LE POETE HURLEUR
e poêle hurleur lest tout à fait contemporain ; li\ date îdela révolution j le Juillet ; ce doit être
quelque chose comme un héros désappointé
dont on n’a pas récompensé la valeur; il ne se montre jamais que la colère dans les yeux, l'injure à la bouche, et le fouet à la main; il frappe à droite et à gauche, à tort et à travers, de ciel de là. A califourchon sur son alexandrin, il chevauche, dans ses accès d’épilepsie, au beau milieu desrépulations du jour, broyant les hommes et les choses. Clic, clac, le voilà parti, gare devant !... U passe comme une trombe, il s’élance comme une avalanche, il se précipite comme un torrent; il renverse dans sa course les chênes politiques et les peupliers littéraires; c’est lo mistral , le ssmoun et le siroco réunis. Son âme est un volcan dont b* cratère loujours béant lance, en guise de .lave, des injures sur la tète des sommités gouvernementales; il dépèce les gloires, analomise les noms propres, pulvérise sous son pilon de fer les dignitaires de toute sorte , et s’écrie, pâle de fureur:
Honte et malheur à vous, hommes prostitués: Qui dans tous les bourbiers vous êtes pollués; Lâches adorateurs de tout pouvoir qui monte. Et caparaçonnés d’une sanglante honte.
Je saurai, vous traînant sur le rouge échafaud, De mon vers à vos fronts incruster le fer chaud ,
Sectateurs du veau d’or, Judas Iscariotes,
Qui trafiquez du sang des plus saints patriotes...
Ne verrons-nous jamais , ô peuple souverain !
Râler tous ces chacals sous ta griffe d’airain !...
Pas une main, pas une, en ces temps faméliques, Qui ne se soit souillée en nos foires publiques. Partout la lâcheté. Honte et malheur! Je veux Souiller d’un vil parfum ma barbe et mes cheveux.
Aristophane, Archiloque , Perse, Juvénal,
Datibigné , Régnier, sont des poêles bueo-
liques, comparés au poète hurleur. Les lecteurs naïfs qui ne le jugent que sur ses aboiements lyriques, doivent le regarder comme un ogre malfaisant qui mange au moins trois petits garçons à son déjeuner en façon de biftecks; mais, vu de près , il prend des proportions plus humaines, et il se trouve ordinairement que c’est un jeune homme très-doux qui se bat les flancs pour faire une indignation qu’il ne ressent pas, et dont il se dépouillera tout à fait à la première position qu’on voudra bien lui offrir.
ov6 aviS ov^
LE POETE CHANSONNIER (race éteinte).
ncoue une grandeur déchue ! encore une étoile qui file! encore un poêle qui s’en va!.... Quantum mulalusab illo ! 0 Désau-
gicrs
Pa¬
in Colle! ô Brazier ! où ctes-vous? A indignes successeurs avez-vous confié le
gs* 108
sceptre de l'a ehauson autrefois si populaire, de cette chanson joyeuse et bonne lille qui ne mettait pas huit jours pour faire le tour de ions les gosiers de France?... Je ne parle pas de la chanson politique , inaugurée par Béranger (M. Dupin a dit que les chansons de Béranger étaient des odes, ce qui semblerait impliquer que leur auteur rentre dans la classe des pindariques); mais je demande ce qu’est devenu ce chansonnier vert-galant mangeant souvent, buvant sans cesse, ne jurant que par Momus, Bacchus et Cornus; ce chansonnier de l’ancien Caveau, conservateur des Ion lan la , des landcrirctlc et de la faridondaine ; ce chansonnier parasite qui dînait en ville quatorze fois par semaine, qui avait un couplet pour toutes les fêtes, un refrain pour toutes les noces et des flonflons pour toutes les circonstances?... Sa présence animait les banquets : il n’avait qu'à paraître pour exciter la joie, qu’à desserrer les lèvres pour désopiler les rates complaisantes, qu’à chanter, en un mot, et tous les convives, transportés, l’accompagnaient avec leurs pieds, avec leurs couteaux, avec leurs verres, avec tout ce qui leur tombait sous la main. C’était là le bon temps, le temps joyeux , où la folie
agitait ses vieux grelots, où les derniers scrupules sautaient au plafond avec les bouchons de champagne, où Ton riait à corps renversé, la bouche toute grande ouverte, sans s’embarrasser de la veille ni du lendemain. Mais, que
voulez- vous? tout passe, tout s’en va, les
dieux, les rois et les chansonniers . Momus,
Co nus, Bacchus, ont pris la fuite devant tout notre attirail constitutionnel. Alors sont arri-