I>V RIDICULE. II
LE GOBE-MOUCHES
Voilà comme on forme une chambre imposante, où la haine des diffërens partis s'immole au bonheur général , où réloquence est libre , où la presse Tient puiser ses moyens d'asseoir l'opinion d'une majorité puissante et désintéressée. Avec de semblables mandataires ^ choisis par la partie saine de la nation, on ne craint pas de voi^ se renouveler les scènes indécentes d'une discussion injurieuse , ces poings montrés, ces épaules soulevées, ces démentis mortels qui ne blessent personne, eofiii tout le scandale qu^ a trop souvent déshonoré la représentation i^r donale.
LE NOUVELLISTE
n est certain qu'une bonne législation faisant les bons ministres, vous aurez les meilleurs du monde.
LE GOBE-MOUGHES.
Tant mieux ; car nous en avons assez de ces messieurs à coups d'Etat, à fournées de pairs et à budgets enflés.
- LE NOUVELLISTE
Vous êtes bien sûr de n'en plus avoir, puisqu'on a fait la révolution tout exprès pour vous en délivrer.
LE (K)BE^MOUGHES.
Il est vrai que ce serait cruellement absurde d'avoir fait tuer tant de gens pour revoir les mêmes choses.
LE NOUVELLISTE
Gomment voulez --vous donc que cela soit? Le seul bon sens vous dit que les mêmes fautes amèneraient les mêmes résultats, et qu'il y va de l'in-^ térêt de tous de n'y pas retomber.
LE GOBE-MOUCHES
Ainsi les pauvres contribuables n'auront plus à payer des millions pour soutj^nir une cour fastueuse ?
LE NOUVELLISTE
Gomment donc ! tout ce qu'ils donneront tournera au profit des arts , aidera à secourir la veuve et l'orphelin du brave militaire j du savant que la passion d'une recherche antique ou
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d'une découverte utile empêche de songer à l'existence de sa famille ; et tous ceuK qui auront seryi la pairie d^une manière quelconque , soit pabr «on bonheur ou sa gloire^ s'endoi^mi* ront tranquilles dans la nuit du tora^ beau , en léguant leurs enfajns à la re^ connaissance d'un gouvernement juste et noble.
LE GOBE-MOUCHBS.
Ma foi , Monsieur, ce que vous m'apprenez là me fait grand plaisir ; car j'avais peur, à ne vous rien cacher, de voir ce nouvel ëtat de choses créer de nouvelles vanités sans détruire les anci^nes. J'entends dire à de certaines personnes : La duchesse de ***• ne va plus à la cour ; mais on ne dé^
pense pas moins pour y faire danser madame Potasse; et peut-être vàlait-il mieux laisser le luxe et les grands aim oà ils étaient que de les aToir portés dans une classe où ils sont plus dangereux et plus ridicules.
LB; FOUYELUSTE.
Monsieur, il faut être populaire avant tout.
LE GOBE-MOUCHES
Cèst bien ce que je pense.
LE NOUTBLLISTB.
Quant au luxe des cours , il est le soutien du commerce , et plus on reçoit de marchands, plus il faut se parer de leurs marchandises : d'ailleurs, il est indispensable de se montrer digne^ ment aux yeux de l'étranger.
LE GOBE-MOUCHES
Ah , oui ! rétranger , c'est le poiijLt essentiel : croiriez-vôus bien , Monsieur, qu'il y a des gens qui prétendent
LE NOUVELLISTE
Des malveillans, des brouillons politiques, qui ne sont jamais contens :
qu'on Êisse la paix ou la guerre , ces gens-là sont toujours du parti qu'on ne prend pas. £h bien , Monsieur , quand vous en rencontrerez, ditesleur que toutes les puissances nous reconnaissent, nous approuvent et nous aioient ) que chaque jour amène de nouveaux courriers chargés d'assurances d'amitié sincère , pour nous et les
DV RIMCULS. klQ
nôtres ; que les différens partis qui pouvaient troubler la France sont entièrement découragés , qu'il n'y a plus à les craindre; que le commerce reprend mieux que jamais; qu'on n'entend plus parler de banqueroutes, de vols , d'assassinats , de duels ; que les hôtels garnis sont pleins d'étrangers qu'attirent déjà nos fêtes ; qu'il n'y a plus d'écriteaux aux portes , plus d'appartemens à louer ; plus d'inquiétude , plus de misère , et qu'excepté eux , tout le monde est content.