‹ Physiologie du ridicule, ou, Suite d'observationsChapitre 11 sur 15 · II · texte numérisé non relu

II

8ii jhysiologib

— • iGe pauvre diable de BiochebeHe , dit en parlant de lui Menival; est-H^ bête à lui de devenir fou parce que d'Arthenay faisait la cour à sa feminei N'était-il donc pas le maître , et ne pouirait-il pas dire . tout net à sa femme., comme je dirais à la mienne, ai semblable idée me trottait dans la tète : Ma Minette, Monsieur que voilà est fort aimable, j'en conviens (et en disant cela Menival prenait la main de M. d'Au^ lerive ) ; mais comme il passe dans le monde pour vouloir être votre amant , je vous prie de me permettre de le mettre joliment à la porte > (et Menival conduisait Charles vers la porte, et l'étonnement de ce dernier égalait celui des gens qui regardaient cette petite scène sans savoir où Menival en voulait

venir). Mais loi y p6ur8«âTtint êMï idée MRS s^iBqutétw de la figure qiie ftyirr saiaitics spiectatcursi; « J'en «tii^fiàf^t cmilinusMHilyinon i^r Momieur; mais comiiK j'ai ptis une femhie pâur. i»di »è\i\) vol» trouVeï'ez bon que je pelh partage point airee- vokis* Cela dit , ajouta Menival en lâiJhant le bras^ (dé M. d'Aulerive' et en r^en^nt près dâ la cheminée , je reprendrais mes petites habitudes ; la dame n'ayailt plu& le galantin sous les yeux , l'oublierait bientôt, et je serais sûr de garder ma femme et ma raison.

— Voilà le vrai philosophe , dit le plus malin du salon.

— Ah mon Dieu ! que j'ai eu peur ! dit tout bas madame M enival à Charles.

84 PHT8IOLOGIB DU RIDICULE.

-^Moi , philosophe ! reprit Menival ; ma foi! je n'en sais rien; mais je suis content de la part que le ciel m'a donnée ; une femme fid^e , un ami dévoué^ des enfans charmans, des camarades de plaisir qui rient toujours, de la santé, de la fortune. Avec tous ces Inens-là , on a le droit de se croire heureux ; qu'en pensez-vous ? »

l^t chacun d'applaudir.

O bonheur si bien célébré par M. Necker, vous êtes le premier de tous !

Le pauvre petit animal hurlait sur le pout du vaisseau, reconnaissant (l'instinct des chiens est admirahle) qu'on allait faire naufrage. Juan le prit, et le jeta dans la chaloupe avant^'y^uter lui-même.

(Lord Bvaoïr, porn Juan, chant x\.)

\xu

9k9 €l)uit6 iith^

ce Houap , houap , houap ! — Veux* tu te taire, Azor! — Houap, houap, houap , houap , hou«p , houap! -^ Allons, voilà Follette qui s'en mêle, à

présent. — Houap , houap ! — Monsieur , je vous demande mille pardons.

— Houap , houap , houap ! — Maudits chiens, voulez-vous bien vous aller coucher ! ry HjQuap î.^-^ Donnez-vous donc la peine de vous asseoir. — Houap ^ houap, houap! — Allons, taisez-vous , vilaines bêtes ! vous voyez bien que MonsieuirA'^tpas un voleur. »

Ici les chiens s'apaisent , et le visiteur essaie de se f9^e^]|g|f^r^^j-piais à peine sa voix étrangère a-t-elle frappé Toreille d'Azor, qu'il aboie de nouveau , et Follette ne tarde pas à l'imiter.

. — Emaovel.dit M. Gan^bile; je vais te mettre à la portie, je t'en avertis ! C'estqu'ib soiît d'une exoellente guette;

DU BfDiCULE. 89

Follette surtout : elle a en ce moment des: petits, c'est ce qui la rend si mé*cbante, car ordinairement elle est^.««

— Je venais, Monsieur , pour avoir....

— Houap , houap , houap , houap !

Hou.4.. ap !

— Parlez toujours, Monsieur; j'ai l'habitude de les entendre; cela ne

m'empêche pas de distinguer fort bien

ce qu'on me dit.

— Cela est possible.... — Houap ! — monsieur; mais moi.... — Houap! —

je ne m'entends — Houap, houap !

— pas du tout.

. -<- Attends-moi^ scélérat! maudit

go PHYSVOJLOGIR

(lîaillard!.... AHoiis, vien&, et tai»^ioU Les voilà tranqoittes, continuez^ Monsieur ; quand Azor mt sur mes genoni ^ il n aboie jamais.

— N'ayant point Thonneur d'être connu de vous , Monsieur, j'avais prié votre correspondant de Marseille de me.... ,

— Pardon , Monsieur ; Follette pleure :

la pauvre mère veut aller voir ses enfans, c'est bien naturel; je vais lui ouvrir la porte. Allons, va , ma petite; eh bien ! quand tu regarderas Monsieur pendant une heure, veux-tu bien te décider....»

Puis , revenant s'asseoir : ^ Ah ! c'est

Fkutti iMbouii qài vm procnirfi l^bflOr mrar de voua .cfoevoûr; my^ le biei^ venu , Monsieur. Vous n'avez pà% sans doute besoin de recommandation ; mais Tdn^ û*eti poulies cbôisfr une meilleureprès de rivéi.' î' '

— Il s'agît', Monïieu# / dé la cargbisoh d'un bàtinfiéhf' md^hioid tfoe Vtttré ami DêlbrtindtoJl.i.i

— Eh bien , où va&-tu à présent ?

dit M: Gân&[)hile à Ator. Ah! je édmpteilds.... ; ôtii/tu g^tlies à là jJorté;.;. Ëj^t^il intelligenf I.:: H m'a fklhi 1« tiop* rigéi» àôhvent p6uV àltivfef à ce jK)int de civilisation.... Mais maintenant, vous Vbyëï qu'il sait ison' affaire; en vérité, î) ne lui manq^te que la jîarofc. Con-

9a PHTSIOLOGIK

venez qu'il y a bien des gens atixquds

ces bétes4à en remontreraient. Avei>* YOiift. des cUens , Monsieur ?

— Non ) Moniûeur ; et je me promets bien de n'en jamais avoir.

. — £h bien, vous avez tort; car, aaos injurier aucun de vos amis, je parie bien qu'il n'y en a pas un de comparable à cet ami-là. »

£a ce moment, M. Ganophik se lève,. ouvre la porte; Âzor s'en va, et !Kal)ette rentre en dépit de tout ce que f^jdt son maître pour l'en empêcher.

— Allons, il. n'y a pas moyen de la renvoyer*, dit*il; ces animaux^là sont

W BIDICULS. 93

attachés à l'excès , Follette surtout :

croiriez -vous bien , Monsieur y que lorsque je dtne dehors , elle ne mange pas; c'est un fait; elle se laisserait mour rir de faim, si je ne rentrais point Bonne petite !

— C'est fort bien ; mais je vous disais donc que le bâtiment qui doit mettre à la voile.... s>

Ici , la voix un tant soit peu aigre du négociant recommence son effet sur Follette ; elle aboie de nouveau , et de nouveaux signes d'impatience démontrent assez à son maître combien elle importune.

— Attendez, dit-il; j'ai là quelque chose qui va la mettre à la raison. i>

9 4 ^MYêtùtjbGK

Oh droit ^ue à'est unie èanne : jpoiht 4u tout 9 (^'«&^ un paqt»ét dé gitit-^ bkttëft dont Folteote s'empâta to^ ieii gtognant , et qu'elle * va cacher sous le fauteuil du visiteur comme pour mieux surveiller ses démarches.

Ce voisinage d'un ennemi déclaré l'inquiète : il retire ses jambes.

— N'ayez pas peur, elle n'oserait vous mordre ; elle sait bien que je suis là » , dit M. Ganophile.

La conversation v£^ reprendre ; mais Azor a senti à travers la porte le parfum des gimblettes , et il aboie de toutes ses forces pour en avoir sa part. FoHette lui répond. On ne s'entend plus.

DU RIMCUliE. 95

O» w ééeîde à Jui ouvrir la . parle ; alors il s'engage un combat entre la mère affaxnëeiet le mari gounnand qui cause d'autant plus d'effroi au visiteur qu'il se passe dans ses jambes. Le pauvi(e homme, partagé entre la crainte d'offenser le maître de la maison, et celle de se sentir dévorer les mollets , ne sait plus un mot de ce qu'il dit ; il a même oublié ce qu'il venait dire.

M. Canophile , qui le voit se lever , fait de vains efforts pour le retenir.

«Restez donc, dit- il. A bas, goulu d'Azor ! Veux-tu bien la laisser manger! Gredin, voleur! attends-moi, je t'apprendrai à lui mordre l'oreille!

c'est que je ne badine pas , moi ! »

Et pendant que M. Canophile s'es-

96 PHYSH>LOGIB

crime epi injures^ en gestes et en me&aodî pour séparer les combattans, le négo*' ciant gagne la porte ; il est déjà dans: son cabriolet.

-^ Il est parti !••.. Ma foi, tant pis pour lui ! dit Ganophile ; puisqu'il est si impatient , je ne regrette point l'af^ faire qu'il allait sans doute me propo^^ ser. Je n'aime pas à traiter avec les gens qui détestent les chiens ; ils ont l'esprit et le cœur secs*

— Cet homme est aussi par trop ridicule avec ses chiens ^ disait le négociant en ôtant les poils dont son pantalon noir était parsemé. Conçoiton une manie semblable ? Et l'on m'avait recommandé à lui comme à l'homme

DIT nmiciius. 97.

le pliis capable et le plus obligeant?- Eh ! qui pourrait jamais rien ai tirer' à trayers ses histoire de chiens et les •abmemens de sa meute ? ^

En effet , M, Canophile est le raeil* leur j et surtout le plus généreux des hommes ; mais il a beaucoup reçu dans le monde , il «n a Icmg-tempë subi les engouemens inconstans , les &ux amours, les froides amitiés; et le be*soin d'être aimé, cette infirmité des âmes nobles j * dont l'amour - propre étoune les plaintes sans y porter remède , le cœur du bon Ganc^hilc' en était atteint au suprême degré.

Pour n'être point malheureux au milieu de tous les biens que donne la n. 7

fOnliioftj lit liiti Allait bocHMb jd'ê^

sefi(ce>étoil>taii biw&itv ter flouffnmra

une peine, sa 'pfopmlé.uà dépôt dér fendu avec. zèle. Toutes ces eonditiiNAS V ' l^pm atoir lOftg-tempftioberc]M> U'Ae-ile^ ai^ rebeontréfis > &ut^ U , r^vou^ ^ .que dans &pti ehien.; de là • iYÎnt le crédit d'Azor ' ftur ^ |q cqeur dû:.$r>Q.kn92tre;i ^ces ^oip^plpiâaAea^ et c^ieulpire dotit tant de geits.se «n^

LagQDtîll^ Ado4apiii«tt0 , la nièce de Mw Ginbpfaile]^ éH^k c(»ll« qui Ife tourmentait h plus sur ce qu'elle appelait ses chiens gâtés. Médisant d'eux à propos d^ to^i elW les dénonçait à chaque ÎAstant ; tantôt c'était ta pobe

DU muMOinuii 99

sur lai]«dl6 Fempreinlte à» deiULpaltM GffOttéM trafaissaît r^mpresëraaeiit ç)»

FôNette à racâtieiUir; tantôt c'était un de& faipus qu-eHe âevait, étranglé par Atot ; une guirlande de roses qui avait Mr^ à leur» jeux , un soulier de satin blanc qu'ils s'étaient si bien dis^ puté qu'il n'en restait -plus que la se* melle« A tous ces désastres ^ ces phinies graves, Tonde répondait par le don dHine somme plus que suffisante pour racheter dix lapins, deux guirkuuka, et des soci)«grs blancs pour vingt bdà; é^ bien, ringnite n'en eontimiitit pas moins ses épigrammes%

Une nuit pourtant que toute la maison était ]4ongée dans tm profond sommeil, Follette aboie avec fureur,

1 OO SHTAKHOGIE

Asor se précipite '¥cn la porte qus

tuiie:<kina ua cabinet où se trouve la sse de( M. Gatt((^hile ; <^tui*ci sé^ lie an ^uroftut » il skmae^ on accourt ,. ili entre dan* le cabinet, ki fenêtre en

e$t toute grande ouverte, une échelle y êBt encore appuyée. Il jette aussitôt les yeux sur sa caisse ; la première serrure est forcée, et la seconde allait probablement céder, lorsque les volear^s^, effrayés par les aboiemens des dûéna, QQt pris la fuite. Quelques mi-: nutei ^ .plus, et. le bon Canoptkile.

était rwAé;.oar m çfiisse contenait une somme considérable déposée chez lui par un de ses confrères, et certainement jà aurait vendu ^ tous ses biens pour rendre le déi>ot qu'on lui avait confié ; la railleuse Antoinette eût pecdu

DU RIDICULE^ lOI

sa dot et l'héritage qui lui est destiné. Que de richesses dues à deux pauvres chiens ! et que la jolie nièce a béni depuis le ridicule de son oncle !

Ah f trompcsHuoi toi^oon de même.

Ette avait cânqnante ans et pensait enoor plaire.

OBSEE¥ATIO]y#

\XU.

ta nirilU Hhxpe.

La voyez-vous penchée sur sa causeuse, près d'une table de Boule incrustée d'ivoire et d'ébène, couverte d'album y de fleurs, et de toutes ces jolies inutilités qu'on pourrait appeler

1 o6 PHYSIOLOGIE

les reliques de la mode? Ija voyezvous ; elle attend que la porte de cet élégant salon s'ouvre pour le jeune héros du iloîniVi' ^lA Ibdodpè en cet instant , ou pour la confidente indispensable des chagrins d'un amour faiblement partagé. Qu'il arrive , ou qu'elle vienne , le temps n'en doit pas moins passer agréablement ; car, à cette époque de la vie , le plaisir de voir celui qu'on aime n'est guère ptes vif que cehii de s'en plaindre. Rentrer dans la jeunesse par l'élégie , c'est encore être au rang des heureuses victimes : madame de Freneuîl le savait ; aussi prenait-elle des airs langoureux et ' distraits , des attitndes d'Ariane , qui faisaient Tamusement de ses habitués.

DU RIDICULB. 107

Jouissant d'un bel embonpoint, et par conséquent très fratche pour son âge, sa mëknoolie amoureuse .oon<traate peutiétre d'Une manière comiquç avec sa t6urnure é{Mûsae et ses joues rebondies; mais elle parle tant et si bien du martyre d'un cœur mal eom-^ pris y du malheur d'attacher sa vie aux ailes d'un papillon volage ; elle est si 6istueusement émue quand le perfide arrive, si profondément abattue quand il se fait trop attendre , qu'on lui par^ donne ses peines et ses joies romanesques en faveur du plaisir qu'on trouve à s'en moquer.

Gomme elle est riche , elle est naces^ sairement adulée 9 écoutée, et toujours plainte au degré qu'elle exige par iceu%

I o8 PHyS10fX)GIE

à qui elle fait partager son bien-être et tous les agrëmens dus à sa grande fortune. Sa confidente a de droit sa place dans toutes les loges de ma-^ dame de Freneuil; le perfide paie la sienne par une courte apparition pendant le ballet ou pendant l'air de la Prima Donna. Il daigne être des parties de petits spectacles , car tons les ingrats aiment à rire ; et les grâces d'Odry dans an rôle d'élégant leur semblent une parodie amusante.

Quelle gloire de conserver ainsi près de soi , toute une soirée , Télégant Polydore, le plus fat des sultans du jour ! Madame de Freneuil ne s'inquiète point de savoir s'il n'est pas dans la saille quelque jeune beauté gar-

DU AiUlCULE. 109

pamnmari jaloux^ si. la lorgnette du \€karmMA troMre ne se dirigé pas trop soiiTeiitd'jQn certain côté^ si quelque jolie débutante ne fait pas pour lui tout rintérêt de la pièce : il est là ,. die le voit , elle Tentend rire ; on ne peut tant s'amuser que près de l'objet qu'on aime; oet.objet, c'est. elle. Quelle source de jouissances infinies dans les fau3L calculs d'une franche dupe !

L'Italie nous cède-t^Ue. une de ses virtuoses dont, le talent et la beauté tournent toutes les têtes, et particulièrement.celle du jeune Polydore ? madame de Freneuil. arrange un. concert où la belle cantatrice sera entendue et fêtée, car c!âst.à.qtti la. verra; de près et pourra lui adresser le tribut de son

1 lO PHmiOtXIGIft

admiration ; le projet de ce ocmoert, a«H quel doîvetit ooncourir left plus grandest illuBtrations musicales^ attire de toutes parts an ' nombve infini d'invitationa ^ de cajoleries, de B<^citation$ à madame de FrenôuiL Ceux qui rient le plus de ses ridicules sont les plus empres* ses à se fiiire invita ; entre-t-elle dans un raout , il se forme aussitôt un cerde autour d'elle^ on demande des nouvelles de sa santé avec Taccent du plus vif intérêts Les femtnes vantent le bon goût de sa toque chamarreé d'or , et veulent en avoir une pareille au prochain bal; les hommes se disputent Vbonneur de lui donner le bras poitf parcourir les salons 6t la galerie de fleurs« Ils écoutent de la meitteure grâce ses grosses épigrammes sur la perfidie

DU umcvuuB* m

d^ibwntnesi; iUsawieiltâ Mimainrais fa^Q» mbta, el m cQoaaoreiit si com^ plétemeatà die tant que le r«out ckore^ qu'elle doit se croire l'objet dluoe prêt, férence exclusive. Tant de soins lui font craindre que Polydpre ne soit jaloux.

Elle lui fait signe de venir auprès d'elle ; mais Polydore , tout occupé de séduire l'esprit d'une jolie coquette, ne pense pas à madame de Freneuil; loin d'être blessée de cette impolitesse, <c C'est du dépit , se ditelle ; il . a£fe«ltç de «e pAâ jne yoir, et je «uis sût€ qi)'il ne perd pas. un s^l de met «lOH veiM^as. Mdts il se lajisera de bou^ 44r.«io9i, et jea^rai assea boooe.peur^ ]m oXfiv tttiitis iikquiétttde» Ah ! que nouii sAOMPt» fajyUlea, AQtti aulreft pauTtes femmes ! »

ll!À PHYSIOLOGIE

£n effet ^ Polydore ayaât obtenu le mot qu'il d^irait , vint rejoindre madame de Freiieuil : il avait une grâce à lui demander.

« Vous me trouverez peut-être bien présomptueux, dit-il, mais je viens presque de promettre à madame de Tourval une invitation pour votre concert; ai-je eu tort? ajouta-t-il en attachant ses yeux sur madame de Freneuil de la manière la plus tendre.

— Certainement vous avez eu tort, répondit-elle en minaudant, car j'ai déjà invité beaucoup plus de personnes que mes salons n'e«i peuvent tenir, et les refu^ que je viens de faire ne me permettent pas d'ajouter un seul nom à ma liste.

DO fUMCULB. tl3

^^^ Quoi ! pi» même odui de ma* dame de TourralP Si c'est ainsi , vous pocitex rayer le mien , car il me sera imp<»sible de me montrer nulle part après avoir si ridiculement compte rar cette preuve de complaisance de votre part : on croira qu'il y a eu fatuité de la miaane à promettre plus que je ne pouvais obtenir de votre bonté , et je ne me aens pas le courage de braver tant d'humiliation.

— Allons, taise^^vous, reprit ma-dame de Freneuil ; n'allez pas faik*e la mauvaise tête : ireïiez demain matin diesL moi , je vous remettrai un billet }wur madame de Tourval , mais tâchez que personne n'en sache rien • car vous me brouilleriez avec la terre entière.

Il4 ' PHYSIOLOGIE

— Quand cela serait, dit le perfide avec un sourire coquet, croyez«-Tous que je m'en désolerais ? ^ £t il prit d'autorité le bras de madame de Freneuil , qui se laissa entsaîner avec une soum ission pleine de bonheur et de charme.

Il fallait voir sa fierté nonchalante en traversant la foule des invités , et le soin qu'elle prenait de s'arrêter à tous les gens de sa connaissance pour constater sa gloire ! car elle donnait le bras à l'idole de la mode; elle s'appuyait sur lui de tout le poids de sa lourde personne , et ce laisser-aller prouvait assez l'intimité qui existait entre eux. Avec quelle complaisance elle s'informait des nouvelles de tout le monde !

comme elle multipliait les poses pour

prolonger le plaisir d'être ainsi pro* menée ! Ces momena d'arrêt , où elle déployait si bien ses vieilles grâces et sa puissance, n'étaient pas tous perdus pour Polydore; il trouvait toujours moyen de glisser quelques mots , de lancer une œillade aux jolies femmes qui passaient près d'eux. C'est ainsi qu'en entendant parler derrière lui madame de Tourval, il se pencha pour lui dire à l'oreille : <c Vous l'aurez. y> Elle comprit aussitôt qu'il s'agissait d'un billet d'invitation arraché à madame de Freneuil , et le sourire le plus reconnaissant répondit à cet avis furtif ; les yeux de Polydore en rayonnèrent de joie, et la vieille madame de Freneuil prit cet air joyeux pour l'effet de ses bontés , et de la satisfac-

î\6 • ^HniMJbGite

tîton â'ottiour-piiopre c|<i'éprt)Uvf* totit jeimë hommô cfaî petit fie dhe > «f Getfe féiTÎme vâ donner une fête , et j*en se^ raî le héros. »

Il y avait peut«être an peu de ce sen»timent-^là dans oe qu'éprouvait Polydore ; les. coeurs de fushiofiakles sont sujets à ces sortes de petitesses.

Décorateurs ^ tapissiers , symphonistes ^ glaciers , fleuriste^ , cuisiniers , tout fut mis à contribution pour cette isoirée, moitié concert et mcntié bal , où le beau talent.de l'Italienne et les grâces de la jolie Française devaient également enivrer d amour ce char*mant monstre de. Polydore.

Qu'importe de quel bras Dieu daigne se Servir; *

. Polydûre est heureux ; madame, 4^ Freneuil est la eau64: preoiièr^ dç son bonheur : en faut* il davantage pour une âme noble et dupe ? . <

Ainsi se passe la première vieillesse dé cette femme ridicule; la seconde n'est pas m^îns doiK^e , car sa fortune lui conserve toutes les illusions qui air dent à mourir : enfans , parens , fauii amis, tout lui reste , tQv& s'empresr sent autour d'elle. On la soigne, on la caresse; elle ne connaîtra jamais rafiTeu;^ abandon où Ton peut laisser la mère de qui l'on n'attend plus de soina , car eUe est infirme } plu» d'héritage , car elle est rui^ée : eUe ne^fiira pas sa vie seule, Uvrée k Is) piti^ de quelque domestique , regrettant de

n'avoir pas succombé plus tôt, et de ne pouvoir emporter dans sa tombe Fespoir de quelques larmes pour prix de* ce dévouement passionné , bonheur et supplice d'une mère.

L'ingratitude ne lui apparaîtra jamais dans toute sa laideur ; avec cette dureté naïve qui semble dire : De quoi vous plaignez - vous ? n'êtes-vous pas maintenant inutile?

Exempte de ces douleurs de l'âme , la vieille dupe s'endort dans l'enchantement de ses illusions. Tout ce qu'elle a cru voir a existé pour elle. Le flatteur était un ami ; le moqueur, un adorateur passionné ; l'héritier cupide, un parent désintéressé; la confidente pensionnée,

une sœur tendre et dévouée; et cette foule de convives fidèles à son cuisinier, autant d'amateurs d'esprit, de bon goût, que le charme de sa conversation réunissait chaque jour. Sa dernière pensée est encore une duperie ; elle jouit en mourant des regrets qu'elle croit laisser ; elle se transporte aurdelà de la vie , et voit ses enfans , ses neveux , suivre à pas lents son cercueil en l'arrosant de larmes ; elle entend son éloge funèbre sortir de toutes les bouches ; elle a pitié du désespoir des malheureux qui lui survivent. Ah !

si la réalité se montrait tout à coup à ses yeux presque éteints ; si elle pouvait se «traîner dans la chambre voisine, où ses héritiers, impatiens de voir finir son agonie , marchandent son

laO PHYSIOLOQU OU RIDICULE.

eonToi, et oontraignent son homme de confiance à leur remettre les defs de son secrétaire pour y chercher ou soustraire un testament! mais le ciel ne veut pas qu'un momoit la triste Térité porte son fatal flambeau sur cette vie. Ge long prestige doit durer autant qu'elle pour Fédification des dupes et le désespoir des insensés qui mettent leurs soins , leur esprit , leur amour*propre , à n'être point trompés I

Celui-là voit reflet , et celui-ci b cause : Sur cette double loi le monde entier repose. Dieu seul (qui se connaît) peut tout voir à la fois.

(ÀLraio Di Mowvr, Dédicace, )

XXIIK

Ce j^mnitomlmUeU»

C'était dans le temps où Talma fai^ sait la gloire du Théâtre Français , où M. Soumet écrivait pour lui le beau rôle d'Oreste , où l'on assiégeait dès six

ia4 PHYSIOLOGIE

heures les portes de la salle pour ladmirer dans Sylla, où le chantre des Messéniennes lui préparait un triomphe nouveau dans V École des yieUlards, oh kr spirituel autour du Fo///culaire rêvait pour lui le rôle de Charles VI. Ce rôle qui devait révéler toute la puissance d'un talent inimitable, oii noble dans la misère^ juste dans la démence , Charles VI arracherait des larmes.

Hâas ! serait-il donc- vrai que la perfection , dans quelque genre que ce soit, fut interdite aux hommes , et qu y arriver, c'est xiiourir ?

— i)Je viendrez-vous pas demain soir prendre le thé avet'uous? dis -je à

DU RIDICULE. ISàS

M» G.... en le rencontrant aux Champs Élysëes ; itoms aurons quelques uns dé ces amis que vous aimez tant. Le bon Pichald nous dira un acte de son Léo^ . niddS : on . assure qu'il y a dé beaux vers. Il m'a prié dé les fidre entendre à Talma , et ce sera amusant de voir agir le génie du poète sur celui de l'acteun Soumet viendra aussi ; il doit nous pré* senter un nouvel enfant des muses ^ qu'il appelle tout simplement l'Enfant sublime. A Ven croire , il fiiit déjà des odes divines ; et cette opinion^-là , soii^ tenue par l'auteur de tant de vers admirables , doit inspirer de la confiance.

— C'est du jeune V,... H... dont vous parlez sans doute, répondit M, G....; je le connais, beaucoup , et jf crois aux

I â6 f»HYSIOLOGIE

prédictions de Soumet sur ce jeune talent : en fait de poésie , on peut le regarder comme un oracle.

— Ainsi vous viendrez , n'est-ce pas ?

Nous aurons une soirée bien littéraire, bien ridicule : chacun de nous y dira quelque chose , pour que la complicité empêche la trahison; le toujours spirituel Emile Deschamps , Taimable Alfred de Vigny, le poétique auteur du Parricide, le gracieux troubadour^ Jules de Rességuier, le dran\atique Ancelot , Tami le plus dévoué des talens qu'il admire ; enfin tous se compromettront par un hémistiche au moins; et pour compléter le ridicule de la soirée, je vous promets une élégie faite et dite par une jeune fille de quatorze ans.

DU RIDIGULB. lây

Voilà de quoi faire fuir une armée de gens du moade , mais l'auteur des Ma-chabées n'en sera point effrayé.

— Non vraiment, reprit M. G.*.. , et vous me voyez très malheureux de ne pouvoir jouir du charmant ridicule de cette bonne réunion ; mais si vous saviez avec qui je dois passer ma soirée , vous trouveriez que je ne puis, sous aucun prétexte , me dispenser d'un tel honneur.

— Quel est donc ce grand personnage?

— Le plus grand de tous , sans contredit ; mais si grand , si grand , que je vous défie de le deviner.

1 2i8 PHYSIOLOGIB

— Est-ce qu'il y a réception à la cbar? est-ce avec le Roi que voud—..

— Sans manquer de respect à aucun roi du monde ^ ceiiii que je dois inoir a bien une autre puissance ^ Trai«* méat!

— A moins que ce ne soit Dieu le père , je ne connais personne qui puisse donner l'idée de

— Vous approchez , interrompit en

souriant M, G ; un pas de moins,

et vous y êtes.

— Quoi ! c'est avec notre seigneur Jésus-Christ que vous passez la soirée ?

— Ni plus, ni moins.

' ««^ Àh 1 je bomprends , dis^je a}ors en souriant'; vops avéis promis à quelque jolie dévote €|e là conduire an sermon deTabbéde L. "M.

— Si oé n'était que cela , je trouve"* rais bien moyen de remettre la partie à un autre soir : up sermon se retrouve toujours. Mais l'apparition du vrai Dieu n'est pas chose ordinaire; et si l'on manquait volontairement un tel miracle , il y aurait de quoi se dqnner au diable : conyenez-en.

— Quelle profanation! m'écriai-*je ; comment vous , dont les sentimens re« ligieux ont si souvent et si heureusement inspiré la poésie , vous pourries vous prêter à une semblable jonglerie?

— ► Que voulez-vous , j'ai dass Fânie une crédulité stupide , que tous les doutes de mon esprit ne peuvent com-r battre. D'ailleurs il y a dans la nature tant de choses que je ne comprends pas , qu'une de plus ne m'étonne guère. Nous avons tous deux pour ami un savant spirituel ( ce qui n'est pas commun ) j un homme que l'étude de l'anatomie n'a pas fait tourner au matérialisme , et que les conjectures de la métaphysique n'ont pas rendu fou.

Eh bien , cet homme , qui n'est ni sot , ni charlatan, croit au somnambulisme; il en raconte des effets à renverser d'étonnement ; des maladies occultes devenues visibles à Foail fermé d'une jeune fille ou d'un jeune homme , des remèdes souverains indiqués en rêvant ,

*mi RlDIOUIiB. ' l3l

des oradea reack» par rignoraiioe , et accomplis pair le temps ;.eiifîii , une sëf ie de miracles plus étomtlisBaiis IW que Tautre. Gela. me séduit, radi. -

— Je le crois bien , vraiment , et rien qu'en vous en entendant parler je me

sens à moitié convaincu ; il ne me faudrait plus qu'un exemple frappant pour achever de m'édairer ou de me rendre imbécifle j et si je pouvais assister à votre soirée miraculeuse!....

— Rien n'est si facile ; elle se passe chez un de vos amis : il ne vous y a pas invité, parce qu'il a craint votre scepticisme moqueur. Prenez-y garde , au moins ; vous êtes capable de rire au moment le plus solennel , et ce serait d'un exemple abominable.

l3a PHYSIOUIGIB DU RIDICULE.

— Et pettt«^tre oontagieuiLy ajouttai-je; mais soyez traiiqaiUey je vous promets, à dé&ut de crédulité, tout le sérieux dont je suis capable. »

Nous convînmes de remettre ma soirée au jour suivant ; je reçus une invi-

tation de M. D pour être témoin

du prodige annoncé par la bouche du prophète endormi , et je fus exact à me rendre chez lui à l'heure indiquée.

XXIW*

qui pennet aux bienheureux de pénétrer Ie9 loig de l'univers , s'est réseHré le ÂeAeilleax secret dn cœur de l'homme.

( GoATIAUBaZAlB , Ut HOT^i ^ TOl. I. )

OBSEBTATION»

XXIT.

Je .restai assez long-temps avant de

parvenir à la porte de M. D Une

file de- fiacres en obstruait Fentrëe : c'était le cortège de Fenfant somnam-

l38 PHYSIOLOGIE

Il paraissait avoir quinze ans an plus : sa figure , ni jolie ni laide , était pâle et commune ; il y avait dans son regard plus de finesse que d'inspiration. Les gens qui raccompagnaient avaient les manières simples et calmes des comparses de tragédie, qui voient s'accomplir chaque soir sous leurs yeux les événemens les plus extraordiiiaires sans en être émus, tant ils sont dans le secret des moyens employés pour étonner et charmer le public. •

Les femmes qui se trouvaient parmi les sectateurs du somnambulisme étaient beaucoup plus remarquables, par leurs chapeaux à plumes mangées aux vers , leurs robes de satin passées ,

DU RIMCULE. l39

leurs gtos souliers et leurs gants sales. Elles étaient , déplus , dans une agitation cpnûnueUe, :fafiant des soupirs mystiques , levant au plafond dé petits yeux cernés ; etifin, cherchant à exc^ t€sr.la:foi par tous fes .moyens de se? ductioii à leur portée.

Placé par le maître de la maison entre deux personnes de ma connaissance , je n'osais lever les yeux sur elles , dans la crainte de risquer mon sérieux , et je. gardai comme tout le monde un profond silence.

• ri

J'avais bonne envie de monter mon imagination au niveau du miracle att^du ; je voulais me pénétrer des idées ir!ç}igieuses qui. devaient nécessairement

r4o PHYSlO&OGlft

occuper l'esprit des croyans de Tas^ semblée/ mais j'en cherchttis €n Wii l'escpression mr leilrs visages. Pà» uii aé teodilait méditer sur le grand eMitnà qui allait s'aooomplir ; les femmes dont je viens de parW exceptées, fchaenn s'examinait mutueilèmeiittttteo défiance et curiosité.

Après quelques momens de conversation entre M. D.... et Tendormeur, celui-ci procéda tout haut à un interrogatoire entre son sujet et lui , dans lequel le jeune somnambule jura par Notre Seigneur n'avoir commis aucun péché depuis deux jours , ni en actions ni en pensée.

« En êoes^vouB . bien eettainP Itii demanda son mattre. Ne vous est-il point

éflluipfié ifMAqm» wiear 4q ces pwûle»

<{»t suffisent pour akërer Tétat 4e purt raté et d'iiUQiOGenM néeesswire à Fao*-. oompAissement de vos vœux ? GhereheA bient dans "sotn mémoire;, ear. Toua savez que les sècpeta du eiel ne ^se dé^ voilent pas à Fimpie ! »

Le jeune homme ayant répondu à cette question solennelle d'une manière satisfaisante , Fendormeur le fit asseoir sur le canapé , puis levant les mains sur sa poitrine 7 il le magnétisa si bien, qu'en moins de cinq minutes , on vit la tète du sujet se pencher mollement sur les coussins du canapé , et ses brass'allonger, dans l'attitude d'une per^ sonne surprise par. un profond som* meil.

1 4^ PHTSIOLOGnS

LcMTsqae Fétat de somnambulisme fut bi^i constate à ToBil ejcercé du professeur, il <l^nanda s'il y avait parmt nous une personne souffrante qui désirât connaître la cause de son mal^ et les moyens de le guérir.

Les plus malades hésitèrent à répondre , tant la crainte d*étre mystifié devant témoins l'emporte chez notfô sur les intérêts les plus vifs. Un jeune incrédule fut le premier à s'offrir comme victime d'insomnies fréquentes.

La légèreté de son ton , le sourire qu'il dissimulait fort mal , parur^it d'abord causer ime sorte d'indignation

à M. C , c'est le nom de l'endor-

meur ; mais loin d'y céder , il prit ' un

DU RIDICDLfi. l43

air de pitié dédaigneuse, et ebgsigeaj cet .étoiurdi d'Alfred .à se mettre eR> rapport aVec le somnainbule , en ap-*.

prochant son pÂed du sien/

Alors M. G questionna le sujet,

qui s'obstina à ne point répondre.

. — Son sileiice prouve qu'il ne voit rien , Monsieur ; et que vos insomnies n'ont point une maladie pour cause i>, dit alors le savant.

£t le pauvre Alfred vint se rasseoir tout confus du peu de succès de sa l^aisanterie.

<c Monsieur ! Monsieur ! s'écria en cet instant une voix émue qui me fit

l44 PtttBlOt/KSie

tKflsaillir ; est^il vrai que sur h simple oentact d'une chose qui a été portée par la inâlade, le somnambule peut indiquer le remàde qui doit la sau-^ ver?»

Je me petournai pour voir qui fki* sait cette question ; à Tanxiété peinte sur les traita d'une femme de près de quarante ans, à cette voix qui recé* lait des larmes , je devinai une pauvre mère.

C'était madame de R , que le récit de plusieurs cures merveilleuses, attribuées au somnambulisme , avait engagée à venir à cette séance. Le besoin d'espérer rend crédule; elle voyait chaque jour s'éteindre sous ses

yeiut safitte^ un de «a eirea an^géHipiei que le ciel semble réclaioer, ùùwme trop accomplis pour vi^re sur la terre : quinze. ans , tont ce que la beauté^ la fortune, promettent d'heureux jours , enfin l'avenir le plus doux, ne pouvaient trouyer gi:ace auprès d'une des* tinée malheureuse* Cette Nathalie si chère semblait •. condanïnëé à suocom»

ber à la maladie de langueur dont elle était atteinte .depuis six mois. Les médecins, après «voir vainement tenté de la ranimer, étaient tombes d'accor4 de l'envoyer à Nice, dans ce riant hos^ pice des incurables de tous les pays ; où le plus beau soleil du monde éclaire chaque jour de nombreux convois , et c'était à la veille de son départ que madame de R,... venait tenter un dernier

IL lO

«4^ 9Hraeu>GK

effqrtenîn^lorant leB'MCDttrede la

agcondft irae.

r ' Copmdant elle n'aïut jamaM entendu parier qu'en plaisantant de cette faeulté pvaupie divine ; les personnes qol, sur sa prière, l'avaient fait inviter

i^ies M. D , ne s'étaient point re-^

fmé le plaisir de rïre du ridicule d'une semblable séanee ; ils avaient ikiéme «enté^ <le k détouirner db prejét d-y vènit- , en lui racohtaM une fottle de {ongleries dont ils aoeusaieÂt à bon droit certaines soninambliles très éveillées de leur nature ; mais rieii n'avait pli ébranler sa résolution.

' QMand un pressentiment s'empisn'e du 6<eur d'une mère , il y règne eôMme

la ^x de Dieu; c'est lui qui la guide, Taoeable ou la soutient. Qui . po«m* rait dira que cet avis secret ne lui vient pas du ciel ? Ah ! a'il daâgnê ae»corder parfois un secours surnaturel , ji'est-il done paa du h la douleur d'une .mèrei'

Sur la répome affirmative que mardame de R.4.M reçut de rendormeur, die flûrtit<l-un sac de taffetas noir une éohnpti en disant : «c G'eat eUe qui Ta brodée, je la lui ai fait porter toute la matinée; croyez -vous, Monsieur, que jce aoit suffisant pour?....

-^' Nous allons voir, Madame ; donneiMODoi cette éeharpe » , ceprit M« Ci. du ton le plus naturel.

1 48 PHYSIOLOGIB

Et récharpe déposée par lui dans la main du somnambule , il le questionna sar l'état de la personne qui la portait habitudlement.

Après un silence assez prolongé, le jeune endormi proféra quelques mots sur le danger où se trouvait la malade, puis il ajouta qu'on pouvait la sauver en lui ^dsant boire chaque matin une forte infusion de plusieute simples , dont un médecin qui ëe trouvait là prit note.

(c En voici une qui ne croit point en France , dit celui-ci à propos d'une plante dont j'ai oublié le nom; il faudrait la faire venir de l'Inde; et comme elle n'entre pas d'ordinaire dails la

nv RiDicuiA. 149

composition dès médicamens, je doute qu'il s'en trouve chez nos pharmadeos.

— Où pourrait-on s'en procurer ? »

demanda M. G au somnambule, qui

répondit lentement et d'une voix oppressée :

« Dans le jardin... d'un particulier...

retiré dans un château.... près d'Orléans... il en a rapporté deux pieds....

à son retour de Calcutta; ils sont à

l'heure même en fleurs dans sa

^rre :»

En finissant ces mots , l'endormi se retourna, et laissa tomber l'écharpe de ses mains.

La mère^ qui avait traversé le salon

l5o PHYSIOLOOIB DU RIDICULE.

pour mieux entendre l'arrêt du ^m-* nambule, s'empara vivement du papier sur lequel rordonnance venait d'être écrite; et elle sortit sans saluer même le maître de la maison, qui courait après elle pour l'aider à descendre.

La pauvre femme est déjà sur la route d'Orléans , pensai-je , et je ne me trompais pas.

XXY.

Le temps de mille erreun a fidt des rentes. ( Cassmxa Dilatiove p tptreêL Mesdêwn àe VAcadéime.)

OBSERTATION.

Ce. petit é{H9ode terminé , on en re^ vint au grand mystère. Mais, ô douleur!!! ô regret!!! L'apparition humaine y la Tision celedte y toiit manqua ;

et cela par la faute de Tadolesoent somnambule. — Pour que ses évocations soient sans effet , nous répétait son maître, il faut qu'il ait péché hier ou aujourd'hui n , alors secouant avèc colère le pauvre sujets il le forçait à s'agenouiller pour se mettre en prière.

— La grâce peut lui revenir i>, disaitil pendant que l'autre marmottait scm Credo; mais la grâce ne revint pas , et M. G... s'en tira en nous ajournant au moment où il aurait pris toutes ses précautions pour maintenir son petit somnambule dans l'état sans lequel on ne p^uivait arrivet à l'èxtabe ppoj^ice aux évocations floanculdoses.

On devine l'eifet de oetter chute btir«-

DU RIDICULE. l55

lesque sur un cercle dont la moitië au moins seeompoftait de goguenards inwépidesque Tëvidence du miracle annoncé aurait à peine conyertis ; les quolibets , les épigrammes , volèrent de bouche en bouche ; peu importait quHls ftissent entendus des apôtres. Ces pauvres élus n'étaient point encore r^ooiontés dans leurs fiacres qu'on les accablait déjà de plaisanteries qui auraient £siit perdre patience à de plus saints qu'eux.

Je ris comme tout le monde du miracle avorté ; mais j'avais remarqué un changement étrange dans l'attitude , la voix , les inflexions , enfin dans toute la personne de l'endormetir, tfu mo* ment oii il me sembla qu'il passait du vrai au fantastique.

i56 PHYSIOLOGIE

Je suis toujours de bonne foi avec moi-même , ce qui n'est pas commun à tout le monde ; et je m'étais senti vivement ému pendant la consultation de la mère pour sa fille mourante. J'avais vu briller l'espérance , la sincérité , dans les yeux de M. G... pendant qu'il faisait l'épreuve de l'écharpe^ et sa con* fiance visible dans l'intuition du somnambule avait passé dans mon esprit au point de ne me laisser aucun doute sur la vérité de l'oracle que j'écoutais en tremblant. Ma raison ignorante , mpn expérience des choses ordinaires dela'vie; coitabattaientbienun peu mon pendiant à croire à un mystère si surprenant ; mais le vrai est une puissance occulte qui agit sur nos sens en dépit de notre intelligence; nous croyons

avant de comprendre ; et je me trouvais alors comme subjugué par un fait dont mon esprit ne se rendait pas compte.

Combien j'aurais désire en ce mo-ment de pouvoir suivre madame de R.... à Orléans, non pour achever de me convaincre , car je ne doutais plus , mais pour avoir un moyen irrésistible d'amener à ma croyance les sceptiques entêtés qui nous entouraient.

Je fus tiré tout à coup de l'état d'exaltation où la foi et l'admiration me plongeaient , par je ne sais quelle phrase emphatique sortie de la bouche de Fendormeur, à propos de la vision promise; le ton qu'il mit en pronon-

1 58 PHtNOLOOIB

^nt cette phrase me fit l'effet d'un son faux après une suite d'accords mélo^ dieux ; il me réveilla en sursaut r je passai brusquement d'une rérerie rays^ tique à l'observation froide des gens dtt monde , et je pensai que pour m'avoir précipité si vite des hautes régions sur cette terre de mensonge et d'iniquités , il fallait que le professeur en fiit descendu lui*mèmev

Depuis cet instant , ses efforts et son éloquence n'atteignirent jamais à la persuasion ; c'était le dinquant qui succédait à. l'or^ le chariatan au philanthrope inspiré , et le bavard au savant fier d'une grande découverte.

Chacun ressentit un peu de ce que

Dtl R1DIC1TI.C. ]59

j'iéprouTaîs; Fincrédulité chancelante reprit son aplomb ; la scène avait dhangé ^ bien que les- pCFSonnages fùê^ sent les* m^es , mais ils récitaient au lien d'improviser, et le souvenir de Potier dans M. Faria triomphait de toutes les pensées graves qu*un moment avait fait naître.

Le lendemain , madame 'de R.... re<^ vint d'Orléans avec la plante désignée par le somnambule ; elle l'avait trouvée , ainsi qu'il l'avait dit , chez un propriétaire des environs , qui Tavàît rapportée de Calcutta* Cette première épreuve ayant affermi la confiance die la mère \ on peut juger de son exactitude à faire suivre à sa jeune malade le traitement indiqué. Mais ce qu'on ne saurait ni de-

l6o .PHYSIOLOGIE

^iner ni peindre y c'est la joie dâimite qui s'empara d'elle les jours suivais en voyant les couleurs de la vie f^biplacer la pâleur effrayante qui couvrait depuis si long4;emps le beau visage de sa chère Nathalie. .

Je n'expliquerai point le mystère de cette cure^ mais ceux qui l'ont vue ont le droit de croire à la puissance du somnambulisme.

— C'est dommage , me dit quelque temps après M. G.... y que cette cure merveilleuse ait été accompagnée d'une jonglerie misérable.

— Que vous êtes dans l'erreur ! lui répondis-je; sans cette jonglerie , ni

^DD BIBIQCLS. l6l

lous ni ncâ lie nous, serîoni dérangés de nos habitiklc& s il &Uait quelque chose de bien absurde, e^ surtout de bien ridicule pour nous attirer à cette singulière séance ; et je n'en veux pas à M. G.... , qui sait le vrai du somnambulisme , de l'aceoler au grossier merveilleux qui séduit le vulgaire; sans cela personne né prendrait garde à lui ni aux effets miraculeux qu'on peut tirer de sa science. Allons, soyez de bonne foi , et convenez qu'il en est du somnambulisme comme de toutes les découvertes importantes, dont on ne peut faire adopter les bienfaits qu'à la faveur du ridicule qui s'attache d'abord à elles. N'en rit-on pas? c'est qu'elles ne sont point dignes declairer le monde.

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