CHAPITRE XI
Dea plaisir* négatila de l'esprit.
Les plaisirs négatifs de l'esprit sont à peine connus parce que, par elle-même, l'intelligence nous donne peu de douleurs, lesquelles n'arrivent presque jamais à nous procurer un plaisir par leur cessation.
Les déchirements que Ton peut éprouver dans les travaux d'esprit proviennent presque tous des incertitudes et des doutes, c'est-à-dire par la maladie de la foi, où le cœur souffre la plus grande peine. Si la certitude vient, d'un trait, remettre le calme dans un esprit abattu par le doute, il en peut résulter un plaisir immense, qui ne vient que du cœur. L'homme privé de sentiments croit ou nie sans joie ni douleur. Même lorsqu'il arrive à l'absolu scepticisme, il peut, des lèvres, jalouser ceux qui croient, en se targuant d'une poétique infortune qui le rend intéressant, mais dans son cœur, il ne trouve pas la moindre torture morale.
L'amour de la vérité est un sentiment, qui peut être très fort chez un homme médiocre qui n'aura jamais le bonheur d'en découvrir une seule, et se trouver à l'état embryonnaire chez le grand homme qui en fait jaillir à torrents dans les fouilles qu'il entreprend dans le seul but d'occuper sa robuste intelligence.
D'autres fois, l'esprit nous cause indirectement de la
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douleur quand, dans notre labeur, nous parvenons difficilement au but ou que nous ne pouvons l'atteindre. Alors la blessure de notre amour-propre se joint au dégoût des facultés mentales non satisfaites. Dans ces cas, si tout d'un coup la difficulté est vaincue, on peut ressentir un grand plaisir purement négatif.
Si depuis longtemps on est privé de livres, on peut se jeter avec transport sur le premier volume qui nous tombe entre les mains, fût-ce le Chiaravalle ou le Bertoldino, De même, le peintre manie avec volupté le pinceau dont il était éloigné depuis longtemps, et le chirurgien, au retour d'un long voyage, reprend le scalpel avec joie. Tous ces amants passionnés des lettres, des arts et des sciences éprouvent un plaisir dont ils n'auraient pas joui sans la douleur qui le précède. C'est une loi constante que le plaisir est d'autant plus intense que le saut de la sensibilité est plus grand. On ne peut passer de la plus grande douleur au plus petit degré de plaisir sans un vrai spasme, tandis qu'à l'état de calme, le môme fait qui nous fit délirer dans le premier cas, nous est à peine agréable ou même indifférent. Cette loi cependant, ne se vérifie que lorsque le plaisir et la douleur qui influent l'un sur l'autre appartiennent au même ordre de sensations. Dans tous les autres cas, la douleur nous rend insensibles au plaisir.
En effet, le plaisir et la douleur, qui sont des phénomènes positifs, incontestables, auxquels tout le monde croit, ne sont que des idées relatives. Si l'homme se trouvait toujours dans l'état d'ivresse voluptueuse qui accompagne l'union des sexes, il appellerait douleur l'état de calme; tandis que, si son état naturel était le spasme tétanique, il trouverait délicieuses la névralgie et la migraine.