XI
]Dt0 \enntB pmunmcs.
— Vous persistez dans votre beau sys^ tème d'éducation , disait M. Glermont à madame d'Armintière ; eh bien ! vous m'en direz des nouvelles. Pauvre Thérésine 1 si jolie y si bonne, si spirituelle,
1 8o PHYSIOLOGIE
et peut-être condamnée à rester tille toute sa vie , parce que sa mère ne veut pas entendre raison !
— J'en suis fâchée , mon ami ; mais vous ne persuaderez jamais que la raison d'une mère consiste à laisser prendre à sa fille tous les travers dont vous vous moquez le plus dans le monde. Voulezvous que Thérésine change sa simplicité contre les manières afTectées d'Almérie , sa retenue contre la démarche hardie de Rosamonde, ses inflexions si douces contre le ton tranchant de mademoiselle de la Sorbière? eu vérité , je ne sais pas oe qu'elle y gagnerait.
— Et moi , je le sais bien. Penseztous qu'avec toutes ses vertus domeft-
DU RIDIGIPU:. l8l
tiquM , ses talens , que vos vieux amis seuls connaissent ; ce visage chanmant qu'on ne voit que sous uii voile à la messe ; cette taille élégante qui se montre tout au plus deux ou trois fois par hiver dans quelques bals intimes ; votre fille trouvera un mari ? Ah ! je vous ré* ponds bien qu'il ne viendra pas à l'idée d'aucun de nos jeunes gens de venir la cherdber dans cette famille dont elle fait le charme. Il la rencontrerait souvent même dans les réunions dont les jeunes personnes font le premier or-nement , qu'il n'y prendrait pas garde.
Cependant elle serait une des plus jo^ lies du bal, cela n'est pas douteux; mais comme elle s'effacerait pour laisser briller les autres , on ne la remarquerait point , et peut-être bien la ramèoerîe^
1 8a PHniOLDGlE
vou$ leB larmes aux yeux et confuse de l'humiliation de n'avoir pas été invitée une seule fois à danser.
•~* Si je pouvais prévoir un sembla* ble affiront, je ne la mènerais au bal de ma vie.
~- Beau moyen 1 Faites en sorte qu'elle y aille plutôt dix fois qu'une ; mais inspirezrlui le désir d'y produire de l'effet. D'abc^d^ que sa parure ait quelque chose de particulier /que sa coiflure ne soit celle de personne : la moindre innovation en ce genre équivaut presque à une dot. Qu'elle porte des jupons fort courts , que ses épaules soient très découvertes ; elle compensera cette émancipation par des airs
DU RIPICULB. |8^
pudiques y et ne lèvera pas les yeux tant que durera la contredanse; petit ouinége qui a 1^ double avantage de montrer ce quon a de hïm^ fan» avoir l'air d'en vouloir tirer parti.
Si son danseur, ou quelques vieux agréables attirés par sa parwe étrange, lui adressent la parole, qu'elle ne manque pas d'entremêW ses réponses de questions singulières : ce n'est pas assez qu'on remarque sa tournure, il faut qu'on cite ses mots Iu|sardés, ses phrases ambitieuses ; puis , lorsque ses ridicules lui auront acquis un certain nombre de courtisans , vous ferez circhI^x* 1^^ chiffre de sa dot , en l'exagérant de moitié ; ce dernier moyen em^ ployé, achèvera le succès. Alors vous
serez accablée de présentations , de de* mandes ; les futurs viendront en foule , et Thérésine aura le choix sur tous les maris en herbe.
— J'ai peur que vous n'ayez raison , reprit madame d'Armintière; mais ce serait payer un mari trop cher que de se donner tant de ridicules pour lui plaire, et jamais Thérésine....
— Vous faut-il des exemples ? interrompit M. Clermont, je n'en manquerai pas.... Mademoiselle de...., made* moiselle C...
— Ah! vraiment, j'en vois tous tes jours; et je vous avouerai ma faiblesse : en considérant la fortune acquise par
DU RIDICULE. l85
ces travers^ j'ai quelquefois regretté d'avoir élevé ma fille dans le mépris des vanités si communes aux femmes médiocres, et surtout dans ce sentiment de dignité si contraire à toute e^)èce de ruse. Je sais trop qu^avec un semblable caractère , les mariages à la mode sont impossibles ; qu'un homme laid, ri(^e, et déjà vieux, n'épouse une jeune personne qu'autant qu'elle feint de le trouver encore jeune et beau; qu'elle doit avoir toujours l'air d'être éprise de l'héritier imbécille qu'on lui
propose ; enfin , qu'elle doit ne se re* fuser à aucun mensonge pour arriver à posséder un titre, une bonne maison, et cette indépendance que l'argent seul procure. Sans doute la femme à qui les plaisirs du monde suffisent,
l86 PHYSIOLOGIB DU RIDICULE.
a raison de leur tout; sacrifier, et je ne nie pas que celle dont on peut calmer la colère avec un chapeau d'Herbaut , ou distraire la douleur par un billet de bal^ ne soit plus à Tabri du malheur que la femme née pour pleurer éternellement sur la trahison d'un mari, ou sur la tombe d'un enfant; mais que faire ccmtre les habitudes d'uacœur noble? en subir les conséquences, et c'est à quoi je me résigne. i>
Belle résignation , vraiment ! Théré-
sine a, depuis cette conversation, at<teint ses vingt^inq ans, et elle n'est point encore mariée !
L'avaiioe qu'on blâme Est le plaisir des sens, et le chai*ine de l'âme.
(DuTOUCBis, le Dissipageur, acte m.)
On pent aisément devenir riche si l'on vent se passer de oe dont on n'a pas besoin.
{Journal des OmvuUtumees utiks,)
tt 0Utii(itUiir roimni»!.
Quel est ce misérable avec son habit râpé, sorï chapeau à jour, ses bottes ressemelées , et son col sans chemise ?
C'est rhomme le plus passionné du
monde ; celui dont l'amour est à Tabri d'un moment de froideur ou d'infidélité ; celui que la possession de l'objet aimé rend chaque jour plus ardent, plus craintif tl< le ptirdrèl Sditis, peines , privations , tout est volupté pour cette âme brûlante, lorsqu'il s'agit de conserver son idole. Jamais l'amitié, la dévotion , la maternité, ne produisirent une pareiUe abnégation de soi-même.
Le froid, la faim, la misère, l'humiliation, il les supporté Mnd se plaindre, heureux de souffrir pour ce qu'il aime. Semblable au grand-prêtre d'un dieu insatiable, il entasse sacrifice sur sacrifice, pour mieux se prouver à luimême l'excès de son adoration ; du haut de ce culte fanatique, comme il regarde en piti^ les plaisirs du môdde,
DU RIDICULB. 191
ces joies fugitives payées si cher et dont il ne reste qu'un double vide dans lé odeur et dans la bourde ! Totit ce que la fierté peut donner de eoth rage^ il le trouve dans sa paa^ion efiré* née ; enfin il ne lui manque , pour être le plus grand homme de son siècle, que de consacrer sa patience et son génie à l'intérêt général.
Pourtant cet homme, objet de la dérision de tous les temps , de tous les |)euples , m^ en scène par les Romains , retracé virant par le pinceau satirique de Molière, e^t l'éternel plastron des traits moqueurs de toutes les classes de la société ; la doqilette le fuît d'une lieue ^ les enfans le suivent en ricanant, les domestiques n'ôtent pas leur cha*
peau en le voyant passer, les pauvres le maudissent, le prodigue Finsulte; et pourtant , quand le jour de la mort arrive, demandez aux héritiers des d^ix, lequel mérite le plus d'éloges, de celui dont les caprices dispendieux ont causé la ruine de ses enfans, ou de celui dont les privations leur ont légué un trésor ?
Oui, nous posons en principe que l'avare de nature , celui que la société n'a pas corrompu, qui ne sacrifie ni au faste, ni à la crainte du ridicule, qui s'exile volontairement , par sa passion, du reste des humains , qui méprise la douleur et tous les besoins de la vie ; celui«là, disons^nous, est la seconde providence de sa famille. Tant qu'il
existe , cette famille , sûre de n'en rien obtenir, emploie toutes ses facultés à se créer une fortune ; excellent moyen pour former les bons sujets. Et quand sa mort vient livrer ses coffres pleins d'or à des mains actives, c'est le Nil qui se répand sur des rives fécondes , c'est la richesse qui vient au secours de l'industrie ; tandis que le prodigue , dont on ne s'est jamais moqué, fait succéder à tous ses vains plaisirs la honte et la mi&ère.
Les délicats «ont malheureux,
Rien ne naurait le« «ti«faire. i
(La Fowtaih», Iîtw it, fable ii.)
XUI.
3Dr0 Cmn^^M ïft iSmiti.
De tous les plaisirs dus à la ciTÎlisa^ tion, ou même à la corruption, ce qui pourrait bien être synonyme, la comédie de société est sans contredit le
plus yif, sinon pour les spectateurs^ au moins pour tous les amateurs à prétentions qui <x>mposent la troupe. J'en appelle à tous les bons bourgeois que le caprice^ la vocation ou la complaisance, ont jamais portés sur les planches d'un théâtre de société , pour attester du bonheur attaché à l'idée de remplir dignemdbt ti^'rôle.
Comme on attend avec impatience le moment où l'on pQurra s'affranchir
des devoirs de son état, pour se livrer tout entier à l'étude de ce rôle qui doit fixer l'opinion de tout un public sur Botte inftèlËgeiioejL 1Q^\'iemp$4leBr pqir^ 49 do^iMS' agJtatÎMiit.qiie adm dbi' noviciat. d/ua^ Adettl* dé ihiaisâiaim
su RIMCIULI* 199
un joàr tégalament fiiTorable à sa Kkmté; cKTy si son costume eit bewEi et de bon goût, il Tembellit, et, s'il- «t laid, û proitye beaucoup pour l'esprit de oeloi qui sait ainsi se aacrifier auit intérêts dramatiques. Grands etkXB de soàùe^ apfdaudissemens répètes , il rèfe déjà tout ce qui constitue un succès éela«> tant.
EsMl jeune » ce succès doit décider d^im plus gritud encore. On n'entend pas vanter impunément l'homme qu'on soupçonnait déjà d'un peu d'amour, et dont la bouche va vous faire ne(« tement l'aveu • de sa passion , sans que vous etye le droit de ^roqs^ eii fiàdier^ ou la possibilité de n'y pps répondre.
L'emploi de grande coquette une fois
aOO PHT5IOIX>GIB
accepté, i^faùt bien le remplir de son mieux. Imiter les regards furtifs, les soupirs encduragieans, les émotions de commande; toutes ces singeries mènent au vrai. A force de voir tomba:* Tamant de là comédie 9. ses pieds , on finit par l'y laisser. Quel triomphe pour l'artiste amateur !
Est-il vieux , on le choie, on le flatte; car sa figure ridée , son ton bourru , sont deux nécessités du genre. D'ail*leurs , comme le vieillard à mémoire est fort rare, il se trouve, par cela même, le tyraii de la troupe : on lui passe toutes ses fausses répliques, sas enr trées intempestives, son bredouille-?
ment causé par la gêne d'un. râteJier importun ; on se soumet à sia ioauvai^e
DtJ RIDICULE. âOI
humeur , à ses vieiiles traditions , et on ne lui demande, pour prix d'une soumission sans bornes, que de vouloir bien assister aux répétitionâ en pantoufles , et que de foire en sorte d'éviter un aceès de goutte le jour de la représentation.
Le sort des jeunes {nremières n'est pas moins doux. Il est convenu que leur gaucherie est toujours de la naïveté, leur manque d'intelligence de l'embarras , leurs gestes foux de là grâoe naturelle , leur dictiôiî chantante l'harmonie d'une voix d'ange; enfin, comme ce genre de rôle est ordinairement confié à la fille de la maison , ou à la plus jolie demoiselle du magasin , elles sont assurées d'à-
aOd FMYSIOLPGIB
vanee eonmf la i»«]t€ÎU«bc0 ou la justifie de» ^eotateura.
L'emploi des comique» revient de droit au lously; delà flociëté ; il a l'hahîtude d'amuser les convives demn via»
oncle, espèce de parterre fort indulgent pour tout ce qui tient à l'Amphitryon* On en oondut qu'il fera pouffer; de rire toule la salle ; ee qui n'est pas une raiaon , car les calemboutg» > les mot$ à double entente , la grosse ironie 4 qui composent ordinairement la galté d'un pkiaant' de famille ^ n'ex€»tent point celle du parterre; un^. bonne balourdise , un mot naturel , une. fdlir^ berie bien audacieuse, de la haîveta dans, le jeu , dû sérieux daos \fi> oomî«? que , voilà ce qui fait rire.
SvM aVurrêtCF à cos coit^dérationft^ r«ni &r€«ur e»! toujours çhoiai pour rcfur^iiter les fripons on les niais , ^imji <pii reçcHvtot ou 4oD9eat les ecN^ de Mtoou Fadt-ll le Seapia di9S Aittr6tfjrMf^.oad'AjûèredaiiiS hS<wrd\S «t rit dài qu'U pwaît , non p» du imsqiie é|ii'î1 se compose > mais de ce^ lui qu'il eoîiderre en dépit de sml tra-' ^ealieseiÉeat ; oair il est lui ^ tonjoiU^s luiv^Son oomique personnel n'sest point fiûC»poar le oéder à celui de Matière; il ^ardelses.infleidans iégèrement per^ fuetiftimées psst èdles d'Odry et de Potkr y dont le souvenir est. pour lui une, seconde juatuw»
Quant à;ce fireiindvaitiatiqtoei qu'iwf) eonjiplaisante «ond^wane au3^
!204 PHTSIOtOGlE
Utilités, oiFsait le parti qu'il tire ordinairement Àe sa qualité d'indisp^i* sable , et combien il la fait sentir aux grands emplois dédaigneux : ne prends on pas garde à la duègne P dlle cesse de venir aux répétitions , sous prétexte que son rôle est si peu important qu'on peut s'en passer. On ne sait plus comment mettre la pièce ensem-* ble ; il faut supplier YutUité, lui prouver que d'elle seule dépend tout le siio^ ces de la mise en scène; on va mêiiiè jusqu'à lui vanter la manière dont die fait valoir les moindres traits de son insipide rôle ; on lui preuve qu'elle en fait un rôle très piqumit , et , fière de voir toutes les puissances de la troupe à ses pieds ; charmée de s'être prouvé à elle-même son extrême impor-
DU RlDiCULB. âo5
tance y elle cède en minaudRit, comme elle cédait autrefois à des inâtances fius tendres encore : quel doux souvenir 1 cpelle charmante parodie d'un passe plein d'amour !
Le bon garçon chargé des rôles muets , ou de celui du valet subalterne , toujours porteur d'une lettre
Qu'an maître de céans on m'a dit de remettre,
est de tous les acteurs le plus certain de son plaisir , car il ne lui coûte aucune peine. Sa simple apparition, ou le débit de son distique classique , lui donne le droit de se mêler aux plus grands intérêts de la société théâtrale, n donne son avis comme un autre ; il se moque au besoin des prétentions
de chacun^ëcoute ' arrec un air gogne* nard rëpéter les jeune» premien , les pauvres amoureux , presque toujours si froide et si g&udhfeii, et pM»d quelque» fois tant de plai^r à euiitempler lem embarras , qu'il en oublie sa rëpKque.
Sans traTail de mémoire, sans souci de k représentatioa , dont il ne doit faire ni la honte ni l'honneur , il s'a^ muse à donner de l'ombrage à l'amant qui est en scène, en faisant sa cour aux grandes et petites coquettes qui attendent dans les coulisses le mo-^ ment de paraître; il profite de tous les avantages de la camaraderie pout leur adresser une foule de choses qu'il n'oserait leur dire ailleurs ; et souvent , changeant de rôle , â se mi^ nage un dénouement bien préférable
»9 «1DIGUI.E. aO^
à oelui qai est destiné mAïénm de la çièce.
' Ainsi , là eomrae partout , les plus ndienles sont les plus dignes d^envie ^ ROTis en pottTMis donner pour preuves les représentations qui se succédaient autrefois dans la jolie petite ville d'Ë. . • . , oii deux troupes rivales faisaient les dér lioes de la eontrée.
La première de œs troupes bourgeoises, composée de l'élite des pro^ priétaires i des châtelains , des rentiers dn canton , visait à la perfection v ou plutôt à l'imitation des Mole , des Fleur» et des Contât; c'était à qui minanderaift le mieux une scène de Marivaux, à qui ferait mieux sentir l'ironie , la finesse des mots de Beau«
f2o8 PHYSIOLOGIE
marchais , le comique de Regnard , et quelquefois même le naturel de Molière ; mais tout en approchant le plus possible des talens des doubles de la comédie française , Tamoiir-propre des chefs de la troupe n'était jamais satisfait. Le jeune premier se trouvait trop
petit pour jouer à côté de l'amoureuse ,
dont la haute taille était un de ses droits au titre de belle femme; celle-ci prétendait que la voix de l'autre n'étant pas en harmonie avec la sienne , l'obi igeait à crier ; enfin , plus on avait d'avantages à se montrer, moins on était content de son rôle. L'exactitude, la richesse des costumes , l'ensemble mer* veilleux du spectacle , rien ne parvenait à calmer cette inquiétude que la vanité d'un acteur peut seule comprendre.
M) RiucuLE. ao9
On doit nous en croire sur ce fait , car nous avions l'honneur de faire partie de la troupe 9 et nous pouyons parler savamment des querdles , des suscep* tibilités 9 des méchancetés même qu'entraînent ordinairement Témulation des acteurs, et leur ardent désir d'atteindre au plus haut degré de perfection comique.
C'est dans le Barbier de Séville et les Projets de Mariage que nous devions nous escrimer ; et toute vanité à part , je ne crois pas que nul amateur ait jamais atteint à une médiocrité plus satisfaisante: d'abord notre amoureuse était jeune, mérite assez rare; de plus, fort jolie et d'une élégance extrême , ce qui faisait le désespoir de I. i4
â 1 0 PHYSIOLOGIE
soiî mari y tant . soit peu ayare. Que d'émotion, d'impatience contraires fai^ sait éprouver au ménage l'envoi d'une caisse de modes expédiée par le célèbre le Roy ! « Elle n'arrivera pas à temps ! disait la femme en levant les yeux au ciel. — Cette maudite caisse sera ruineuse , pensait le mari ; si elle pouvait ne pas venir ! »
Après une semaine d'anxiété, la caisse parvenait juste au moment où, désespérant de l'envoi parisien , In grande coquette avait rassemblé toutes les couturières de la ville pour exécuter tant bien que mal la robe espagnole de Rosine. Avec quel dédain cette robe était repoussée à l'aspect de l'habit complet , de la toque élégante , fournis
DU RIDICULE. 121 t
par le Roy! Gomme on allait ^Cre belle avec ces bouffantes de satin brodées en or ! que ces plumes étaient bien posées ! quel costume ravissant ! Mais ce délire , cette joie vaniteuse, le mari en fît bientôt justice par un accès d'humeur et par les reproches les plus humilians.
Notre comte Almaviva , joué par un des hommes les plus agréables de ce temps y était destiné à payer son succès encore plus cher. Ses talens , sa belle figure , lui avaient attiré les regards d'une jeune héritière , qui se proposait de l'épouser malgré le peu de fortune qu'il possédait, lorsqu'elle fut atteinte d une violente crise de jalousie , à propos de la charmante Rosine.
La vérité du rôle exigeait que Lindor
2 1 â PHYSIOLOGIE
parût très pasàionné , et Lindor jouait à merveille : son talent dramatique lui coûta rhéritière.
Quant au Figaro, sa position, le jour de la repré^ntation , n'était pas moins périlleuse : très moqueur de son naturel , et encouragé dans son défaut par le ton ironique du rôle, il ne tarissait point en épigrammes sur tout le monde, et particulièrement sur Bazile ; il se trouva que l'ami dévoué qui avait consenti à revêtir la robe noire du pédant de la pièce , était l'homme le plus susceptible et le plus vindicatif.
Très choqué de la manière affectée dont Figaro lui disait : a Allez vous coucher, Bazile , vous sentez la fièvre ;
DU RiPiCDLB. âl3
attefis yfom ooueher » , Bazile s'en était pfeiint, Figaro avait répondu par dm plaisanteries trouvées fort mauvakea; il a'en était auivi une explîéation très vive, de» motS'injinrieiiX', tt le lende* nain de la itaprésentation àrsflt été fixé poui^ vider cette querefle près des nm^ pavUi de là ville.
Ckk rit d'un triste rire quelques brunes arant de se battre, et malgré la bonne contenance de Figàra^ on s'apercevait qu'il jouait deux rôles à la ibis*
C'est chez le Bartholo qu'était monté le théâtre, que plusieurs des acteurs logeaient, et que tous dînaient après ou avant les répétitions ; dépense assez
!ai4 PHYBIOLOGIB
forte qu'il n'avait point portée dans son budget, sans compter toutes oêlie^ qu'eintraine le jrfaisif de fedre 'jôuier chez soi la comédiei 'Ces frais ^ augmentés * par chaque retftrd' quféproiifvait la représentation, s'offraient sans cesM à sa pensée commit autant de rer mords ; car cet argent, einplbyé d'une manière si futile, était bien nécessaire à son. commerce, et il n'osait prévoir les conséquenoeé de tan» de prodil galités'J ; i li
Que de gens font ainsi pendlant quelques jours semblant de s'amuser plus .que, )e8| , atitiies 9 et' qui .feraient pitié à, leurs. envieux! • '' '
Cependaiit le Barbier de SéniUe lut
DU RIDICULE. !3lâ
joué ayec beaucoup d'ef^eadble, et là jolie comédie; d'Alexandre Duvàl ne perdit viea là' étrt' représentée par do jolies femkaés rt d'élégans dffioiers.*; mais l'arrière* pensée de diacun. ^e^ acteurs répandait^ en dépit de leurs talens, une soitte de froideur sur les ouvrages, qui finit phr gagner le put blic. Plusieurs châtdbdniefr des . enw-t rmis avaient anvené Jjsurs iiotes pari^ siens; ces iavités, en qualité de boiu^ oompagnié , ii'applaudis6aion| . point; usage qui glace . autant uiiue ! vOftaéseDH ttftion que les applaudissediens ide com* mande. Les • boas «motflidédiaigikblixpir*^ eulaient danslasaHe; lès éloges oôdvmuis dits très haut, les rdnuunqueB ihalignes feites tout bas , causaient d'égales. distractions aux. acteurs; il fallait tout
ai6 PHTft]OI4>6IK
leur aplomb pour n'en pis. ètre'dëtMh' certes; mais esax qui pouvaient sar<* monter des sentîmens si pénibkai n^ devaient pas. ae laisser abattre par dé teDes oontrariécés.
J-élais le moins à plaindre de toMS nos eamarades. Je n'avais à redouter ni pDooès en s^xiration ^ ni duel , ni bati*-^ querpute; mais je poussais k rdigioii du bien^jouerk tel point que la crainte de imnquer une seule fois de méHioire uie mettait dans un état pitoyable. J*/sn rêvais la nuit ; il me semblait voir tont un puUiC;irilre.d6 oia sottise,' et moii^ immobile, cberebaut en vaih le niot qu'il fallait dire* Tous les aooidéns qiti peuvent décontenancer im pauvre ac^ teur se présentaient à mon idée; je
PU miDHIULB. iltj
«411 suppHoe^iloQt (ieraoïme lie m dcHi^ tftit; c«t »» fierté en g»rdmi; ]^ secret, mais il élait peut-être aumI enieli que les autres.
JMalgré tous ces tourmens , dissimulés avec un art parfait, le spectacle s'accomplit de la manière la pips satisfaisante; pas un rôle force, pas une faute de tradition, enfin rien de ridicule.
Un souper splendide attendait les spectateurs et les acteurs : on accabla eeux-ci de complimens, de flatteries; loais chacun d'eux, accablé sous le poids d'un malheur prochain, ne mangea point , et ne sourit à rien : moi-