NOTICE BIOGRAPHIQUE XI
du produit de ses livres, d'où Tinscription du fronton : Calamus nobis hœc otia fecii. Ce jour-là, il écrivait à sa mère : t Rappelle-toi de m'envoyer une boucle de tes cheveux. Puisque tu ne peux être des nôtres, le jour de la pose de la première pierre, je veux déposer quelque chose de toi, afin de sanctifier ma cabane, afin que les fils de mes fils sachent que, dans les fondements de ce modeste édifice, il n'y a ni médailles ni parchemins, mais les cheveux d'une sainte femme, à qui le fondateur de la maison a dû tout ce qu'il a dit et fait de bon et de bien. »
Voilà pour le cœur de P. Mantegazza. Chose rare, hélas! ses tendres sentiments n'ont rien enlevé à l'acuité de son intelligence. Ses premières années se passèrent sans rien de remarquable et, au collège, il ne fut ni des premiers ni des derniers. Il n'en a retenu qu'un imperdable souvenir : celui du comte Belgiojoso qui, plein d'intérêt pour ce génie naissant, lui dit un jour : « Avant tout, soyez utile. » De ce conseil dérive sa vie.
Il fit ses études médicales à Pise, puis à Milan. Il fut reçu docteur à Pavie. A dix-neuf ans, il lisait à l'Institut lombard un mémoire sur la génération spontanée, que l'on cite encore. Puis survient une passion violente et malheureuse qui le met aux portes du tombeau. Pour terrasser cet amour, il entreprit un long voyage. Il courut à travers la Suisse, la France, l'Allemagne, la Hollande, la Belgique, l'Angleterre et l'Ecosse. En 1854, se trouvant à Paris, il acheva son premier livre, cette Physiologie du Plaisir que l'on va lire et qu'il dédiait ainsi : < A ma mère, cet épi du champ qu'elle a cultivé avec tant d'amour. »
Rovani, le Jules Janin de l'Italie, écrivait le 8 août 1855 dans la Gazette de Milan : < C'est un livre qui se lit avec lin vif plaisir. Ony voit les fruits de l'esprit d'observation; quand on songe à l'âge de l'auteur, on juge qu'il est de
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ces hommes qui laissent leur empreinte sur le siècle qui les voit. Le style est si imagé, si figuré, je dirais quelquefois baroque, si le bon goût n'y veillait, qu'il recèle une imagination exubérante, une aisance inouïe de pensée. Pour donner une idée de ce jeune homme, je ne trouve rien de mieux qu'un cheval de pur sang. Bénies soient de telles natures... »
Revenu en Italie, Mantegazza ne se laissa pas étourdir par sa renommée naissante. Il conçut le projet de faire le tour du monde, par étapes, et alla exercer la médecine i\ Buenos-Ayres, à Entre-Ilios, au Paraguay et à Salta. C'est dans cette dernière ville qu'à l'âge de vingt-cinq ans il se maria avec cette Jacobita à qui il a dû tant de bonheur.
Elle le suivit en Europe, vers 1858, quand il y revint avec le projet de transporter à la Plata des colons lombards. Mais les événements de 1859 le retinrent en Italie, d'abord comme aide-major à Milan; plus tard, à vingtneuf ans, comme professeur de pathologie générale à l'Université de Pavie. A peine professeur, il fonda un laboratoire de pathologie expérimentale, le premier — en date — des laboratoires similaires.
Il passa de là à l'Institut supérieur de Florence comme professeur d'anthropologie. Il créa aussitôt le Musée et la Société anthropologiques. Voilà vingt-cinq ans que ces fondations portent d'heureux fruits et qu'il jouit de l'estime des lettrés de toute l'Europe. Friedrich, Virchow, Broca, Darwin, Schiff, Spencer, et tant d'autres, ont entretenu ou entretiennent avec lui les plus cordiaux rapports.
Il a importé la coca en Italie et, dans notre époque mercantile, n'en a pas espéré un centime de bénéfice. Il se contente de ses fonctions officielles parce qu'elles donnent î\ ses enseignements plus de portée.