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CHAPITRE V

Différence entre les plaisirs sexuels suirant l'âge, la constitution, la condition sociale, le sexe, le climat, le temps et autres conditions extérieures.

Les plaisirs sexuels doivent varier beaucoup en essence et en degré, suivant plusieurs conditions. Celles-ci peuvent être congénitales, et par cela même immuables, ou accidentelles et transitoires. Ceci se comprend aisément, le plaisir étant une sensation à laquelle concourt une infinité d'éléments indépendants entre eux, mais qui exercent tous une influence sur le résultat final. Nous en faisons Texpérience personnelle quand nous éprouvons des plaisirs très divers en répétant un acte, qui, selon les apparences, reste toujours semblable à lui-même.

La constitution que nous recevons en naissant, de même qu'elle influe sur tous les actes de la vie, empreint d'une marque spéciale les plaisirs erotiques qui nous sont départis. A cet égard, à la vérité, des hypothèses plus ou moins probables sont seules possibles. En général, l'on peut dire que ces plaisirs croissent en mênje temps que la sensibilité et Tintelligence, en même temps surtout que l'instinct sexuel.

Les deux premiers éléments exercent une influence extrême. Celle-ci fait qu'un individu doué du tempérament

amoureux le plus exigeant, mais de sens obtus, jouit beaucoup moins qu'un autre, si ce dernier éprouve toutes les sensations à un degré exagéré, s'il a des facultés intellectuelles très développées, une conscience subtile pour comprendre ce qu'il sent et analyser les menues gradations infinies du plaisir. Les individus de tempérament nerveux, ceux dont la peau est fine et brune, dont les formes sont rondelettes, les lèvres grosses, dont le larynx est proéminent, jouissent en général beaucoup mieux que les autres. A cet égard, j'ai observé une exception : quelques êtres très sensibles n'arrivent que rarement, et après une longue expérience, à l'apogée du plaisir. La cause en est dans ceci que, ne pouvant le supporter alors que, par sa force toutepuissante, il les jette dans un véritable délire, ils contractent spasftiodiquement les muscles des organes sexuels et réjaculation survient sans plaisir, peut-être par la compression que subissent ainsi quelques filaments nerveux.

Une tradition générale veut que les bossus, les nains, en général les individus de petite stature, au nez proéminent, soient plus lascifs que les autres. Bien que cette assertion ne soit pas scientifiquement prouvée, il arrive assez souvent que ces individus soient doués d'organes très développés, ce qui rend possible que leurs plaisirs soient plus intenses, si leur sensibilité, d'autre part, est exquise.

La faculté d'engendrer n'étant accordée qu'aux âges les plus vigoureux, à ceux où l'organisme produit plus de forces qu'il n'en serait besoin pour la simple conservation de l'individu, il en résulte que les plaisirs vénériens doivent être le propre de l'âge fécond, et plus spécialement vifs dans la période de la plus grande force. Aux premiers temps de la puberté, dans les premières années de la jeunesse, les plaisirs sont en général plus intenses, mais

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beaucoup moins délicats, tandis que dans les années suivantes, jusqu'aux environs de la quarantaine, l'expérience et le besoin de raviver, par une certaine application, des sensations tiédies par l'accoutumance, rendent ces voluptés plus suaves. C'est dans le milieu de cette période, quand la fureur des ardents désirs juvéniles s'associe à la recbercbe luxurieuse, que ces plaisirs touchent à leur apogée. Le point culminant se place d'ordinaire entre la vingtième et la trentième année. L'homme peut cependant abuser de lui-môme, en demandant le plaisir à des organes que la nature n'a pas encore appelés à Faction ou qu'elle a déjà condamnés au repos. Les sensations qui s'obtiennent, dans ces deux cas, appartiennent à la classe des plaisirs pathologiques et font souffrir les coupables, comme si la nature avait fixé à chaque individu une mesure invariable de plaisirs et de peines que nous pouvons accroître à volonté sans pouvoir en changer le rapport réciproque. Ainsi, venons-nous à augmenter la somme des plaisirs qui nous est dévolue, une main inexorable laisse tomber un poids dans la balance de la douleur, et l'équilibre subsiste.

Les physiologistes se sont souvent demandé si la nature avait été partiale envers un des sexes et lui avait concédé une coupe plus ample au banquet de l'amour. Bien qu'une semblable question ne se puisse positivement résoudre par des expériences et des preuves rigoureuses, je crois que l'on peut, avec une certitude suffisante, affirmer que la ^ femme jouit beaucoup plus que l'homme des délires sensuels, laissant de côté les exceptions. En voici les raisons, en commençant par les motifs anatomiques pour en venir après aux motifs physiologiques et inductifs :

L'appareil voluptueux des organes féminins est beaucoup plus compliqué que celui concédé à l'homme. Le vagin est, chez la femme, l'organe fondamental du plaisir

et a son symétrique dans la verge; mais celle-ci n'a que le prépuce à opposer au vestibule du temple de Vénus, aux lèvres et jusqu'au col de l^utérus'qui, chez beaucoup de femmes, est la source des plus intenses plaisirs; tandis que dans d'autres, d'une vive sensibilité, il ne peut supporter impunément le contact d'un corps étranger. La structure organique des organes féminins rend absolument douloureuse la défloration, qui d'ailleurs n'est pas complètement indifférente chez l'homme.

Les organes féminins, dans les parties qui servent au plaisir, sont tous recouverts d'une membrane muqueuse, constamment lubréfiée. Étant internes, ils conservent intacte leur sensibilité. L'homme, au contraire, a la majeure partie de la verge recouverte de téguments communs, et le gland lui-même vient souvent en contact avec les objets extérieurs.

L'appareil féminin destiné aux plaisirs sexuels a une superficie beaucoup plus grande que chez l'homme.

Dans l'acte génital, la femme est presque absolument passive et, partant, n'ayant aucune attention à donner à ^ la partie mécanique, perçoit la sensation dans sa plénitude.

La femme ne ressent, après les plaisirs vénériens, qu'une légère fatigue, qui vient de l'épuisement où tombe son r^ système nerveux et se trouve, bien avant l'homme, prête à renouveler ses baisers.

La femme est, physiquement, toujours apte à aimer. L'homme ne l'est que par intervalles. Beaucoup de femmes ^ ont plusieurs pollutions dans le laps de temps où l'homme n'en a qu'une.

La femme, quoiqu'elle cache sous d'amples vêtements les battements de son sein et ses fréquents désirs, aspirq avec plus de violence que l'homme à ces plaisirs, que lui ^

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rend encore plus séduisants le mystère imposé par la pudeur et les conventions.

Enfin, la nature devait, dans l'acte générateur, donner à la femme une compensation aux longues douleurs et aux périls qu'elle lui réserve, et lui concéder une plus ample volupté, afin de lui faire oublier la longue série de sacrifices qu'elle peut être appelée à accomplir, si elle cède à un besoin tout-puissant.

Il est un fait, cependant, qui semble contredire ouvertement tout cela, et qui autorise quelques personnes à affirmer le contraire de ce que j'ai cherché à prouver. C'est l'absolue indifférence que témoignaient les courtisanes pour les baisers vendus. Ce cas nous amène sur un terrain qui appartient entièrement à la pathologie morale et qui reste en dehors des conditions ordinaires. D'autre part, l'abus de l'union sexuelle rend la femme si indifférente à cet actç, qu'elle doit faire tous ses efforts pour y trouver du plaisir; elle a besoin d'une excitation locale plus intense et plus prolongée pour arriver au spasme. Presque toutes les courtisanes ont un amant, auquel elles donnent non seulement leur corps mais leurs affections, et elles ressentent dans leurs bras les plaisirs que ne peuvent leur donner leurs clients de hasard. Ce fait n'a donc aucune importance dans

la question et sert seulement à prouver combien, dans / tous les actes nerveux de la femme, le sentiment est le facteur principal (1).

La condition sociale modifie la nature des plaisirs vénériens, soit par l'influence qu'elle exerce sur la structure organique, soit par les modifications qu'elle imprime aux

(1) A Tappui de la thèse du D' Mantepizza, on peut rappeler Tardeor que déploient les courtisanes à chercher le plaisir, surtout lorsque, émoussés, leurs sens ne rendent voluptueuses que de rares nuits. *

dispositions morales. L'homme qui gagne le pain quotidien sur le champ qu'il cultive ou dans l'atelier, et celui qui consacre la meilleure partie de lui-même aux labeurs intellectuels, conservent peu de force pour leurs sens. Ils savent mal se conserver pour les luttes d'amour. Ceux, au contraire, qui vivent dans l'aisance, qui subtilisent leur sens tactile en le dressant aux recherches du luxe et qui se repaissent de mets succulents et de breuvages excitants, ceux-là sont certainement mieux disposés que les autres à cueillir une large moisson de volupté dans les jardins de Cypris.

Les plaisirs sexuels reçoivent aussi une certaine empreinte du climat sous lequel on les goûte, quoiqu'il agisse beaucoup plus sur leur nombre que sur leur essence. De fait, dans les pays chauds, où la nature se montre dans tout le luxe et la pompe de sa vie, les hommes s'abandonnent avec une plus grande violence au coït et sont dotés d'un appareil génital très valide. Mais comme, en ces pays, l'excessive chaleur oblige à renoncer, à peu près complètement, aux vêtements qui nous abritent des agents externes, la sensibilité devient moindre; d'autant plus qu'aux ardents transports de l'organisme, il manque les innombrables raffinements créés par la civilisation. Dans les pays froids, en revanche, les sens ont des désirs moins vifs. Mais l'âpreté de la température rapproche les individus et, par conséquent, fait rentrer dans les plaisirs de Vénus, comme élément capital de volupté, le contact des corps et l'agréable contraste de la tiédeur hospitalière de la maison avec le froid qui en assiège les murailles. On peut dire que, même en cela, la nature s'est montrée une juste et clairvoyante dispensatrice des joies. L'Africain, de tempérament erotique, a la peau peu sensible et l'esprit obtus, et cela le fait jouir avec unegrande intensité, mais

seulement de Tacte fondamental de la copulation; tandis que le froid Suédois, dans ses lits moelleux, ressent les joies délicates qui, comme des ornements radieux, précèdent et accompagnent les combats de l'amour. Gare si, à un homme né sous les tropiques, il était donné Tintelligence lucide et la sensibilité exquise de l'Européen. Il mourrait brisé par l'excès de la volupté. Ceci est tel seulement pour les indigènes de la zone torride. L'Européen établi ou né là-bas s'y trouve dans des conditions défavorables à l'exercice de la fonction reproductrice, parce que, d'une part, il est invité par la paresse, par la mollesse du climat, à jouir de ces plaisirs avec plus d'intensité, tandis que, d'un autre côté, ses forces sont moins vives et plus lentement réparées. C'est là une des causes les moins signalées, et pourtant principale, de la mortalité différente qui frappe les races blanches dans les pays ardents ou tempérés du globe. Le môme Européen, dans un pays froid, est plus vaillant en amour et moins porté au plaisir; tandis que, sous les tropiques, il se sent à la fois plus faible et cependant irrésistiblement entraîné à céder à un plaisir qui l'affaiblit encore plus.

Peut-être les saisons exercent-elles sur ces plaisirs une influence identique à celle des climats.

La vie de l'humanité, à travers les siècles, présente dans les facultés physiques et morales quelques changements qui laissent leur empreinte sur les générations, et ils sont d'autant moins marqués que la faculté qu'ils intéressent est plus importante, plus fondamentale. Ainsi, je crois que la faculté d'engendrer est une de celles qui sont restées le plus semblables à elles-mêmes à travers les âges. Cela s'explique : car, étant la plus importante parmi les facultés organiques, elle a des limites définies et se plie mal aux heurts des choses extérieures. En ne parlant que de l'élé-

ment de plaisir qui dérive de l'exercice de cette fonction, on peut affirmer qu'il pouvait être plus intense dans l'enfance de l'humanité, mais qu'il doit, de nos jours, être plus délicat, plus protéi forme . Le baiser des premiers hommes, nus, sur le sol, a été frénétique, mais certainement il ne peut être comparé aux voluptés que nous goûtons sur les tièdes matelas de plumes moelleuses. D'autre part, l'exercice d'une faculté perfectionne celle-ci, et l'individu, amélioré en ce sens, transmet par l'hérédité à la génération qui lui succède, un pouvoir plus fort et plus subtil. Bien qu'à la vérité une fort légère partie de civilisation se forme ainsi, il n'est pas douteux que, dans le cours des siècles, les facultés les plus fondamentales ne puissent être modifiées. Dans la suite des époques, les plaisirs sexuels furent d'autant plus exquis qu'ils furent plus cultivés, croissant toujours aux dépens de plaisirs plus nobles et de la dignité humaine. Quand les nations, déposant le glaive, se reposaient sur leurs lauriers et ne trouvaient pas un champ d'action suffisant dans le culte des arts et des sciences, elles trouvèrent large ouverte la voie des plaisirs sensuels et s'y jetèrent avec ardeur. Elles parvinrent à goûter la volupté sous des formes inouïes, horribles. L'histoire nous en présente de nombreux exemples dont je ne pourrais parler sans perdre mon sujet de vue.

Toutes ces circonstances, que j'ai passées en revue, parviennent à modifier la masse totale des plaisirs sexuels que renferme la vie d'un homme ou celle d'une génération; mais il est d'autres éléments qui agissent sur chaque plaisir individuel et qui en font varier l'intensité et la nature dans de très larges limites. Ceci est, en vérité, un argument trop délicat et sur lequel je dois jeter un voile, comme sur beaucoup d'autres qui se réfèrent au même sujet. Je dirai seulement que le plaisir croît en proportion du désir qui

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nous, pousse à le rechercher, et d'autant plus que le besoin physique en était réel. Les plaisirs qui suivent une velléité ou un caprice passager sont beaucoup moins vifs que ceux que la nature approuve et qui sortent d'un corps chaste et robuste. Dans les circonstances sociales où vivent les Européens, l'heure la plus propice à ces plaisirs est celle qui suit le premier réveil, au matin. Dans la nuit, la vie intellectuelle et du sentiment cesse presque entièrement au profit de la nutrition générale et, à peine éveillés, nous nous trouvons dans d'excellentes conditions pour dépenser toute la force que requiert l'acte génital. D'autre part, la position dans laquelle nous dormons met les organes dans un état spécialement favorable aux sensations de ce genre de plaisirs.

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