‹ Physiologie du poëteChapitre 19 sur 24 · LE POETE HURLEUR · texte numérisé non relu

LE POETE HURLEUR

dont oirn-a pas récompensé la valeur; il iic se montre jamais que la colère dans les yeux, Finjure à la bouche, et le fouet à la main; il frappe à droite et à gauche, à tort et à travers, de ci et de là. A califourchon sur son alexandrin, il chevauche, dans ses accès d'épilepsle, au beau milieu des réputations du jour, broyant les hommes et les choses. Clic, clac, le voilà parti, gare devant !... II passe comme une trombe, il Vélance comme une avalanche, il se précipite comme un torrent; il renverse dans sa course les chênes politiques et les peupliers littéraires; c'est le mistral , le simoun et le siroco réunis. Son âme est un volcan dont h; cratère toujours béant lance , en guise de lave , des injures sur la tétc des sommités gouvernementales; il dépèce les gloires, anatomise les noms propres, pulvémesous son pilon de fer les dignitaires de toute sorte , et s'écrie, pâle de fureur:

Honte et malheur à vous, hommes prostitués!

Qui dans tous les bourbiers vous êtes pollués; Lâches adorateurs de tout pouvoir qui monte , Et caparaçonnés d'une sanglante honte.

Je saurai, vous traînant sur le rouge échafaud, De mon vers a vos fronts incruster le fer chaud

Sectiieurs du veau d'or, Judas lacariates , Qui triQqun du gsDg de* plu» tainlt palrioiM... Ne verrone-nous Jamais, (t peuple eouiprain ! Bêler tous rescbacali tous lu grtffe d'airain!... Pai une main, pua une , en ces temps raméliques, Qui ne te soi i souillée en nosTaïres publiques. Partout la lichetë. Honte et malheur! Jt veux Sonillei' d'un vil parfum ma barbe tt met cheveux.

Arisliiphnnc , Archiloque , Perse, Juvémil.

soin d<'s p«élos buco-

Iiigues, comparés au poète hnrleur. IjCS lecteurs nnîfs qui ne )e jugent i|ue sur ses aboiements lyriiiucs, doivent )e regarder comme un ogre niaifiiJsant qui mnngc au moins Irais peiils garçons h son déjeuner en façon de biftecks; mais, vu de prés , il prend des proportions plus liumaines, et il se trouve ordinairement que c'est un jeune homme très-doux qui se bnl les flancs pour fuire une indignation qu'il ne ressent pas, et dont il se dépouillera tout k fait à là première position qu'on voudra bien lui offrir.

l£ POKTE CHANSONNIER [race éteinte ).

: eiicoi'e itoile qui

. Quanmlaluiab ODésau-

iiaid! à Collo ! ù Braiier!

inels indignes suceesseurs a

sceplre de h clianâon aulreruis si popuhiire, de cette chanson joyeuse cl bonne Hile qui ne mettait pas huit jours pour faire le tour de tous les gosiers de France?... Je ne parle pas de la chanson politique , inaugurée par Béranger (M. Dupiu a dit que les chansons de Béranger étaient des odes, ce qui semblerait impliquer que leur auteur rentre dans la classe des pindariques); mais je demande ce qu'est devenu ce chansonnier vert-galant mangeant souvent, buvant sans cesse, ne jurant que par Momus, Bacchus et Gomus; ce chansonnier de Tancien Caveau, conservateur des Ion tan la, des landerircUc et de la faridondaine ; ce chansonnier parasite qui dînait en ville quatorze fois par se> mainc, qui avait un couplet pour toutes les fêtes, un refrain pour toutes les noces et des flonflons pour toutes les circonstances?... Sa présence animait les banquets : il n'avait qu'à paraître pour exciter la joie , qu'à desserrer les lèvres pour désopiler les rates complaisantes, qu'à chanter, en un mot, et tous les convives, transportés, l'accompagnaient avec leurs pieds, avec leurs couteaux, avec leurs verres, avec tout ce qui leur tombait sous la main. C'était là le bon temps, le temps joyeux , où la folie

.igiuiit SOS vieuK grelois, oi'i k's ilei-nbrs scrupules suuiaieni au plafond avec les bouclions de Champagne , où l'on riail à corps renversé , b bouclic toute grande ouverte , sans s'enibar- Risser de la veille ni du Icudcinnin. Mais, que

voulcï-ïous? linH fiasse, lout s'en va, les

dieux, les rois et lescli.insoiiniers Momus,

Qo'iius, B;icchus, ont pris la fuite devnnt imil noire attirail consiiuuionnel. Alors sont arri-

vés les chemins de fer, les cliaries, les révo- IfiiUons el la réaction catholique. Alors les airs rébarbatirs , les grandes barbes et les cheveux mérovingiens. Âdion la joie , adieu la gaieté , adieu la chanson , adieu tout ce qui constituait cette vieille France si fol|e, si pimpante, si spirituelle, si joyeuse, et quelque peu libertine!... Nous nous sommes faits sérieux, blasés, ennuyés, dégoûtés ; nous avons hurlé à des drames féroces , applaudi à riiorribic ; nous avons fait des orgies échevelées avec des femmos de trente ans, et nous avons attrapé des gastrites.

Le dernier de ces chansonniers qui vient de mourir ces jours-ci, Aude, Tauleur des CadeU- Routtels^ avait une singulière manière de mesurer le carré des distances. Dé café des Variétés à la Bastille, disait-il un soir, il y a dix petits verres et trois cigares. Pour lui, le petit verre remplaçait le kilomètre avec avaiiuige.

La chanson a donc été engloutie dans le grand naufrage de la vieille gaieté française. Le Chansonnier, qu'on n*invitait plus à diner nulle part, est mort de faim dans une mansarde en tâchant de jeter, comme les Gracques , de la poussière au ciel. Mais, hélas! cette poussière

H~a pas élé féconde; el imus nous obstinons à croire que le Cliansonnicr csi mori, liien mon, irès-nion, à moins qu'où ne désigne sous ce nom les nul«nrs des rapsodies populaires qui courenl les rues, accompagnées par les orgues <tc ILirbnrie.

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