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CHAPITRE VIII

Des plaisirs qui proTiennent de la recherche du vrai.

L'analyse physiologique de l'idée du vrai est chose si scabreuse, que Tétude obstinée de tant de siècles n'a pu encore nous en donner une définition incontestable. Je ne veux pas tenter Tépreuve et je me contente de parler des plaisirs que nous donne sa recherche.

La vérité est une idée; mais il est hors de doute que nous la sentons et que, dans notre organisation morale, elle s'étend dans les deux champs de Tesprit et du sentiment. Nous nous apercevons de cette nature mixte quand, blessés d'un mensonge, nous éprouvons un vrai plaisir de découvrir la vérité. D'autres éléments moraux entrent dans cette joie; mais le fond, c'est la satisfaction d'un sentiment qui avait été offensé.

Les plaisirs purs dont nous fait jouir la vérité sont presque toujours négatifs. Dans tous les autres cas, la satisfaction du sentiment du vrai s'associe à beaucoup d'autres plaisirs qui, en s'entre-croisant, forment une joie unique, dans laquelle il est malaisé de découvrir la part précise qu'y prend la vérité. Dans tous les travaux intellectuels, depuis la lecture jusqu'à la création, la recherche du vrai entre toujours comme facteur du plaisir, mais ne

se distingue pas au milieu de l'exercice du plaisir, qui occupe la première place à côté de Tamour de la gloire. De même quand, interrogés sur nos actes, nous avouons une vérité pénible, nous éprouvons quelquefois un plaisir, où entrent la satisfaction de Tamour-propre , celle de l'amour de la lutte et celle de notre vanité.

Pour connaître l'histoire de la vérité, il faut en étudier à part les deux parties principales, c'est-à-dire le vrai moral et le vrai intellectuel. On répète tous les jours que la vérité est une et l'on commet ainsi une des plus grossières erreurs. Un jour, peut-être, j'essayerai de le démontrer.

Le mensonge est une maladie coupable de la vérité, comme l'erreur en est une indisposition innocente. Celui qui ment éprouve presque toujours une honte plus ou moins grave, parce qu'il lèse le sentiment du vrai, et, dans les rares cas où il jouit du mensonge, le plaisir vient de la satisfaction de tromper ou de se sauver. Dans d'autres cas non moins exceptionnels, l'homme ment par instinct sans besoin. C'est alors qu'en lui le sentiment du vrai est atteint d'une affection congénitale.

Une des formes les plus originales des plaisirs morbides de la vérité est la joie de conter des blagues (l).Pour quelques-uns, ce plaisir devient un vrai besoin et ils s'y livrent à tout instant, au risque de leur dignité. Un des facteurs de ces joies est l'exercice de la pensée qui imagine la t blague » et, chez quelques personnes, c'est l'unique joie.

(1) Je m'excuse de cette location, mais aucune ne rend mieux le sens de la phrase italienne : Piantar carote; littéralement : « Planter des carottes. »

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