‹ Physiologie du ridicule, ou, Suite d'observationsChapitre 12 sur 15 · II · texte numérisé non relu

II

l6a PHY8IOLOGIB DU RIDICULE.

c Quand on a un grand intérêt à être vu y il faut attirer les regards par tous les moyens possibles. i>

XXTJU

n demeurera dans le silence, et B\>iivrira point b boache , comme on agneaa est muet devant celai qoi le tond; il est sorti denses anJûvct de la condamnation qu'il a soufferte; qni racontera sa génération !

(ItAU,Épttre uir, T. i.)

OBStSRTATIONé

Hhx pltt0 (flkoti) it loue.

Le .comte Théo{4iile de Rénange, jeune , spirituel , doué d'asaes; d'agrémens pour plaire ^ était l'ami den&nce , le parent d'Agenor de Laureal . La

différence des deux carrières qu'ils suivaient n'avait rien changé à leur intimité : Tun dans la diplomatie y l'autre officier de dragoi» , ils n'en demeuraient pi« moins .e9a0iit)le quand leur service à tous deuiL leur permettait d'habiter Paris. Toujours confidens y jamais rivaux l'un de l'autre, rien n'avait encore troublé la paix de leiu* amitié. On les invitait ensemble ; leurs qualités opposées étaient parfois le sujet de dis^u^ions^Jttftteuses ppur eux.

Les unes préféraient l'audace, la sagacité d'Agenor, à la timidité gracieuse de Théophile ; d'autres mettaient l'expression mélancolique de celui-ci , ses manières distinguées ,' fort au -des** sus de l'air insouciant et railleur de M. de Làuréal ; mais toutes s'accor-

sur le mérite et l'esprit des deux amis.

Ils venaient de se faire présenter diez madame de Vardennes , jeune veuTe dont la beauté et la fortune

étaient le point de mire où visairart toutes les adorations intéressées. Les plus distingués de ses prétendans ne s^avouaient pas l'influence de sa position dans le monde sur leur sentiment; mais elle ajoutait à leur insu tous les vœux de l'ambition aux désirs de l'amour, et ils se sentaient également capables de nobles ou de mauvaises actio^s pour réussir près de la belle madame de Vardennes.

Le premier sur liequel sa coquetterie

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s'exerça fut Ageiior. U rendait par. aa légèreté les agaceries faciles ; sa ^àlté permettait d'écouter ses aveux comme autant, de flatteuses Iplaisaiiiteries qui a'ofaljlgeaieat à aucune réponse aé-r rieoRe^ et s'en laisser aimtt seraUatt int> plaisir sans danger. .

II n'en était pas de même pour Théo-

phile : elle le traitait beaucoup plus sévèrement, lui adressait rarement la parole, et détournait les yeux chaque fois qu il fixait les siens 'sur elle ; cependant elle ne manquait jamais à le mettre de toutes les parties où elle faisait inviter son ami , et paraissait attacher en toute occasion un grand prix à son suffrage.

Agenor , dont le hon cœur et la pré-

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somption naturelle nViyaiei^ jamais redonté les succès .de Théophile , s'>étonna de Tespèce de froidcat* étàhXkt san^ motif entre sop ami et nadairie de Vardennes, quefqtbe chbée Tavartic qti'il devait en être jaloux ; «t dàs4drb il résolut de se mettre en igarde contre le malheur d'une rivalité ^mblabfe; quand il y va de la perte d'uAe mattresse ou d'un ami , et qndqnefois des deux, les moyens extrêmes sont permis.

Après avoir longuement réfléchi sur le meilleur parti à prendre dans cette conjÎMictuce, Agenor s'arrêta an plus ëtrahge.

Calomnier son amî auprès' de ma-

dame de Vardennes y le faire p^ser pour avare, hypocrite ou jaloux à Tex* vè&y c'âait une méchanceté indigne du caractère d'Agenor ; nier les agrémens de Théophile, montrer ses qualités sous un jour dé&Yorable, c'eût été plus mal encore : comment donc faire pour le perdre dans l'imagination d'une femme sans lui enlever l'estinp^ et l'afTeotion dues à son aimable caractère ?

Ce moyen, Agenor le trouva.

Madame de Vardennes , au mpueiit de son veuvage^ s'était rapprochée de sa mère : madame d'Ërmeuse l'accofv-:

pagnait dans le monde , en attendant qu'elle lui choisit un ^utre . mentor ;

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car elle espérait bien jouer un jour ayec ses petits- fiU , et comptait sur les regrets qu'éprouvait madame de Vardennes de n'avoir point eu d'enfans de son mariage, pour lui en voir bientôt contracter un second.

Elle avait rakcm , ce regret pouvait seul déterminer sa fille à sacrifier son indépendance. 1^ l'on était long-temps jeune et jolie , pensait madame de Vardennes , si l'on pouvait conserver toute sa vie les soins tendres d'une mère, le sort d'une veuve serait le plus enviable; mais arriver seule à la fin de sa carrière sans savoir à qui dévouer ses affections y sa fortune ^ être livrée au tourment de choisir entre des héritiers avides ou des amis ingrats ^ c'est un

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sort misérable : oui , ' plus mibérable que eèiui de la >mè#e pMvce qui travaille pour ndurrir séë eufans y ou qui mt du fruit de leur»' travaux.

L'esprit encore soimuk à ces ré^ flexions , lorsque madame de Vardeunes ae voyait entourée d'aidérateurs , elle cherchait cdu dont le car raotère noble et Tesprit distingué devaient le mieux acopmplir ie bon^ lijeur d'une femme; et eDe revenait chaque jour moins décidëe à faire un choix.

n'échappe à l'œil de celui qui aimé : Agènor ne tarda pas à s'aper^ cevoir des combats que se livraient la sensibilité de madame de Vardennes et

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son amour pour la liberté ; il pensa avec raison qu'un sentiment exclusif pourrait seul triompher de son incertitude, et qu'il fallait ayiint'tout elo&gner de eh^z' elle l'essaim ^e papillons doqtles oôttfeùrs variées et les bourdoilneaiens flatteurs la maintenaient dans un vague amusant.

' 11 parla au non(v d'une jalousie frénétique, dont elle rit d'abord; puis elle tropva qoe ces ridicules dandy^ ces pé« dans frivoles , ne valaient pas la peine qu'ils causaient à leur rival, et sans Taïutoriser à leur donner un congé oomptomettant , die le laissa si adroite^ntent niener )a'c4iose, qu'à force de dé^rtions inaperçues i il aurait fini par se trouver en tête-à-tête avec elle , si la

présence de Théophile n'y avait mis obstacle.

Théophile sayait trop bien vivre pour

accepter le rôle d'iiqportun , et il fallait toutes les instances que lui faisait chaque jour madame dé Vardennés pour l'engager à revenir chez elle ; sans cela, il se serait discrètement éloigné; mais il lui semblait que malgré l!espèce de contrainte qui régnait entre elle et lui, sa présence n'était à charge qu'à son ami.

U est vrai que M. de I^uréal dissimulait bien mal son impatience d'être écouté ou regardé lorsqu'il avait à se plaindre d'un refus ou à remerder d'une espérance.

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Dans tous les combats difficiles on cherche à se faire un parti; Agenor pensa à mettre du sien madame d'Ërmeuse^non pas en employant les moyens Tulgaires qui réussissent près du commun des vieilles femmes : celle-là se se^ rait moquée de lui , s'il avait eu la sottise de lui adresser de ces flatteries- insultantes sur la conservation miracu^ leuse de sa beauté, sur le bonheur qu'on pourrait trouver encore à lui faire la cour, et cent fadaises de ce genre qu'on voit tous les jours accueillies par de vieilles femmes parées , qui font minauder leurs rides. L'esprit de madame d'Ërmeuse ne se serait point laissé prendre à cet antique piège; mais il en était un autre où l'on était toujours sûr de la prendre. C'était l'intérêt

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de sa fiUe : avaitH>ii Tair de Tadoûrer, de Taiitaerj elle était déjà à moitié ga-* gnée ; et sll s'offrait quelque occasion de prouver le moindre dévouement pour madame de Yardennes , elle était entièreikeht acquise.

Sa raison , ses goûts distingués , la portaient à préférer les manières de Théophile à celles d'Agenor; et si le premier avait montré les mêmes sentimens qu'afiGk^hait l'autre, nul doute que «a protection ne fât tombée sur lui; mais i| gardait le silence; tandis qù'Agenor lui cionfiait son aniour en teiimes passionnés , et lui parlait pendant des heures entières de la félicité parfaite réservée à l'homme assez favorisé du cîel pour être chargé du bon-

heur de madame de Vardennes en ce monde.

Dans une de ces conversations qui charmaient toujours plus l'amour maternel de madame d'Ërmeuse , elle demanda à M. de Lauréal quelle était la cause de cette mélancolie dont la gaitë même de Théophile était empreinte.

Personne ne connaissait mieux que lui la raison de cette profonde mélancolie , née du jour où tous deux avaient vu pour la première fois madame de Vardennes; mais il est une sorte de générosité par trop héroïque pour les âmes légères, et loin d'avouer à madame d'Ermeuse le sentiment dont il croyait son ami attristé , il lui vint à II 121

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ridée de d<>nner à cette tristesse une tout autre cause.

ce G était 9 dit-il, un état habituel pour Théophile , une mélancolie fondée sur un de ces malheurs que l'on ne confie à personnes» ; il accompagna cette singulière confidence , de tout oe que la pitié la plus tendre peut inspirer d'éloges, de protestations d'amitié sur le compte d'un homme qu'on ne craint pas. Et lorsqu'il se>fut bien convaincu de l'effet de sa confidence traîtresse , il en demanda le secvet enTens)tout le>monde, et particulièrement envers madame de Vardennes; c'était demander l'impossible; du moins iM'e^rait

' t '.•il

JPabhorre Pamitié , je la fuis sans retoor. Et je vois à sa perfidie Qoe Fingrate est toeiir de l'amoar.

( Madame Tauiobi , ÉUgi*, )

09SE1ITATI0N.

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