‹ Physiologie du parterre, types du spectateurChapitre 4 sur 20 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Pendant*

Le rideau est levé.

\J exposition commence.

Déjà le jtere noble a vertement tancé le jeune premier y éperdument épris de cette charmante ingénue que vous connaissez.

O ingénuités! où donc allez-vous vous nicher ?

La comédie a fait son premier pas j elle n'est encore qu'au berceau. Enfant, elle nous semble assez monotone, un peu maussade surtout } grande , que sera-t-elle ?

C'est ce que chacun ignore encore.

Les destinées de la comédie qui prélude sont couvertes d'un voile impénétrable.

Voyez ce navire lointain dont les mâts se dessinent dans l'horizon obscur : d'où vient-il ? Quels rivages a-t-il parcourus ? De quelles richesses est - il dépositaire ? Quelle divinité païenne brille à sa poupe ? Voilà ce que chacun se demande, et la curiosité est mise en défaut par la distance qui sépare encore l'équipage voyageur à& la rive vers laquelle il semble vouloir aborder.

Mais , hélas I une question terrible.

Le navire pourra-t-il même aborder?

Ne fera-t-il point naufrage à l'entrée du port ?

Chacun s'inquiète pour le navire mystérieux 5 personne ne peut prévoir son sort.

Ce navire à la marche incertaine, aux voiles douteuses, c'est la Comédie, qui vient d'entrer en scène.

Touchera-t-elle au port dramatique, ou doit-elle périr corps et biens, sous les yeux d'un parterre, témoin insensible ?

Qu'ai-je dit ? insensible. Mais c'est lui- .ême qui la fera sombrer, s'il la juge indigne de toucher terre.

Triomphante , elle sera accueillie , fêtée j elle pourra monter au Capitole et rendre grâce aux dieux j vaincue , elle verra sa fausse couronne arrachée à son front , traînée dans la boue.

De l'encens au triomphateur I

De la boue au vaincu !

Voilà quel est l'arrêt du parterre} et cet arrêt sera sans appel.

Pendant qu'il doute encore , le specta-

teur se montre d une patience à toute épreuve. L'honnête homme , ne le condamnez pas trop vite. Mon Dieu ! il est moins diable qu'il n'en a l'air. Il ne demanderait pas mieux que d'avoir du plaisir pour son argent ; il ne demanderait pas mieux que de pouvoir rire ou pleurer.

Rire ou pleurer, entendez-vous bien. 11 lui faut l'un ou l'autre, et l'un et l'autre vaudraient encore mieux , si c'était possible. Après avoir délié sa bourse, le spectateur est prêt à tout donner : ses larmes comme sa gaîté sont à la disposition de l'auteur.

L'auteur saura -t -il profiter de cette heureuse disposition?

Mais déjà la pièce touche à sa dernière scène. Doit-elle réussir ou tomber? Cruelle alternative pour l'auteur.

L'heure de la justice va sonner.

Auteur, prépare-toi à ceindre ta cou-

■^ 29 — ronne de lauriers, ou bien humilie-toi sous la cendre : tu n'es que poussière j et , si tu l'avais oublié, le spectateur est là pour te le rappeler.

Ï)e0 Ûrat)06 ci î>e la Clef forée, iHueique Îïu mari.

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