre à coucher, on étudiait, dans ses moindres détails, le lit, fort ordinaire d'ailleurs, tendu

on quinzcrseize bleu comme toute la pièce, et le plus beau parleur du groupe ne maii- ([uait jamais d'expliquer que le chiffre A. P.. brodé dans un écusson sur le couvre-pied <le donteile , voulait dire Anna Pallowna, nom de la princesse d'Orange, fille de l'empereur Paul.

Dans le boudoir qui touche a la chambre a coucher, on remarquait sur la cheminée de marbre blanc différents objets de travail, et sur un guéridon, prés de la causeuse où la princesse avait l'habitude de s'asseoir, un gant blanc précipitamment ôté, et que, dans le trouble du départ, la royale grande-duchesse n'avait pas eu le temps de remettre!

Qu'est devenu ce gant, souvenir d'un grand désastre, et qu'il était difficile de regarder sans qu'une larme vînt mouiller la paupière? précieuse relique ([u'adoraient dans le secret de leur cœur les amis du princ<' Ciuillaumi* d'Orange.

Aujourd'hui la cbambre à coucher et le boudoir sont rigoureusement interdits aux profanes. — Aucune influence, pas même celle du roi, ne fait tomber leur porte.

En 1838, Alexandre Dumas et M. Vaii Praet, secrétaire de S, M. Léopold, n'ont pu en forcer le passage.

Pourtant quelle sentimentale impression (((; imyagc n'aurait pas manqué d'écrire Al. l)(UTias sur le gant de son altesse impériale <*l royale Anna Paulowna, princesse d'<.>range, à l'heure qu'il est reine de Hollande et grande-duchesse de Luxembourg!

Maximes oonsolî

,Ue boiiifjîcois (le ia riio. Saint-Denis jxu-ic (les i/audi: U; lion du laiihourg Saint-Monoré ou (\c la Chanssée-d'Antin sr (/(inia.

On reconnait la distinction d'un lionime à la nuance de sessants ; comme autrefois

on devinait lanioui d'un ( hevalier à ses rouleiirs.

Il y a moins de grains de sable au fond de la Méditerranée que de gants sales à la surface du globe.

La sandale est la négation absolue du ^ant : les va-nu-pieds de tous les temps et de tous les pays n'ont jamais intagin»- (jue leurs mains dussent être plus à couvert que leurs orteils.

C'est surtout en matière de gants que tout ce qui révèle une économie est vulgaire.

tll —

Liii gant (IriTassi- n'ss<'ml>le à un diwt'i rérlianffé : il ne vaut janitiis rien.

Dites -moi, brune rêveuse, comment vou; vous gantez, et je vous dirai qui vous êtes

Dans un temps comme celui-ci où le^ figures pâles sont les plus belles, la fraîcbeur que doit surtout rechercher une femme est celle de ses gants.

Du liommo sans ^ant> nie produit lellVi «l'une maison sans fenêtres.

LMnvcntion fies gants n'a pas été moins utile au bonheur du genre lumiain que la «lécoM verte du bifteck.

Le style c'est lliomme : la femme c'est le uant.

CUez nos vertueux grands oncles, une paire de gants durait aussi longtemps qu'une paire de culottes; aujourd'hui les gants vivent ce que vivent les serments d'amour et les roses.

Le luxe en lait de gants se réduit à une ((ucstion d'horloge, de chevaux ou deniaî- Jresses : plus on en charige, plus on est considéré.

Une lemme qui nettoie ses gants lit les romans de M. Paul de Kock. et a les mains rouges.

Il y a des gens à Paris dont on peut estimer la fortune ou les dettes d'après la note de leur gantier.

Il est évident que Dieu, en nous créant malins et vaudevillistes, ne nous a donné des mains que pour qu'elles fussent ganlées.

Ll' gant voile suinent la mam a |nn|»(i il l'enibellit toiijoiir?.

Il ne sufMt pas qu'un gant soit glacé, il laiit encore qu'il soit frais.

La véritable Loretteaime mieux se passer i]uii diner ijue dune paire de gants.

M. de Balzac a dit : . — la main n'a point d âge. Cet axiome n'est qu'à moitié vrai : — la main n'a i)oint d'âge — lorsqu'elle est gantée.

]xe2i mor.umentuin,

li trancherai, ne vous en déplaise , de i'Olympio et de l'Horace.

Je veux de mes propres mains m'élever un monument de bronze, ou tout au moins une statuette en plâtre, que je ferai vendre chez Susse à côté des saints et des châtelaines d'Anton in Moijje.

Assez de gens en ce monde se vantent d'être les artisans de leur fortune ; pourquoi n'y en aurait-il pas quelques-uns qui se feraient gloire d'être les ouvriers de leur réputation?

Il y a cent ans que M. Joliot de Crébillon a donné ce sublime exemple en s'écriant dans son discours de réception à l'Académie, discours entièrement écrit en vers :

Je ne dois qu'a moi seul toute ma renonimce '.

Peut-être trouvera-t-on singulier que j'aie consacré mes loisirs à une œuvre aussi peu sérieuse que celle-ci.

Je rappellerai que l'enjouement a toujours distingué les grands hommes, sur quelque bâton de l'échelle sociale qu'ils se soient perchés : empereurs, rois, histrions , gantiers ou poètes.

Aristophane aurait été à coup sur un excel- \c\\[ collaborateur de M. Scribo.

Auguste, Vespasien, Trajaii. Adrien, Anrélien, étaient, au dire d'un historien de l'époque, de fort joyeux compères : — Erant diclis jocularibus fesUvissimi .

Jules-César, qui n'a pas écrit que ses Commcnlaires, avait rassemblé un recueil des bons mots et des propos aimables de ses contemporains les plus illustres: Cicéron, Pollion, Caton, Lucullus et autres hommes d'État et robustes mangeurs.

Louis XI, netant encore (pie dnnt)lim et

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